jeudi 4 juin 2020
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    Cédrick Lanari : « Il serait prudent de poursuivre le CTTR et l’interdiction des licenciements jusqu’à la fin de l’année »

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    Pertes d’emplois, situation des intérimaires, licenciements, chômage temporaire ou encore télétravail … Cédrick Lanari , président de la Fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM), livre son analyse sur la crise actuelle que traverse la Principauté.

    PERTES D’EMPLOIS ET RISQUE DE FAILLITES  A MONACO

    Malgré les aides économiques du gouvernement accordées aux entreprises monégasques, pensez-vous que cette crise sanitaire va provoquer des pertes massives d’emplois à Monaco ? 

    A date, la prolongation du CTTR et l’encadrement des licenciements font qu’il n’y a pas de perte massive d’emploi en Principauté. C’est après que la Fédération des syndicats de Monaco devra se montrer vigilante, principalement sur les licenciements économiques. En effet, nous espérons qu’il n’y aura pas de pertes massives d’emplois à Monaco  mais il semble évident que certaines sociétés devront malheureusement fermer leurs portes. 

    Quels sont les secteurs d’activité à Monaco où les risques de pertes d’emplois sont les plus à craindre ?

    L’hôtellerie, la restauration, certaines industries, les métiers liés à l’évènementiel et d’une manière générale, ceux liés au tourisme. 

    CHOMAGE TOTAL TEMPORAIRE RENFORCE (CTTR)  : «  JUSQU’A LA FIN DE L’ANNEE » 

    21 600 salariés ont bénéficié du  chômage total temporaire renforcé (CTTR) à Monaco durant le confinement. L’État rembourse les employeurs à hauteur de 80,6 %, du salaire net de chaque salarié. Qu’avez-vous pensé de cette mesure ?  

    Bien que notre Fédération ait demandé un maintien de salaire au-dessous du salaire médian (2200€), nous avons salué l’effort fait par le gouvernement sur les petits salaires, même si nous aurions préféré que l’assiette soit calculée sur la moyenne des 12 derniers mois. Ce qui fait que pour la majorité des salariés, cela ne représente pas 80,6% du net mais, suivant les cas et les plafonds, entre 70% et 80 % du net.

    Jusqu’à quand faut-il prolonger le CTTR selon vous ? 

    Il est prématuré de parler de date de fin pour le CTTR. En effet, à ce jour , les hôtels, cafés et restaurant n’ont pas encore repris leurs activités et personne ne peut dire, ni les conditions de cette reprise, ni si celle-ci sera bonne ou mauvaise. Nous pensons qu’afin de pérenniser l’emploi, suite à cette crise, il serait prudent de laisser le CTTR jusqu’à la fin de l’année.

    Les employeurs pouvaient compenser les 20% de salaire restant : ont-ils joué le jeu ?

    Oui, certains employeurs ont joué le jeu, et leurs salariés ont eu leurs salaires maintenus à 100% .  Nous les en remercions. Pour ceux qui n’ont pas pu, et malheureusement c’est la majorité, on peut  comprendre qu’avec les efforts de trésorerie, les dépenses supplémentaires, sans rentrer de recettes, ce n’est pas chose facile.

    LICENCIEMENTS : « UN SUJET QUI VA AU-DELA DE CETTE CRISE » 

    En raison de cette crise, le licenciement, sauf pour faute grave, est actuellement interdit à Monaco. Jusqu’à quand cette mesure devrait-elle durer selon vous ? 

    Nous souhaitons que cette mesure soit également prolongée jusqu’à la fin de l’année.

    Lorsque cette interdiction ne s’appliquera plus, doit-on craindre une vague massive d’article 6 et de licenciements économiques à Monaco ? 

    La F2SM sera quoiqu’il en soit vigilante sur ces deux types de licenciements. Ainsi, il conviendra d’être attentif aux affaires dont le tribunal du travail pourrait être saisi.Cela dit, nous craignons  malheureusement une vague de  licenciements économiques. De manière plus générale, la gestion de l’article 6 à Monaco est un sujet qui va au-delà de la crise du COVID 19. Cette période a mis en lumière la possibilité, que nous connaissions déjà, d’abus de cet article. La Fédération des syndicats de salariés de Monaco souhaite une table ronde sur le sujet où, tout en concevant le dynamisme économique monégasque, un volet humain soit considéré.

    DIALOGUE SOCIAL

    Avez-vous été associé aux décisions du gouvernement durant cette crise ou simplement informés ?

    Le conseiller aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger, nous a réuni à deux reprises, les 14 et 27 avril, pour, à chaque fois, nous faire part des avancées et des décisions. Chacun a pu poser toutes les questions inhérentes à cette crise.  Par ailleurs, nous avons été consultés également par le Conseil national par téléphone. Cela dit, en amont, la Fédération avait fait part d’un dossier de 23 pages abordant les aspects sociaux de cette crise, et nous avons eu la satisfaction de voir que plusieurs de nos suggestions ont été retenues telles que l’aide aux petits salaires et le télétravail par exemple.

    Quelles ont été vos relations avec la FEDEM et l’USM durant cette crise ?

    Nous avons eu des échanges constructifs avec la FEDEM. Quant à l’USM, nous n’avons aucune relation, mais cela n’est pas de notre fait.

    PRIMES DANS LE PRIVE : «  UN DESEQUILIBRE ENTRE LES SALARIES » 

    Une prime a été versée dès le mois de mai à de nombreux personnels dans le public exposés au Covid-19 : qu’en est-il dans le secteur privé ? 

    Certains employeurs du privé ont joué le jeu, notamment Carrefour, avec des conditions très larges qui ont permis à beaucoup de salariés d’en profiter Par ailleurs, nous saluons le fait que cette prime soit partiellement exonérée de cotisations sociales. En effet,  cela a pu permettre à certaines entreprises de la donner.  Malheureusement, certaines entreprises n’ont pas pu, ou souhaité, la donner. C’est regrettable car cela créé un déséquilibre entre les salariés.

    CHANTIERS : « LIMITER L’IMPACT ECONOMIQUE »

    Durant le confinement, quelques chantiers sont restés ouverts à Monaco. L’Union des syndicats de Monaco y était vivement opposée. Quel est votre avis sur ce point ? 

    Notre Fédération a été attentive à ce que les conditions de garanties sanitaires  soient respectées pour les salariés qui travaillaient sur ces chantiers. L’intérêt général évoqué par le gouvernement pour maintenir ces chantiers en activité permettra sûrement de limiter l’impact économique et donc de maintenir des emplois post crise.

    INTERIMAIRES : « MESURES INSUFFISANTES » 

    Selon les chiffres du gouvernement, 6000 intérimaires à Monaco ont été touchés  par cette crise. Sachant qu’ils ne sont pas éligibles au CTTR , compte tenu de la durée de leur contrat qui ne leur donne pas droit à ces prestations, l’État va faire l’avance aux sociétés d’intérim du versement anticipé des congés payés dus : que pensez-vous de cette mesure ? Est-ce suffisant ? 

    Sachant que les congés payés sont versés aux intérimaires chaque mois, cette mesure nous semble insuffisante.  Nous espérons que les réunions initiées par le gouvernement reprendront, et qu’une loi aboutisse suite aux  échanges entre  la FEDEM et le EPSPI (syndicat des entreprises de prestation de service et de personnel intérimaire) et la F2SM. En effet, outre la précarité du salarié intérimaire de manière générale, il n’y a aucune loi sur  l’intérim en Principauté.

    TELETRAVAIL : « CETTE CRISE A PROUVE QUE C’EST POSSIBLE » 

    Durant ce confinement, le nombre de télétravailleurs a explosé passant de 1300 à plus de 10 000. Est-ce que ce mode de travail va bondir à l’avenir à Monaco selon vous et y êtes-vous favorable ?  

    Oui, nous sommes très favorables au télétravail depuis  le début de la mise en œuvre. Nous travaillons depuis plus d’un an sur des propositions pour modifier la loi, de la rendre plus souple et plus adaptée, afin de pouvoir augmenter le nombre de télétravailleurs. Cette crise a prouvé que, oui ,c’était possible et il sera très difficile pour ces sociétés, qui ne voulaient pas le mettre en place, et qui ont été contraintes par la crise, de revenir en arrière. Cela démontre surtout que les réticences se trouvent dans la tête de certains managers qui sont encore empreints d’une culture du présentéisme et non du management par projet. Cela dit, le télétravail doit se faire également sur la base du volontariat. En effet certain salariés ne le souhaitent pas.

    Quels avantages voyez-vous à cette ce mode de travail ?

    10 000 télétravailleurs, c’est 10 000 personnes de moins sur les routes le matin, le soir et dans les parkings. C’est une amélioration énorme pour les conditions de travail, pour la pollution, pour l’écologie,  pour les bouchons sur les routes, et les pertes de temps, ou encore  les accidents trajet-travail.  La  F2SM est donc favorable au télétravail. Cependant, il faudra être vigilant sur les sujets comme les accidents du travail, le volontariat, la possibilité de pouvoir revenir en arrière,  ou encore la formation de ces personnes. 

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