mercredi 3 juin 2020
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    Lumière sur la virtuosité d’Eugène Frey

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    Jusqu’au 20 mai, le Nouveau Musée National de Monaco met en avant le travail d’Eugène Frey,

    créateur au début du XXème siècle de la technique dite du décor lumineux, utilisée à l’opéra de Monaco de 1904 à 1938. Visite guidée de la Villa Paloma signée L’Obs’.

    Peintre belge, né à Bruxelles en 1864, Eugène Frey a contribué dans l’ombre mais de façon significative à la renommée de l’opéra de Monte-Carlo. De 1904 à 1938, c’est son travail révolutionnaire de décors lumineux à transformations, « un système complexe de projections lumineuses combinant technique picturale, photographique et cinématographique », qui a permis d’intégrer des variations de couleurs, lumières et formes ainsi que des images en mouvement aux décors d’opéra. Monaco adopte cette technique en 1904, date du premier séjour d’Eugène Frey en principauté pour les représentations des Chansons de la terre au Palais des Beaux-Arts, pour les créations d’Hélène, poème lyrique de Camille Saint-Saëns, et des Contes d’Hoffmann, opéra fantastique de Jacques Offenbach, dans des mises en scène de Raoul Gunsbourg, alors directeur du théâtre de Monte-Carlo de 1892 à 1951. Les spectacles s’y enchaîneront jusqu’en 1938. Notamment en 1905 lorsque Gunsbourg programme une trilogie des Faust à l’opéra avec la Damnation de Faust, légende dramatique d’Hector Berlioz, Mefistofele, opéra d’Arrigo de Boito, et Faust, opéra de Charles Gounod.

    © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

    1 000 archives exhumées

    Sa célèbre « course à l’abîme » y est réalisée au moyen des décors lumineux de Frey. Idem pour la chevauchée des Walkyries de Richard Wagner dont les planches de verre dessinées sont exposées au premier étage de la Villa Paloma. Car c’est en coulisse que toute la virtuosité d’Eugène Frey s’est exercée. Aucune exposition n’avait jusqu’à présent retracé l’itinéraire de cet artiste précurseur, aujourd’hui oublié. Placé avec son matériel derrière la scène, il donnait vie par un système de rétroprojection aux décors qui accompagnaient les comédiens sur scène. Pendant deux ans, Célia Bernasconi, commissaire d’exposition, et les équipes du NMNM, ont rassemblé le travail de l’artiste belge pour l’expliquer au public. Le résultat ? Une présentation méticuleuse et argumentée du procédé et de son résultat sur trois étages. Du côté technique jusqu’au côté esthétique. Car ce qu’il reste essentiellement du travail de Frey, ce sont des planches en verre décorées ainsi que des maquettes de scénographie exhumées des archives du musée et de la Société des Bains de Mer. En tout, 1 000 pièces ont été retrouvées.

    © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

    Réinterprétation contemporaine

    En un siècle, cette technique a bien évolué. C’est aussi dans cette optique que Célia Bernasconi a confié une mission à un artiste contemporain en provenance de Lisbonne dont elle a découvert le travail par hasard au moment où elle lancait les recherches pour élaborer l’exposition monégasque. « Dans la volonté de redécouvrir l’œuvre prolifique d’Eugène Frey, le NMNM a invité l’artiste portugais João Maria Gusmão à réinterpréter la technique des décors lumineux », détaille Célia Bernasconi. Celui-ci a alors élaboré plusieurs installations scénographiques composées de multiples projecteurs de diapositives modifiés. « Synchronisées dans les différents espaces de la Villa Paloma, ces projections réactivent les différentes techniques d’animation utilisées par Frey, sous la forme d’un “microcinéma en lumière continue” ». L’idée de cette exposition nommée Variations, c’est aussi de confronter le regard, le projet décoratif d’Eugène Frey aux créations expérimentales de nombreux autres inventeurs du début du XXème siècle jusqu’à nos jours. Adepte du théâtre d’ombre, Eugène Frey aurait pu trouver de l’inspiration dans les pièces d’ombre de Caran d’Ache, les théâtres d’ombres de l’artiste Hans-Peter Feldmann, le théâtre mécanique de l’artisan-horloger Emmanuel Cottier. Il y a aussi les films de silhouettes signées Lotte Reineger ou Michel Ocelot, animateur français créateur de Kirikou. Même s’il a été un peu oublié, dans le milieu artistique, l’invention révolutionnaire pour l’époque d’Eugène a marqué une génération de nouveaux artistes. Et ce n’est certainement pas fini.

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