jeudi 4 juin 2020
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    Christophe Glasser :
    « Il est évident qu’il va y avoir des pertes d’emplois sèches »

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    Tourisme, événementiel, sécurité, bars, hôtels, restaurants, industrie automobile… Selon le secrétaire général de l’Union des syndicats de Monaco, Christophe Glasser, cette crise sanitaire aura de lourdes conséquences économiques et sociales sur les salariés de la Principauté. Et notamment sur les plus précaires. Son analyse.

    PERTES D’EMPLOIS A MONACO : LES SECTEURS PLUS TOUCHES

    Pensez-vous que cette crise sanitaire, malgré les aides gouvernementales, va provoquer des pertes massives d’emplois à Monaco  ? 

    Difficile d’avoir des perspectives précises à ce stade,  mais malheureusement, il est évident qu’il va y avoir des pertes d’emplois sèches. L’impact sera d’autant plus fort sur les précaires. A savoir, les intérimaires, les personnes en CDD ou celles qui avaient des contrats à horaire variable. Je redoute également que cette situation ne mette une pression particulière sur les salariés qui sont en CDI.

    Quel type de pression ?

    Que l’on demande par exemple beaucoup plus d’efforts aux salariés en CDI, et qu’il sera difficile pour eux de dire non ou de s’opposer.  Comment refuser une mission alors que tous les autres ont perdu leur job ?  Ma crainte est là…

    Quels sont les secteurs d’activité à Monaco où les risques de pertes d’emplois sont les plus à craindre ?

    A l’USM, nous recevons des appels de tous les secteurs. Tourisme, événementiel, sécurité, bars, hôtels, restaurants…Celui qui m’inquiète particulièrement est celui de l’industrie. Et notamment les industries du secteur automobile qui est l’un des plus touchés par la crise actuelle. Concernant le secteur du tourisme de loisirs ou professionnel, il y a également une vraie inquiétude par rapport à la reprise. C’est un secteur qui recrute de surcroît beaucoup pour les périodes saisonnières. 

    DIALOGUE SOCIAL :  L’USM INFORMEE MAIS PAS CONSULTEE PAR LE GOUVERNEMENT

    Avez-vous été associé aux décisions du gouvernement durant cette crise ?

    Le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé Didier Gamerdinger, nous a régulièrement tenu informé. Il m’a appelé directement par téléphone à de nombreuses reprises, et nous avons beaucoup échangé par mail. Néanmoins, ce qui me désole, c’est que l’on soit juste informé, et que l’on ne participe pas à la construction du projet social. On ne nous a jamais demandé notre avis sur une question ou sur une autre. Le seul qui nous a un peu consulté est le président du Conseil national, Stéphane Valeri. Notamment sur la question du CTTR.  Toutes les décisions sont donc prises au sommet de l’État…

    Vous souhaiteriez donc être davantage associés aux décisions ?

    Nous souhaiterions en effet que les acteurs de terrain apportent leur pierre à l’édifice. Je ne dis pas que l’on doit être sollicité en permanence, mais pour les mesures sociales, un peu de concertation aurait été apprécié…  Certes, il fallait décider dans l’urgence. Je me mets à la place des dirigeants. La situation est inédite et difficile. Mais l’USM aimerait désormais faire pleinement partie des discussions et du plan de relance économique et social.

    Quelles ont été vos relations avec la FEDEM durant cette crise ? 

    Avec la FEDEM, nous nous sommes rencontrés lors des diverses réunions d’informations avec le gouvernement. Deux réactions des employeurs m’ont toutefois fait bondir. La première est que Philippe Ortelli a indiqué lors d’une réunion que l’interdiction de l’article 6 avait,  je cite, « psychologiquement choqué les employeurs »… Dans cette période , une telle déclaration est totalement indécente. Une autre réaction m’a aussi heurté : la Fédération patronale, ou en tout cas son président, a demandé à ce que les salariés fassent un effort en ne générant pas de points retraite pendant les deux mois du confinement. Heureusement, sur ce point Jean-Jacques  Campana, le directeur des caisses sociales, a indiqué que de toute façon,  il existe déjà une cotisation particulière qui permet de continuer à cumuler des points en période de maladie ou de chômage. Néanmoins, ces comportements me font craindre le pire pour les mois à venir !

    CHOMAGE TOTAL TEMPORAIRE RENFORCE : « LE CTTR DOIT DEVENIR LA NORME » 

    Selon les chiffres du gouvernement, 21 600 salariés ont bénéficié du chômage total temporaire renforcé (CTTR) à Monaco durant le confinement. L’État rembourse les employeurs à hauteur de 80,6 %, du salaire net de chaque salarié. Qu’avez-vous pensé de cette mesure ? 

    C’est une mesure que nous avons saluée, mais nous aurions souhaité que l’État prenne en charge les salariés à 100 %, car pendant des dizaines d’années, ce sont eux qui ont été les créateurs des richesses à Monaco. Nous déplorons en revanche que très peu d’employeurs aient joué le jeu des 20% supplémentaires de salaire.

    Jusqu’à quand faut-il prolonger le CTTR selon vous ?

    C’est une question cruciale car, par exemple, un gros groupe comme la SBM estime que le taux d’occupation dans les hôtels avoisinera les 30% dans les prochains mois…  Dans certains secteurs comme le tourisme, les effets de la crise vont durer de très long mois.  L’USM a donc proposé la possibilité de consigner le CTTR sur un futur texte. Selon nous, le CTTR tel qu’il a été défini, devrait être la norme dans toutes les situations. Le chômage total ou temporaire devrait avoir ce visage.

    INTERDICTION DES LICENCIEMENTS A MONACO : JUSQU’A QUAND ?

    En raison de cette crise, le licenciement, sauf pour faute grave, est actuellement interdit à Monaco. Que pensez-vous de cette mesure et jusqu’à quand va-t-elle durer ?

    Ce que l’on souhaite avant tout c’est prolonger cette interdiction, car les effets de la crise vont se faire sentir durant encore de longs mois. Il n’était pas envisageable qu’à la sortie du confinement, cette décision soit levée. Cela aurait été trop brutal. Rappelons que l’interdiction des licenciements actuellement n’est, d’ailleurs, pas absolue.  

    Lorsque cette interdiction sera levée, doit-on craindre une vague massive de licenciements ?

    Certes, c’est une grande inquiétude pour l’USM. C’est d’ailleurs en ce sens que nous demandons une nouvelle fois que le licenciement sans motif demeure prohibé à Monaco et que cette mesure devienne la norme. Tout comme nous réclamons que les licenciements économiques soient enfin encadrés par un texte législatif avec de vraies garanties pour les salariés. Cette crise sanitaire et les décisions tardives prises en matière sociale démontrent que Monaco est encore trop pauvre en matière de textes sociaux. A ce titre je crois qu’il est temps de se mettre au travail et d’enfin offrir à tout un chacun un code du travail monégasque exemplaire et respectable.

    PRIMES DANS LE PRIVE ET LE PUBLIC

    Une prime a été versée dès le mois de mai à de nombreux personnels dans le public exposés au covid-19 : qu’en est-il dans le privé ?

    Didier Gamerdinger a demandé au comité de contrôle que cette prime dans le privé soit exonérée de cotisations sociales. Le conseiller-ministre a indiqué que c’était une manière d’encourager les employeurs à verser ces primes. On s’y est opposé pour deux raisons. Tout d’abord car ce n’est pas cette exonération qui influence les employeurs à verser, ou pas, une prime. On l’a bien vu sur le maintien des salaires à 100%. Malgré l’exonération des cotisations, très peu d’employeurs ont fait la démarche de verser les 20% supplémentaires de salaires. La deuxième est que l’on ne veut pas non plus qu’il y ait des petits arrangements… 

    C’est-à-dire ?

    Que cette prime, qui est évidemment légitime pour ceux qui sont au front tous les jours, devienne “une niche fiscale“ pour les employeurs. Imaginons, hors contexte covid, qu’un employeur verse habituellement une prime de 1000 euros au mois de septembre à son salarié, l’employeur pourrait très bien anticiper le versement de cette prime maintenant pour ne pas avoir à payer de cotisations sociales.  Je pense que c’était la crainte de Jean-Jacques Campana qui était d’ailleurs plutôt contre. Cette prime aurait dû être cotisable tout simplement. Espérons néanmoins qu’elle soit versée très largement à tous ceux qui ont œuvré  pendant cette crise.

    INTERIMAIRES : DES AIDES INSUFFISANTES

    Selon les chiffres du gouvernement, 6000 intérimaires à Monaco ont été touchés par cette crise. Sachant qu’ils ne sont pas éligibles au CTTR , compte tenu de la durée de leur contrat qui ne leur donne pas droit à ces prestations, l’État va faire l’avance aux sociétés d’intérim du versement anticipé des congés payés dus : que pensez-vous de cette mesure ?

    C’est une mesure quasiment inutile dans la mesure où elle ne va concerner que très peu d’intérimaires, car quasiment aucun d’entre eux n’ont de congés payés. Un intérimaire ne prend pas de vacances. Soit il est en fin de mission, soit il est en pause de mission. Les seuls qui bénéficient de vacances sont ceux dans le bâtiment car ils cotisent à la caisse de congés payés et de prévoyance du bâtiment de Monaco (CCPB). Dans toutes les autres professions, il ne faut pas être naïf, les congés payés ne sont pas cumulés mais payés directement sur les bulletins de salaire.

    Qu’auriez-vous proposé ?

    Tout d’abord, il aurait fallu qu’une législation sur l’intérim à Monaco existe, ce qui n’est toujours pas le cas. Cela aurait permis d’y voir plus clair et de mettre en place une obligation d’ordre de mission. Ainsi, les intérimaires qui auraient une mission jusqu’à une date définie auraient pu profiter du CTTR, au même titre qu’une personne en CDD, car un intérim est un CDD.  On voit bien que dans ce contexte, ne pas avoir légiféré dans ce domaine, et ne pas avoir pris ses responsabilités en amont, fait que les intérimaires restent sur le carreau. 

    TELETRAVAIL : UN BOND A L’AVENIR ?

    Durant ce confinement, le nombre de télétravailleurs a explosé passant de 1300 à plus de 10 000. Est-ce que ce mode de travail va bondir à l’avenir à Monaco ?

    Beaucoup de structures se sont organisées pour faire du télétravail alors que c’est un mode de travail qu’elles repoussaient. C’est évident que cela va laisser des traces à l’avenir. Néanmoins, les employeurs disent aussi que la plupart des employés avaient la volonté de revenir au travail car ils n’en pouvaient plus de rester à la maison et de ne pas être en interaction avec leurs collègues. Il faut être clair, le télétravail n’est pas un mode de travail satisfaisant pour bon nombre de salariés.

    CHANTIERS : « DES RISQUES SANITAIRES INUTILES » 

    Durant le confinement, quelques chantiers sont restés ouverts à Monaco. Vous vous y êtes vivement opposé. Pour quelle raison ?

    Pourquoi ouvrir des chantiers alors qu’il n’y avait pas d’urgence vitale ? Pourquoi ces chantiers spécifiquement et pas les autres ? Des petits entrepreneurs qui étaient la corde au cou par rapport à l’arrêt de leur activité auraient certainement aimé reprendre aussi leurs travaux pour survivre. Au final, c’est aux plus gros groupes que la réouverture a été offerte, c’est-à-dire Pastor et Bouygues construction. Je n’arrive pas à comprendre la cohérence. J’ai lu également les déclarations des architectes qui craignaient qu’il y ait très peu de contrôles et donc beaucoup de malfaçons. Je les rejoins là-dessus.  En plus de cela, les chantiers génèrent un flux de transports de salariés, de consommation et de circulation en Principauté et des risques d’accidents potentiels. C’était donc, à mon sens, prendre des risques sanitaires inutiles. 

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