jeudi 4 juin 2020
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    Robert Calcagno :
    « L’homme et la nature doivent vivre en équilibre »

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    Société — L’Institut océanographique a fait de la sensibilisation à la préservation des océans son cheval de bataille. Robert Calcagno, son directeur, espère que cette période inédite emmènera une prise de conscience de l’opinion publique sur le respect de l’humain envers la nature. Il explique à l’Observateur de Monaco pourquoi. Interview —

    Votre état d’esprit après la mise en place de ce confinement ?

    A l’Institut océanographique, nous avons voulu mettre en œuvre une gestion de la crise à la fois responsable et solidaire. Responsable, pour protéger autant que possible les employés, avec la mise en place d’un protocole d’hygiène précis afin de respecter les consignes sanitaires données par les gouvernements français et monégasque. Aujourd’hui, pour rentrer au musée, il faut obligatoirement se laver les mains et porter un masque. Les personnes qui continuent de travailler sur site, pour assurer le maintien du bâtiment, la surveillance des 6 000 spécimens de l’aquarium ou encore les tâches administratives essentielles au bon fonctionnement de l’Institut, sont toutes équipées. Solidaire, parce que même si nous ne sommes pas en première ligne de cette crise sanitaire, nous sommes très impliqués en continuant les activités possibles, en apportant notre contribution à la société. Car cette crise sanitaire est aussi une crise de société, une crise de notre rapport avec la nature. Nous sommes ici au cœur de la mission de l’Institut, c’est pourquoi nous nous sentons extrêmement motivés et engagés. C’est un devoir de maintenir nos activités d’analyse et de nous tenir prêts pour accueillir les visiteurs le jour venu.

    La nature reprend-elle ses droits ?

    Ce n’est pas parce que l’homme est confiné que la nature reprend ses droits. Cela voudrait dire que l’homme et la nature sont habituellement en guerre ou en conflit. Je suis fondamentalement opposé à cette conception. Vous voyez que j’utilise le terme « nature » et non le terme « environnement ». Ce dernier est une notion essentiellement occidentale où l’homme serait au centre et environné par la nature. Or, l’homme fait partie intégrante de la nature !

    Quel message retirez-vous de cette crise ?

    L’homme et la nature doivent vivre en équilibre, en paix et dans un respect mutuel. C’est vraiment le message que j’essaie de renforcer par nos écrits, par nos publications, par les interviews données aux médias… et demain, en accueillant de nouveau les visiteurs au musée océanographique.

    Philippe Taquet, président du conseil d’administration de l’Institut océanographique écrit que « le rôle capital des naturalistes et des institutions dédiées à la présentation au public de la complexité du monde vivant est de contribuer à la prise de conscience de l’ancrage des humains en nature, c’est-à-dire en tant qu’espèce parmi d’autres ». Qu’en pensez-vous ?

    J’ai la conviction, qui est établie par de nombreuses recherches et analyses scientifiques, que l’homme ne peut pas dominer la nature. Alors que la technologie n’a jamais été aussi puissante, nous voyons les pandémies se multiplier, elles sont de plus en plus fortes et impactantes. Les pandémies ne pourront pas être combattues les unes après les autres en renforçant notre arsenal guerrier ou en visant l’extermination de certaines espèces suspectées d’avoir transmis le virus. La seule façon d’arriver à mieux réguler ces pandémies, c’est de véritablement mettre en place un processus où l’homme et la nature vivent davantage en équilibre.

    Le problème ne vient-il pas aussi de l’empiétement de l’humain sur des territoires vierges ?

    Cette crise sanitaire, c’est une zoonose. C’est-à-dire un virus qui migre de l’animal vers l’homme. Tout ceci parce qu’on retire de la place à la nature, on défriche des forêts tropicales ou équatoriales, on organise des marchés et des trafics d’animaux sauvages. Il est essentiel de retrouver un équilibre avec la biodiversité. Mais le problème est même encore plus vaste.

    Pourquoi ?

    Je donnerai un exemple avec les crises climatiques. J’ai vu une caricature assez effrayante où deux personnes regardent une vaguelette arriver, représentant la crise du Covid-19, et espèrent se retrouver de l’autre côté le plus rapidement possible. Sauf que derrière arrive un tsunami, des vagues cent fois plus grandes, représentant la crise climatique. Je rencontre encore des personnes qui me disent que si la température augmente d’un ou deux degrés, ça ne leur posera pas de problème car elles aiment bien la chaleur ! Ce dont les gens ne se rendent pas compte, c’est que cette crise climatique va détruire des équilibres environnementaux et va provoquer des catastrophes que je n’imagine même pas aujourd’hui. Demain, ce n’est pas en traitant les symptômes qu’on va y arriver mais plutôt en traitant le rapport homme-nature dans une volonté d’équilibre.

    © Photo M. Dagnino – Musée océanographique

    « Ce n’est pas parce que l’homme est confiné que la nature reprend ses droits. Cela voudrait dire que l’homme et la nature sont habituellement en guerre ou en conflit. Je suis fondamentalement opposé à cette conception »

    Pourquoi conserver nos écosystèmes peut nous protéger de ce genre de situation ?

    Aujourd’hui, nous sommes dans une économie essentiellement linéaire. Nous prenons les ressources là où elles se trouvent pour ensuite les traiter dans une autre partie de globe, et enfin les consommer encore ailleurs. Il faut que cette crise nous amène à réfléchir et à passer d’une situation de mondialisation à une situation du « One Health », c’est-à-dire une santé pour la nature, pour l’écosystème et pour l’homme. Les trois sont liés. Il faut continuer à expliquer l’importance de la crise climatique et l’immense problème de la surexploitation des ressources de notre planète. Car l’impact de ce confinement sera négligeable ou nul. Le Prince Albert Ier avait relevé que la Première guerre mondiale, qui avait duré quatre ans, avait néanmoins permis un rebond des ressources halieutiques. Si on protège la nature, elle est capable de se restaurer progressivement. Mais cela n’est valable que sur le long terme.

    La baisse du trafic maritime ou aérien, lié au confinement instauré à travers le monde, aura-t-elle un impact sur l’environnement ?

    Sur un ou deux mois, je peux vous assurer que ça ne changera rien aux grands équilibres. Ça ne se verra même pas. Les émissions diminueront ponctuellement, mais pas la concentration de dioxyde de carbone dans l’air.

    A votre avis, faut-il repenser le transport aérien ?

    Il y a deux approches du système. Quand on sortira de la crise, soit les gouvernements restent myopes et ne pensent qu’à la relance immédiate à tout prix. Ce serait catastrophique et c’est malheureusement ce qui s’est passé après la crise de 2008. Entre 2008 et 2009, les émissions de dioxyde de carbone ont diminué de 1,5 %. Entre 2009 et 2010, ces mêmes émissions ont augmenté de plus de 6 %. Soit les gouvernements, et mieux, les citoyens et les entreprises refondent les grands équilibres de notre société et adoptent des modes de vie et de production plus sobres et plus résilients. Dans ce cas, nous nous dirigeons vers le mieux. Le transport aérien est une des déclinaisons les plus visibles de ce grand choix, et oui, il faut le repenser.

    Vos espoirs ?

    Je crois que si cette crise apporte un peu de sagesse et de modération à ce transport aérien, il s’agira d’une bonne chose. Si demain je fais plus souvent des vidéoconférences et moins de déplacements, ou si les touristes sont un peu moins enclins à voyager à l’autre bout du monde pour partir en vacances, ce sera mieux. Ces transports aériens ont un vrai coût sur la nature et sur le monde. Partir à plusieurs milliers de kilomètres coûte très cher à la planète, et cela doit aussi coûter très cher à l’utilisateur. Il peut trouver d’autres solutions moins coûteuses. Il faut retrouver un système plus viable, plus durable. Il y a vraiment les deux options pour nos sociétés. Je me battrai pour la plus raisonnable.

    La première fermeture du musée depuis sa création

    Crise sanitaire ne signifie pas arrêt des activités pour l’Institut océanographique. Sur la centaine d’employés, une bonne partie s’est retrouvée en télétravail. Une autre partie, celle au contact du public, est en chômage technique temporaire. Reste une quinzaine de salariés sur place pour s’occuper des animaux et faire vivre malgré tout l’un des plus anciens musées du monde. Musée qui n’avait jamais connu de fermeture depuis son inauguration en 1910. Pas même pendant les deux guerres mondiales ! « La fermeture au public, ça n’est jamais arrivé. C’est une situation inouïe », glisse Robert Calcagno, directeur du musée. Les équipes en ont profité pour procéder à une désinfection générale des locaux. Les équipes techniques œuvrent aussi en coulisse pour maintenir l’organisation de la prochaine exposition événement du musée : une immersion interactive dans un récif corallien. Initialement programmée pour s’ouvrir le 20 juin, la date va être décalée au mieux dans le courant de l’été, selon les dispositions sanitaires en vigueur.

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