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Y a-t-il réellement un malaise social à la SBM ?

Jeux/Dans le secteur des jeux, mais aussi de l’hôtellerie, certains syndicalistes dénoncent une « politique inhumaine » au niveau de la direction des ressources humaines. Même si tout n’est pas blanc ou noir.

A la réunion de Primo ! consacrée à la Société des bains de mer, de nombreux référents — également salariés à la SBM — ont dressé un tableau accablant de sa politique de ressources humaines. Dans les jeux « on ne se soucie plus de l’humain. Et tout ceci découle sur un taux d’absentéisme dans les jeux qui avoisine les 30 %… », affirmait ainsi Jean-Charles Emmerich. Syndicaliste et cadre dans les jeux américains, l’homme pointait la perte d’une centaine de postes dans ce secteur de jeux. Ironisant sur le fait que « la masse salariale, en diminution constante, a bon dos pour justifier les pertes de la société… » « Opacité du système de notation et tests psychologiques bidons » étaient fustigés dans le cadre de l’évolution de carrière des Monégasques. Pire, pour Stéphane Valeri, « le droit à l’emploi n’est plus assuré à la SBM même quand les employés sont irréprochables et qu’ils ne commettent pas de faute grave. » Plusieurs cadres de la SBM auraient été poussés vers la porte de sortie avec des départs à la retraite anticipé ou pour invalidité… « Cette société devient inhumaine. On a l’impression qu’on veut réduire les jeux ou les anéantir, on veut juste un casino pour amuser la galerie », lançait tristement Pierre Brezzo, commerçant qui avait travaillé dans le passé à la SBM. « Plutôt que de faire une gestion des casinos, on préfère faire une agence immobilière », ajoutait Alain Valli, ex-sous-directeur aux jeux européens, membre du syndicat des jeux Européens de la SBM et délégué du personnel.

« Chasse aux sorcières »

Et il n’y a pas que chez Primo ! que les croupiers l’ont mauvaise. Complètement désabusé, un employé de jeu de 30 ans d’expérience dénonce : « Il y a un réel malaise social lié à la nouvelle convention collective. 80 % des gens qui l’avaient voté ont compris qu’ils se sont fait “enfler” pour un salaire supplémentaire. Le nombre d’heures a augmenté, les tables restent ouvertes jusqu’à 4h du matin, on doit faire 35 heures minimum par semaine… Les gens commencent à accuser la fatigue avec le travail de nuit », se plaint-il. Avec l’amertume que « les heures de nuit comme de jour sont comptabilisées de la même manière selon la convention collective. Cela engendre forcément des maladies diplomatiques… » Cet employé évoque même « une chasse aux sorcières : 4 ou 5 directeurs, qui n’acceptaient pas la stratégie mise en place par la direction, ont été lourdés. Soit ils acceptaient les conditions de départ soit c’était l’article 6. La plupart ont accepté : plus ils se rapprochent des 60 ans, plus c’est le jackpot… »

« Enfants gâtés »

Pour Eric Elena, élu Renaissance et candidat Union monégasque, les choses sont loin d’être si simples. Sur les licenciements, le cadre de la SBM est ferme : « Quand vous travaillez pour une société, vous pouvez exprimer vos idées, et je le fais régulièrement, mais quand une ligne est fixée par la direction, il faut la suivre. Le directeur des casinos Pascal Camia, un Monégasque qui se bat pour remettre Monaco premier casino d’Europe, s’investit énormément et il attend de ses collaborateurs qu’il travaillent à son image ! Certains se sont crus intouchables. » Quant à l’absentéisme, « il n’est pas dû au malaise social. Mais par le fait que si un employé de jeu manque le mois d’août, il ne perd, en cas de gros salaire, que 1 000 euros par rapport au délai de carence, depuis que nous ne sommes plus payés par la cagnotte (des pourboires). D’ailleurs, cet été, une vingtaine d’employés sur 170 étaient en maladie au casino de Monte-Carlo… » Pour Eric Elena, les conditions de travail ne justifient pas une grogne. « Si la maison donne de l’argent en plus dans le cadre du statut unique, elle attend un travail supplémentaire à tous les employés, soit 40 à 45 heures l’été et 31 heures dans les périodes creuses. C’est un métier difficile avec des horaires de nuit, qui impactent la vie de couple et familiale, amenant souvent au divorce. Mais il ne faut pas se comporter en enfant gâté : on est payé pour jouer dans le plus beau casino au monde, on a des salaires superbes. Se plaindre serait irrespectueux. Il faut avoir les pieds sur terre ! » Seul bémol selon Eric Elena : pour anticiper la soixantaine de départs à la retraite prévus et mettre en place la polyvalence prônée par la convention collective, une école de jeux est impérative en 2018. Alors que Primo ! réclame carrément une école annuelle.

Pas de plan de départs

Du côté de Horizon Monaco, pas question de faire de la surenchère sur le malaise social dans les jeux. « Concernant l’absentéisme, le chiffre avancé par la Société des Bains de Mer est d’environ 15 %. Je m’étonne que Primo ! double purement et simplement ce chiffre. Mais HM est et restera attentif à l’aspect particulier du travail de nuit et au respect du biotope des collaborateurs de la SBM qui travaillent avec des horaires postés », avance Béatrice Fresko. Avant d’ajouter : « S’agissant des départs à la retraite anticipée, la convention collective des jeux de tables et des appareils automatiques prévoient des mesures financières pour ceux qui partent à la retraite et certains souhaiteraient semble-t-il en bénéficier plus tôt que l’âge légal. Mais il ne semble pas qu’un plan particulier de départ accompagné soit prévu par la SBM. » Là aussi, pour Horizon Monaco, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. « Fustiger systématiquement cette société n’aide en rien à sa relève. Ce n’est absolument pas constructif. D’autant plus que je n’entends aucune proposition. Je rappelle qu’il y a un pacte social entre les Monégasques et la SBM, nous avons donc tout intérêt à porter ce fleuron qui semble voir le bout du tunnel », estime la tête de liste Horizon Monaco.

écrit par Milena