Xavier-Niel@JF-Robert

Xavier Niel
Provocateur malin

Article publié dans L’Obs’ n°132 (mai 2014)

ECONOMIE/Il vient de s’offrir à titre personnel 55 % de Monaco Telecom pour 322 millions d’euros. A 46 ans, Xavier Niel pèse 6 milliards d’euros. Et ça n’est pas fini. Portrait de ce patron pas comme les autres.

On nous avait prévenu. Xavier Niel parle peu à la presse. Et il aime encore moins parler de lui. Contacté par L’Obs’, le nouveau patron de Monaco Telecom nous a répondu par email. Une habitude de communication qu’il a prise pour échanger avec les médias : « Vous savez je ne suis pas très bavard et il reste quelques petites choses avant que cela [le rachat de Monaco Telecom, N.D.L.R.] soit définitif. Donc je ne m’exprime pas pour le moment, désolé. »

ZX81
Né le 25 août 1967 à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), Xavier Niel est toujours resté très discret sur sa vie privée. On sait que son père était juriste, sa mère comptable et qu’il a une sœur. Il reçoit une éducation assez classique et décroche son bac en 1986 à Saint-Michel de Picpus, une école catholique privée.
La légende dit qu’en décembre 1981, son père lui a offert un cadeau qui sera décisif pour la suite : un Sinclair ZX81, un ordinateur peu cher à l’époque et assez facile d’accès. C’est sur cette machine que Niel débute. Il a 14 ans. Très vite, ce fan d’informatique acquiert les compétences nécessaires pour se forger une jolie réputation de hacker. On dit par exemple de lui qu’il serait parvenu à identifier les numéros de téléphone des voitures de l’Elysée, alors que François Mitterand était président de la République française.

Rose
1983. Cela fait exactement trois ans que la France a lancé le Médium interactif par numérisation d’information téléphonique, c’est-à-dire le Minitel. Xavier Niel n’a que 16 ans lorsqu’il comprend le potentiel de ce nouveau service. Un an plus tard, il vend ses compétences à des entreprises. Son créneau : les services de Minitel rose. Comme le succès est au rendez-vous, le jeune Xavier Niel ne termine pas sa prépa math sup.

Troie
Avec seulement le bac en poche, il s’associe en 1987 avec Fernand Develter. Cet ancien fondé de pouvoir à la Société Générale est désormais positionné dans l’industrie des serveurs érotiques et les sex-shops. Quatre ans plus tard, Niel rachète 50 % de Fermic Multimédia, un éditeur de services de Minitel rose créé par Develter qu’il transforme en une société anonyme. Iliad est né. Un clin d’œil à l’Iliade, une épopée attribuée à Homère, qui raconte la guerre de Troie.

Pirate
En 1996, Iliad lance le fameux 3617 Annu, qui s’impose comme le premier service d’annuaire inversé sur Minitel. On lui reproche alors de pirater l’annuaire de France Telecom pour faire tourner son service d’annuaire inversé. En juin 1999, Iliad est condamné à 100 millions de francs de dommages et intérêts au bénéfice de France Telecom. Après une série de négociations, un accord est trouvé en octobre 1999. Iliad signe un contrat sur trois ans, dans lequel le groupe accepte d’acheter les données de France Telecom pour 22 millions de francs, raconte le journaliste du service international de L’Opinion, en charge des Amériques, Gilles Sengès, qui a publié la seule biographie sur Niel (1). « Cette affaire a failli le mettre sur les genoux. Mais Niel est arrivé sur le marché à l’heure de la dérégulation et de la libéralisation. Contrairement à Bouygues Telecom qui est arrivé un peu trop tôt. Le gendarme des télécoms, qui venait d’être créé, a favorisé les débuts de Niel. Ce qui lui a évité d’être écrasé par plus gros que lui », estime Sengès.

Internet
Xavier Niel continuer donc à empiler les succès. Autre exemple : le site Societe.com, une gigantesque banque de données des entreprises. Car internet est en train de s’imposer comme la suite logique du Minitel.
« Au début, je n’y crois pas une seconde. Mais je décide quand même de me lancer là-dedans », explique Xavier Niel à Ouest France le 18 décembre 2008. Mais il reste avant tout un patron prévoyant et pragmatique. La preuve, il est en parallèle actionnaire de World-NET, qui était le premier fournisseur d’accès à internet (FAI) pour le grand public en France. Lancé en février 1994, World-NET a disparu en 2000.

Freebox
Une certitude, le minitel rose est une bonne répétition avant l’arrivée d’internet. Niel ne ratera donc pas le virage du web. Lorsqu’il lance en 1999 son offre internet sous le nom de Free avec un tarif à 20 euros, il est assez vite suivi par des fans qui sont toujours là aujourd’hui. Il faut dire qu’au début des années 2000, les offres d’accès internet sont assez complexes et chères. En novembre 2002, nouvelle avancée : la Freebox est lancée. Niel s’impose donc comme l’un de ceux qui ont cru dans ce concept de « box » avec des offres « triple play » qui proposent internet, téléphone et télévision. C’est un vrai carton. En seulement deux mois, environ 100 000 abonnés se laissent convaincre.

Double
Quelques mois auparavant, en mars 2002, Fernard Develter sort du capital d’Iliad. Xavier Niel revend les parts qu’il possède dans quelques sex-shops et quitte aussi le monde du Minitel. A l’exception du 3615 Annu, dont l’exploitation est gérée par l’entreprise Marketing Téléphonique Européen (MTE). Une décision cohérente, dans la mesure où le FAI Free a été lancé début 1999. En effet, désormais, l’objectif est clair. Et il est double : internet et les télécommunications.

Sex-shops
En 2004, Niel traverse une période plus sombre. Une lettre anonyme qui remonte à juillet 2002 l’accuse de supposées opérations de blanchiments de fonds liées à des sex-shops. Du coup, le patron d’Iliad est placé en détention provisoire avec un mandat de dépôt pour « recel d’abus de biens sociaux. » La justice lui reproche d’avoir perçu environ 5 000 euros en liquide par mois entre 2000 et 2004. Une somme prise sur des recettes non déclarées dans des sex-shops à Paris et à Strasbourg. Des soupçons de proxénétisme pèsent aussi, dans la mesure où des activités liées à la prostitutions se déroulent dans ces sex-shops. Finalement, Niel passe un mois à la Santé, dans le quartier VIP de cette prison. En août 2006, il est finalement blanchi des soupçons de « proxénétisme aggravé », mais condamné en octobre 2006 à deux ans de prison avec sursis et 250 000 euros d’amende pour des détournements de fonds dans des sex-shops. Selon Gilles Sengès, « le montant total du délit est estimé à 368 000 euros. »

Personnalités
Suite à cette affaire, Xaviel Niel se fait discret. Mais en coulisses, le conseil d’administration d’Iliad évolue et se dote au fil du temps de personnalités de premier plan. D’abord, le patron de Next Radio, Alain Weill. Puis, en 2004, un représentant d’Axa Investment Managers Private Equity Europe, François Jerphagnon, est rejoint par le sociologue, Jean-Louis Missika. Ou encore l’expert en télécoms, Dominique Roux en 2006. De l’introduction de Free en bourse, fin 2003 à fin 2007, Iliad renforce donc considérablement sa gouvernance. En août 2008, le patron de Free rachète Alice et ses 900 000 abonnés en ADSL à Telecom Italia pour 775 millions d’euros. Une énorme opération qui permet à Free de marquer des points vis-à-vis de ses concurrents. En effet, avec 4 millions d’abonnées, Free se classe alors n° 2, derrière Orange et ses 7,6 millions de clients.

Licence
Et puis, le patron de Free revient finalement sur le devant de la scène, avec son plus joli coup à ce jour. On parle bien sûr du lancement de Free Mobile, en janvier 2012. Mais avant d’en arriver là, Niel est parvenu à décrocher fin 2009 la fameuse quatrième licence de téléphonie mobile. Une véritable prouesse, alors que presque personne n’y croyait vraiment. Il faut dire que Nicolas Sarkozy n’est pas emballé. Mais c’est François Fillon qui emporte la décision. Un moment clé pour Xavier Niel qui lui permet de changer de dimension, en passant de simple fournisseur d’accès à internet à la sphère des opérateurs de téléphonie. Pourtant, difficile de connaitre la couleur politique du patron de Free. « Pas évident de le cataloguer, politiquement, confirme Gilles Sengès. Il est un peu comme ces patrons de la Silicon Valley : ce sont des « libertariens. » Leur business d’abord. Et après, on voit. » Alors, à droite ou à gauche Xavier Niel ? A ce jour, il a été reçu deux fois par François Hollande. Mais rien ne permet de savoir de quel côté de l’échiquier politique va sa préférence. Car il serait plus proche des hommes que des partis politiques.

« Culotté »
Une certitude, lorsque Free Mobile est lancé le 10 janvier 2012, la charge est radicale, avec des prix incroyablement bas : un forfait illimité à 19,99 euros par mois et un autre à seulement 2 euros. Les clients suivent. Dès le premier jour, 1 million de personnes se laissent séduire. Deux mois plus tard, Free Mobile revendique plus de 2 millions d’abonnés. Aujourd’hui, ils sont plus de 8 millions à faire confiance à cet opérateur pas tout à fait comme les autres. Une incroyable réussite en seulement deux ans d’activité. « Xavier Niel est très bon en marketing. Ses tarifs, que ce soit sur la téléphonie mobile ou pour l’accès internet, en sont la preuve. Il a renversé la table. Il a aussi du nez et pas mal de chance. Mais il est culotté, donc il sait aussi provoquer sa chance… Il a aussi du charisme. Et les gens qui sont avec lui, le suivent longtemps. D’ailleurs, il n’aime pas voir les gens qu’il a choisi le quitter. Il s’appuie sur un petit groupe de salariés extrêmement doués », raconte Sengès.

Fortunes
Aujourd’hui, la valeur d’Iliad et de ses 6 500 salariés est estimée à plus de 10 millards d’euros. En 2013, avec 13,7 millions d’abonnés fixes et mobiles, Iliad a réalisé un chiffre d’affaires de 3,7 milliards d’euros, en hausse de près de 19 % et un résultat net à 265 millions (+42 %). Tout en indiquant avoir investi 24 % du chiffre d’affaires en 2 013 « soit l’effort d’investissement le plus important du secteur. » Classé parmi les 10 premières fortunes de France, avec un patrimoine estimé à 6 milliards d’euros, Xavier Niel fait aujourd’hui indiscutablement partie des patrons qui comptent. Parti avec un simple bac, il a su s’imposer dans l’establishment avec ses méthodes choc et une communication parfaitement maîtrisée.

Voltaire
Du côté de sa vie privée, peu de choses filtrent. Il faut dire que ce chef d’entreprise protège et verrouille autant que possible tout ce qui relève de sa sphère privée. En revanche, son activité professionnelle est forcément plus exposée. Logique, puisque son groupe Iliad est côté en bourse et doit donc se plier à l’exercice de la transparence sur ses comptes.
On sait en tout cas que cet autodidacte aux cheveux longs a vécu dans le XVIème à Paris où il occupait la magnifique Villa Montmorency. Un quartier où vivent aussi Vincent Bolloré et Arnaud Lagardère. Désormais, il réside dans un hôtel particulier, qu’il a entièrement fait restaurer. Ce père de trois enfants a fréquenté le réseau Voltaire, une association engagée dans la défense des libertés et de la laïcité. Plus étonnant, Niel se passionnerait aussi pour les balades dans les catacombes parisiennes.

Ventes-privées.com
Pour le reste, ce patron extrêmement discret et casanier ne laisse pas fuiter grand chose. Et il n’hésite pas à porter plainte en diffamation contre des journalistes. Libération a par exemple été attaqué 5 fois pour diffamation par Xavier Niel ou par Free, sans jamais parvenir à faire condamner ce quotidien français.
En tout cas, en une dizaine d’années, Niel est parvenu à s’imposer dans le monde des affaires. On le dit proche du patron de BNP-Paribas, Jean-Laurent Bonnafé. Il fréquente aussi quelques patrons avec qui il travaille parfois, comme le créateur du site de rencontres Meetic, Marc Simoncini ou Jacques-Antoine Granjon, le PDG du site vente-privée.com.

Pierre
En tout cas, pas question de s’endormir sur ses lauriers. Xavier Niel dort peu et travaille beaucoup. Et il diversifie ses placements avec le fonds d’investissement high-tech Kima Ventures qu’il copilote avec Jérémie Berrebi. Sinon, Niel utilise sa holding NJJ, (les initiales des prénoms de ses enfants), notamment pour investir dans la pierre. Selon Capital, Niel investit beaucoup, comme par exemple à Courchevel (Savoie), où il a financé la moitié de l’Apogée, un palace estimé à 100 millions d’euros. C’est l’architecte Joseph Dirand qui a travaillé sur la rénovation de cet hôtel. En 2012, Niel a mis environ 35 millions dans l’hôtel de Miramion à Paris. Tout en investissant aussi dans le golf du Lys à Chantilly (Oise) et même dans des HLM à Sarcelles (Val d’Oise). Plus décalé, le patron de Free s’est aussi offert une partie du catalogue de Claude François, qui a vécu à Monaco, même si les droits ne rapportent que peu d’argent par rapport à sa fortune personnelle. Capital évoque la somme de 145 000 euros en 2011.

Steve Jobs
Niel est aussi actionnaire d’environ 800 start-up high tech. Un chiffre vertigineux qui n’étonne pas Gilles Sengès. Cet ancien rédacteur en chef des Echos voit ces investissements comme « une forme de veille technologique. Quand il y a une bonne idée, Xavier Niel l’appuie. » Jonathan Benassaya, cofondateur de Deezer, raconte par exemple à Capital que Niel leur a « prêté des locaux et nous rejoignait régulièrement pour dîner et nous conseiller. »Souvent en jeans, chemise décontractée, sans cravate, Xavier Niel affiche un look directement inspiré des start-up de la Silicon Valley. D’ailleurs, beaucoup de médias voient en lui une sorte de Steve Jobs made in France. « Dans le show, dans sa capacité à créer le buzz, son modèle c’est le cofondateur d’Apple, Steve Jobs. Si vous voulez lui faire plaisir, dites-lui que Free c’est le Apple français. Même si ça n’est pas comparable. Apple fait des produits. Free est dans le service. Bien sûr, Niel a créé la box. Mais depuis, il ne fait plus que du service. Il n’a pas créé l’iPhone ou l’iPad », tempère Gilles Sengès.

Le Monde
Depuis 2009, Xavier Niel investit dans les médias. D’abord les médias numériques, comme Bakchich, Atlantico, Mediapart, Causeur, Owni, Électron Libre… Mais aussi la presse « papier », avec Megalopolis ou Terra Eco par exemple. Mais c’est bien sûr le rachat du Monde en juin 2010, avec le banquier de Lazard, Matthieu Pigasse et l’homme d’affaires Pierre Bergé, qui a marqué les esprits. Un investissement estimé à 35 millions d’euros. Interrogé à plusieurs reprises sur ce sujet, Xavier Niel a toujours indiqué ne pas chercher à influencer le contenu des médias dans lesquels il est présent au capital. Une version confirmée par Gilles Sengès : « Niel a investi de l’argent dans tous les médias sur internet, de gauche ou de droite. Sans forcément intervenir dans le contenu de ces médias. »

BNP
Le trio BNP (pour Bergé-Niel-Pigasse) a récidivé en janvier dernier avec le rachat de 65 % des parts du Nouvel Observateur à son fondateur, Claude Perdriel, pour 13,4 millions d’euros. Agé de 87 ans, Perdriel conserve 35 % de l’hebdomadaire, avec un certain nombre de garanties. Un rachat négocié à travers leur holding Le Monde Libre (LML) qu’ils possèdent à parts égales. Le deal incorpore le site internet d’informations Rue 89, acheté en 2012 par Le Nouvel Observateur. Premier hebdomadaire d’informations générales en France avec plus de 500 000 ventes par semaine, dont une majorité d’abonnements, Le Nouvel Obs’ va mal. Il a perdu près de 10 millions d’euros l’an dernier, suite à une baisse de ses ventes en kiosque (-21,3 % en 2013). Des pertes de 5 à 7 millions sont attendues pour 2014. Mais cela ne semble pas effrayer Xavier Niel.

« Golan »
Reste à comprendre pourquoi ce patron hyperactif a décidé de racheter Monaco Telecom à titre personnel. « Niel a été candidat au rachat d’Orange Suisse. Mais Orange a choisi d’autres acquéreurs. Monaco Telecom est donc le premier pas de Xavier Niel hors de France en tant qu’actionnaire majoritaire. Il possède aussi 30 % de Golan Telecom, un opérateur de téléphonie israélien. Son ancien directeur général, Michael Boukobza, est parti s’installer là-bas : donc, par amitié, Xavier Niel a choisi d’investir en nom propre », indique Sengès. Le prix, 322 millions d’euros, et la rentabilité de Monaco Telecom, une trentaine de million, nécessiteront au mieux 10 ans pour rentabiliser cet achat. Peut-être un peu moins si Niel parvient à maximiser le potentiel de cette entreprise monégasque très critiquée pour ses tarifs et la qualité de ses services (voir notre dossier complet publié dans L’Obs’ n° 129).

Marges
Pour cela, il faudra sans doute compter sur de nouvelles méthodes de travail. « Son management est basé sur celui d’une start-up. Il n’y a pas de niveau hiérarchique. C’est une organisation plus horizontale que verticale », explique l’ancien directeur de la rédaction des Echos. Et pour augmenter la rentabilité de Monaco Telecom, pas question de négliger le moindre détail. « Si les salariés ont des avantages, il faut s’attendre à une mise au régime. Niel épluche les notes de frais. C’est donc plus une gestion dans laquelle on compte chaque crayon. Lorsqu’il a racheté Alice ou Le Monde, il y a eu un serrage de vis assez fort, notamment sur les notes de frais », raconte Gilles Sengès. Un audit sera aussi sans doute nécessaire pour parvenir à identifier les marges qui peuvent être améliorées. Surtout que Xavier Niel est réputé pour sa capacité à repérer très rapidement les anomalies qui génèrent des coûts inutiles. « Mais comme à Monaco Telecom il n’y pas une forte économie d’échelle à faire, cela ne le poussera sans doute pas à jouer sur les prix », prédit le journaliste de l’Opinion. Avant d’ajouter : « Lorsque Xavier Niel investit, il compte bien sur un retour financier. »

Challenger
En plus de la chasse au gaspillage, l’organigramme de Monaco Telecom pourrait être revu. Reste à savoir comment seront assimilées les spécificités monégasques, comme la priorité pour l’emploi. « Comme c’est un investisseur avisé, je suis persuadé que Xavier Niel est très bien informé des spécificités monégasques. Du coup, je ne le vois pas aller contre, estime Sengès. La priorité d’emploi pour les monégasques ne rentre pas forcément dans le schéma de pensée de Xavier Niel. Mais il s’adaptera. » Arrivé avec son simple bac dans un milieu des télécoms composé de beaucoup de polytechniciens, Xavier Niel s’est très vite retrouvé dans une position de challenger. Un statut qu’il a mis en avant tout au long de sa carrière et qui est presque devenu sa marque de fabrique. Mais aujourd’hui, les choses changent.

Monopole
En effet, avec Monaco Telecom, pour la première fois de sa vie, Xavier Niel se retrouve en position de monopole. « Il sera donc intéressant de voir ce que sera son discours dans cette nouvelle configuration », souffle le journaliste de l’Opinion, Gilles Sengès. La transaction entre l’opérateur britannique Cable & Wireless Communications (CWC) et Niel devait être bouclée mi-mai, alors que L’Obs’ était en bouclage. A travers son holding familial NJJ, Niel possèdera alors 55 % de l’opérateur monégasque, l’Etat conservant les 45 % restant. Après avoir fait fortune avec le minitel rose, après avoir été condamné par la justice, Xavier Niel affiche toujours une incroyable capacité à gagner de l’argent. Provocateur, iconoclaste mais terriblement rationnel et efficace, ce patron de 46 ans semble avoir la réussite chevillée au corps. Le début d’une nouvelle ère pour Monaco Telecom ?
_Raphaël Brun

(1) Xavier Niel, l’homme Free, de Gilles Sengès (Michel de Maule), 198 pages, 20 euros.
Gratuit/
Niel lance son école 42
Xavier Niel continue de se démarquer. Sa dernière idée ? La création d’une école d’informatique spécialisée dans la programmation, totalement gratuite et privée, ouverte à un millier de jeunes sans diplômes. Imaginée avec Kwame Yamgnane, Florian Bucher et Nicolas Sadirac, l’école 42 est réservée aux étudiants de 18 à 30 ans. Seule obligation, réussir la sélection sur dossier, puis sur test. Objectif : former près de 1 000 étudiants chaque année. Cette formation dure trois ans et la première rentrée s’est déroulée le 19 novembre 2013. Xavier Niel investirait plus de 5 millions d’euros par an dans cette école pas tout à fait comme les autres. _R.B.