jeudi 4 juin 2020
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    De l’art pour guérir les blessures

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    Par le dessin, la sculpture, la musique, la photographie ou la découverte de musées, l’art thérapie est une pratique destinée à redonner confiance aux personnes en souffrance.

    A Monaco, elle est notamment utilisée par l’association des victimes d’infraction pénale pour aider les enfants victimes de violences. Ou encore par le Nouveau Musée National de Monaco qui accompagne des malades psychiatriques du CHPG.

    Sur la table trône un volcan en argile. « L’enfant a voulu représenter un volcan pour exprimer ce qu’il avait à l’intérieur de lui. Il considère sa maman comme une proie qui va se faire manger. » Fabrice Tasin est art thérapeute. Depuis plusieurs mois, il intervient pour l’association des victimes d’infraction pénale (Avip). Ses interventions sont rémunérées par l’entité qui accueille et conseille de nombreuses victimes de violences conjugales en principauté. Mais aussi — même si c’est plus rare — de leurs enfants. « Il arrive souvent que l’enfant serve de règlement de comptes entre les parents. Ceux-ci voient parfois les violences contre leur mère », prévient Fabrice Tasin. « Il donne beaucoup de son temps et il serait impossible de faire appel à du bénévolat pour ce genre de prestation », précise Valérie Campora-Lucas, directrice de l’Avip. Par des petites sculptures en argile ou des dessins, il arrive à faire exprimer aux enfants ce qu’ils gardent enfouis au plus profond d’eux. « On va retrouver beaucoup de dessins, de sculptures de femmes, qui symbolisent les souffrances endurées », prévient le praticien.

    Extérioriser le malaise intérieur

    Les enfants arrivent par période. En février, Fabrice Tasin travaillait par exemple avec quatre petits âgés de 4 et 5 ans. « Je suis particulièrement un enfant qui a 5 ans et demi et qui est vraiment dans la haine. Clairement, il déteste son père. Alors j’essaie de casser ce côté haineux pour éviter que plus tard, on ne sait jamais, il y ait une sorte de règlement de compte. Mais aussi éviter qu’il ne reproduise ce qu’il a vu », détaille l’art thérapeute. En consultation, il voit également des enfants ayant subi des violences sexuelles. Dans ce cas, il a observé l’utilisation de la couleur rouge, celle du sang, dans les dessins. « Je vois deux enfants différents mais on voit bien qu’ils utilisent les mêmes couleurs sur les différents supports », constate le praticien. L’objet de sa mission, c’est de travailler sur les souffrances, mais, surtout, les extérioriser pour comprendre ce que l’enfant ressent vraiment et puisse doucement évacuer le malaise intérieur. Car avec des patients aussi jeunes, pas toujours simple d’utiliser à bon escient ou avec dextérité le vocabulaire des adultes.

    « Casser la crise et apaiser »

    « Le but c’est de casser la crise et d’apaiser. On doit élaguer et savoir à quel niveau psychologique l’enfant se situe. Avant, ensuite, de passer le relais à d’autres professionnels par exemple via un hôpital de jour. » L’art comme amortisseur des événements traumatiques pour travailler sur les conséquences des violences au sein du cercle familial. « J’ai suivi un enfant qui a subi des violences sexuelles. Il ne connaîtra l’amour que par la violence. Il faut absolument un travail de longue haleine pour l’accompagner. La reconstruction peut être compliquée et longue », se rappelle-t-il. « Les enfants sont de vrais éponges, confirme la directrice Valérie Campora-Lucas. Nous ne sommes qu’un intermédiaire. Car bien entendu, s’il y a des violences sur enfants ou s’il y a vraiment une nécessité, c’est renvoyé vers le service justice. » Les enfants peuvent être pris en charge par la Daso (1). « Nous sommes vraiment un lien pour pouvoir protéger les enfants », admet Valérie Campora. « Vous êtes un point d’entrée. Il est important que vous serviez de relais », a salué le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger.

    Renforcer la confiance en soi

    C’est aussi l’approche utilisée par le NMNM. En collaboration avec le service de psychiatrie du centre hospitalier Princesse Grace, chapeautée par le docteur Valérie Aubin, une collaboratrice du Nouveau Musée National de Monaco accueille des patients atteints de troubles psychiques. Coline Matarazzo les reçoit dans les salles de la Villa Paloma afin de les accompagner dans un cheminement artistique propre. Cette initiative peut être utilisée pour aider ces personnes, parfois mises un peu à l’écart ou carrément désocialisées, dans une perspective d’insertion sociale ou même professionnelle. Car l’art thérapie s’applique bien à ce type de public, tout âge confondu. Le public atteint de maladies psychiques se révèle souvent très sensible à l’art dans toutes ses dimensions. En décomposant l’activité artistique, on aide l’individu en l’intégrant à un projet collectif et même personnel. Cela s’accompagne d’un renforcement de la confiance en soi et d’une meilleure compréhension de soi. Le NMNM joue la carte du dialogue pour que la sortie culturelle entre dans un cadre thérapeutique plus global. Une chance intéressante pour les usagers de sortir de leur « rôle » de patient pour devenir un citoyen parmi les autres.

    Via le tatouage comme exutoire

    C’est toujours à l’art thérapeute d’adapter son activité en fonction du profil de patient. La pratique artistique peut servir d’exutoire. Que les usagers soient très jeunes comme dans le cas de l’Avip, particulièrement atteint comme pour les malades schizophrènes ou alors âgés avec les malades d’Alzheimer. C’est aussi une pratique qui peut accompagner tout un chacun dans une période de crise ou dans la vie de tous les jours pour mieux exprimer ses émotions. Pas étonnant alors qu’on retrouve un air d’art thérapie dans le milieu du tatouage. Noémie Ravenna, tatoueuse installée en principauté, projette même de créer un futur atelier pour accompagner plus en profondeur des clients intéressés par l’approche. « Parce que c’est très cathartique de se faire tatouer… Nous aimerions instaurer des ateliers plus personnalisés pour aider les personnes dans ce processus de tatouage à expulser leurs émotions et ressentis. C’est un projet dans lequel on croit. Ici, on le fait tous les jours », avait expliqué à L’Obs’ la jeune femme.

    (1) Direction de l’Action et de l’Aide Sociales

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