Portrait de Yann-Antony Noghes

Yann-Antony Noghès
Journaliste pressé

MEDIASLe journaliste monégasque et producteur de télévision Yann-Antony Noghès s’impose à Bruxelles où il enchaîne les correspondances pour différents médias comme BFM TV ou Marianne Belgique. Il est aussi producteur et présentateur du magazine de reportages Investigations diffusé sur plusieurs chaînes en Europe.

Il est arrivé au café quelques petites minutes en retard. La faute à un « direct » à organiser pour un journaliste de BFM TV avec qui il travaille. « J’ai toujours mon iPhone avec moi » se marre ce Monégasque en désignant de la tête un téléphone mobile Samsung hors d’âge. Deux coups de fil plus tard, le « direct » pour la chaîne d’info du groupe NextRadioTv est calé. L’interview peut commencer avec ce journaliste producteur qui vit à Bruxelles depuis 2 000.

Tufts
« J’ai vécu une douzaine d’années à Monaco. » Né le 17 janvier 1979 à Monaco, Yann-Antony Noghès a suivi une scolarité très classique en principauté. La maternelle rue Plati, puis le collège Charles III. Son père Gilles est monégasque, sa mère, Florence, est française, devenue monégasque par la suite. Ambassadeur de Monaco à Washington, Gilles Noghès a notamment présidé le bureau international des expositions : « C’est un peu le CIO des expositions universelles. Ce bureau décide notamment si une expo peut être considérée comme universelle ou pas », résume son fils. Quant à Florence Noghès, elle est Pdg de Leroux & Lotz, une entreprise spécialisée dans l’industrie navale, qui a par exemple conçu des bateaux comme le Ponant. « Elle faisait aussi des ferries rapides pour assurer par exemple la liaison avec la Corse. Ou même des chalutiers. »
Yann-Antony a deux demi-frères. Alexandre, 25 ans, sort de HEC pendant que Charles, bientôt 23 ans, est rugbyman. Après avoir suivi un cursus au centre de formation du Stade Français, il a repris ses études à l’Ipag Business School, pour se lancer dans l’organisation d’événements sportifs. De son côté, ce journaliste-producteur de 34 ans n’a pas perdu de temps. A 17 ans, après avoir décroché son bac, direction Boston, à la Tufts University, pour suivre des études de relations internationales. « Je n’étais pas un élève flamboyant, mais je me suis toujours débrouillé. » En tout cas, le cursus américain est bouclé en 3 ans au lieu de 4.

Elkabbach
1999. Retour en France, à Paris, où Noghès obtient le diplôme de l’institut français de presse en une année au lieu de 2. « J’avais très envie d’entrer dans le monde du travail le plus vite possible. » Depuis tout petit, Yann-Antony Noghès n’a qu’un seul objectif : devenir journaliste. D’ailleurs, il avoue avoir créé, lorsqu’il était à l’école aux Moneghetti en CE2, son tout premier journal : « Info Jeunes, le journal qui plait aux jeunes. » Un journal d’une seule page, qui était vendu 5 francs. « C’était ma grand-mère qui tapait pour moi à la machine. Un jour le directeur m’a convoqué dans son bureau pour que j’arrête. »
Quand il sort de l’école, début 2000, c’est sur la chaîne Public Sénat que Noghès débute sa carrière, aux côtés de Jean-Pierre Elkabbach. « C’était très formateur. » A l’occasion de l’enregistrement au parlement de Strasbourg et de Bruxelles d’une émission sur l’Europe, il en profite pour établir des contacts. Ce qui lui permet de travailler les 5 années suivantes à la direction de l’information du parlement européen à Bruxelles. « C’était en 2000. Je venais de rencontrer ma femme au Sénégal, Pierre-Anne. Elle est belge. J’avais la vingtaine. Mais je n’ai pas eu de doutes : c’était la femme de ma vie. Donc aller vivre à Bruxelles n’a pas été un problème. »

« Fierté »
« Pia » est avocate d’affaires, spécialisée dans les fusions et les acquisitions internationales.
« Je rêvais que mes deux filles naissent en principauté. J’étais prêt à déménager, même temporairement pour ça. Parce que naître à Monaco, c’est important. Ça crée une vraie attache. » Finalement, c’est à Bruxelles que sont nées Marie, 8 ans, Alexandrine, 4 ans et Juliette, 1 an. « Pour établir un lien avec Monaco, elles ont toutes été baptisées à Sainte Dévote. Et elles sont toutes les trois monégasques. » Tout comme Pierre-Anne qui est donc devenue monégasque, tout en conservant sa nationalité belge : « Mon épouse adore le fait que les Monégasques soient si fiers de leur appartenance. C’est d’ailleurs ce qu’elle reproche un peu aux Belges : de manquer parfois de fierté. » Pour marquer cet événement, une « petite cérémonie » a été organisée à Bruxelles. « On a invité plein d’amis. Ma femme a dû chanter l’hymne monégasque en monégasque. Et citer tous les joueurs de l’AS Monaco de 2004. Même les remplaçants ! » Pari tenu. Il faut dire que ce couple est fan de foot et de l’AS Monaco. D’ailleurs, ils ont suivi toute la campagne européenne 2004 en Ligue des Champions, de stades en stades.

Bruxelles
L’avantage du poste occupé par Noghès à la direction de l’information du parlement européen à Bruxelles, c’est qu’il lui permet d’avoir un contact direct avec pas mal de médias. Notamment France 2 ou M6. « Je faisais de la production. Ce qui m’a permis de travailler par exemple avec des gens comme Arlette Chabot et son émission Mots croisés. Ou Pierre-Luc Séguillon sur LCI. » Résultat, en 2006 il démissionne du parlement européen pour réaliser une chronique quotidienne intitulée « La Page Europe » au sein du Grand journal de BFM Radio. Une chronique qu’il tient jusqu’en 2009.
« Et puis, j’ai envoyé des CV. Je suis rentré par la fenêtre ! » se marre Noghès qui multiplie alors les collaborations. En 2007 et 2008, il présente le magazine d’actualités et d’interviews Europe Hebdo sur BFM TV. Il faut dire que depuis le lancement en novembre 2005 de sa chaine d’info en continu, le patron de BFM TV et du groupe NextRadioTv, Alain Weill, a décidé de miser sur de jeunes talents. Une opportunité que Noghès saisit immédiatement. « L’argent économisé est réinvesti dans une présence de tous les instants sur le terrain avec des directs, en reproduisant le modèle anglo-saxon. En fait, Alain Weill a contribué à démocratiser les duplex. Aujourd’hui, toutes les chaines d’info sont en duplex. »

« Duplex »
Reste à gérer le stress lié au direct. « Le truc, c’est de penser qu’on parle à une seule personne. Si on commence à réfléchir et à se dire qu’on parle à l’équivalent de plusieurs stades de France, c’est très, très mauvais… Pour me sentir totalement à l’aise, j’aime sentir que j’apporte une info, une valeur ajoutée. Mais on ne se débarrasse jamais totalement du trac. » Enfin, presque jamais. « Quand on fait un duplex, on commence à être vraiment à l’aise au bout de 1 à 2 minutes. Le problème, c’est qu’un duplex dure rarement plus de 2 minutes… »
En 2008, Noghès ajoute une collaboration supplémentaire à BFM TV. Ce sera en presse écrite, pour La Tribune. Décédé récemment, le journaliste Érik Izraelewicz, occupe à l’époque le poste de directeur général de ce journal économique et décide de faire appel à Noghès. Ce qui lui permet d’être correspondant à Bruxelles de 2008 à 2012 pour cet autre média racheté par Alain Weill. C’est l’occasion de couvrir la crise économique et d’interviewer plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement, ainsi que de nombreuses personnalités. Notament Jean-Claude Trichet, José Manuel Barroso ou Mikhail Gorbatchev.

« TF1 belge »
Mais c’est surtout à l’antenne de BFM TV que Noghès se fait le plus remarquer. En 2010 et 2011, il présente le magazine hebdomadaire La faute à Bruxelles ?. Il réalise également la chronique hebdomadaire L’essentiel de l’Europe sur la radio francophone belge Bel RTL. « Ma chronique est passée de quelques minutes à une quinzaine de minutes parce qu’on est arrivé à présenter l’Europe de manière attractive et ludique. » Une émission qui devrait d’ailleurs reprendre en septembre. Mais cette expérience radiophonique est aussi un joli tremplin qui conduit Noghès sur RTL TVI, une chaine de télé belge qui fait partie du même groupe que Bel. « RTL TVI, c’est un peu le TF1 belge. C’est la première chaîne francophone belge » explique ce journaliste monégasque.
Depuis mai 2011, Noghès présente et produit le magazine mensuel de reportages Investigations sur cette chaine. L’émission est enregistrée puis diffusée le dimanche à 22 heures une fois par mois. Construite autour de trois reportages de 12 minutes et de trois interviews de 6 minutes, elle obtient des audiences satisfaisantes pour une deuxième partie de soirée. « On est en moyenne à 17 ou 18 en parts de marché. Ce qui est bien pour ce genre de magazine. »

RTL Group
De simple présentateur avec les moyens humains et techniques de RTL, Noghès n’a pas hésité à investir pour acheter du matériel de montage. Et devenir producteur et rédacteur en chef. « J’ai un associé expérimenté qui réalise les principales émissions en Belgique : soirées électorales, gros matches de foot… » En tout, une douzaine de personnes travaillent sur cette émission en free lance. Noghès se charge de la présentation, des interviews en plateau et parfois de quelques reportages. Le 28 avril, un reportage sur les compagnies aériennes low cost et une interview avec le capitaine du Costa Concordia sont au programme : « On va sortir des informations explosives », promet Noghès. En tout cas, ça marche. Depuis janvier 2013, la diffusion de ce magazine est élargie à d’autres chaînes de RTL Group : RTL Klub en Croatie, RTL Televizija en Hongrie et RTL Télé Lëtzebuerg au Luxembourg.
Pour séduire les auditeurs, Noghès applique une recette simple mais très efficace : partir d’un sujet comme par exemple le low cost pour faire ensuite réagir un représentant de la commission ou du parlement européen. « C’est comme ça qu’on peut arriver à intéresser les gens à l’Europe, même si c’est technique », estime ce journaliste. Très important aussi : proposer une bonne bande-annonce pour faire la promotion d’une émission.

« Marianne »
Jamais rassasié, Noghès trouve le temps pour signer aussi quelques articles pour Marianne Belgique. Le « petit frère » belge du magazine français lancé en 1997 par Jean-François Kahn et Maurice Szafran, paraît depuis mars dernier chaque samedi, avec un minimum de 32 pages belges sur un total de 100. Au sommaire du premier numéro le 9 mars, un long article consacré au lobby du tabac, signé Yann-Antony Noghès. « Marianne Belgique n’a pas le même esprit que le Marianne français qui est beaucoup plus agressif. » Soutenu par l’édition française, Marianne Belgique n’a pas le même actionnariat. On trouve notamment les frères Benoît et Bernard Remiche, la famille Leempoel (Ciné Télé Revue), le libraire Marc Filipson (Filigranes), sans oublier le metteur en scène louviérois Franco Dragone. Vendu 3,80 euros et disponible sur tablettes, Marianne Belgique est tiré à 55 000 exemplaires. Objectif : vendre 15 000 à 20 000 exemplaires et atteindre l’équilibre d’ici 3 ans.

Damier
Mais ce n’est pas tout. Car Noghès vient de créer sa boite de production, Check Production : un clin d’œil au drapeau à damier, « checkered flag », inventé par son grand-père, Antony Noghès, en 1931. Mais l’objectif de ce journaliste hyperactif c’est de revenir s’installer à Monaco « d’ici 1 à 3 ans », en apportant un nouveau projet. « Mon camp de base serait en principauté. Car j’ai envie que mes enfants grandissent à Monaco. Mais il faudra aussi concilier le travail de mon épouse avec ce projet. » Car son peu de temps libre est réservé à sa famille qui compte beaucoup pour lui. Un peu de tennis, de squash et de golf aussi. « Je n’arrive pas à prendre de vacances. C’est compliqué. Je rêve d’un système avec 6 semaines de boulot à fond suivi par 2 semaines de vacances. Ça serait l’idéal. »

« Dialogue »
En attendant, de trouver le rythme de travail parfait, Noghès ne cache pas que son enthousiasme débordant peut parfois se révéler exagéré. « Je suis un impulsif qui se soigne, grâce à l’expérience. Car j’ai appris que plus on dégage du calme et de la sérénité et plus les choses sont facilitées. Mais je sais aussi qu’il faut parfois donner des coups d’épaules pour que les choses se fassent. Quand j’ai une idée, je ne lâche pas… » Un peu rentre-dedans assumé, Noghès avoue avoir du mal à garder les choses pour lui. « Je ne supporte pas le non-dit. Car si on ne se parle pas, on crée des malentendus. Alors que si on dialogue, les choses s’aplanissent. Et tout devient plus simple. Maintenant, il faut que je travaille sur la manière de dire les choses… » Jusqu’ici, tout va bien.
_Raphaël Brun

Histoire/
Antony Noghès invente le Grand Prix de Monaco

Si le premier Grand Prix a été organisé en 1929, c’est au grand-père de Yann-Antony Noghès que Monaco le doit. Après avoir imaginé le rallye Monte-Carlo en 1911, Antony Noghès récidive. En 1928, il a pour mission de faire reconnaître l’Automobile club de Monaco (ACM) créé en 1925, par l’Association internationale des automobiles clubs reconnus (AIACR). Mais le président de l’ACM, Alexandre Noghès et son fils Antony ont un problème : les courses qu’ils organisent se déroulent en dehors de la principauté. Du coup, impossible d’intégrer l’AIACR. « Mon grand-père a alors eu l’idée de créer un circuit en ville, dans Monaco », raconte Yann-Antony Noghès. Une idée incroyable à l’époque qui a beaucoup marqué ce journaliste : « Finalement, même si au départ cette idée semblait folle, on voit bien que rien n’est impossible. »
_R.B.

Yann-Antony Noghes pendant un tournage

FILM/
Noghès fait son cinéma

On pourra voir Yann-Antony Noghès dans Le dernier diamant, un film d’Eric Barbier dont le tournage devrait s’achever le 13 mai. Avec dans les rôles principaux Yvan Attal et Bérénice Bejo, ce thriller met en scène un repris de justice qui va participer à un casse pour voler le Florentin, qui est le plus célèbre diamant du monde. « J’interprète mon propre rôle pour une scène très courte. La journaliste de BFM TV, Ruth Elkrief, me donne la parole pour que j’interviewe Bérénice Bejo qui est une diamantaire dans ce film. » Alors que L’Obs’ était en bouclage, aucune date de sortie n’a été confirmée.
_R.B.