Stephane-Valeri-Demission-Mai-2017-@-DirCom-Vitali-MAN_3474

Une démission (pas si) surprise

POLITIQUE/La démission de Stéphane Valeri est intervenue à la veille du Grand Prix. Son retour dans le privé est-il synonyme d’un come-back en politique ?

« Je n’ai jamais considéré ma fonction gouvernementale comme un “métier” ». C’est ce message qu’a fait passer Stéphane Valeri aux Monégasques dans un courrier envoyé le 1er juin, pour expliquer les motivations de sa démission de l’Exécutif. Après sept années au poste de conseiller-ministre pour les Affaires sociales, le quinquagénaire a en effet décidé de donner sa démission au prince pour « ouvrir une nouvelle page de (sa) vie professionnelle ». Avec un retour à ses premières amours puisqu’il intègre une société de communication. « C’est un défi motivant et je suis conscient que c’est aussi une prise de risque. Ce que je perds en avantages matériels liés à la fonction, je le gagnerai en liberté, en restant ancré dans le réel ». En liberté de parole aussi, puisque dans sa missive aux Monégasques, Stéphane Valeri l’écrit noir sur blanc : exit le devoir de réserve. Il ne s’interdira pas, « à l’avenir, de l’exercer s’il (lui) semble que le débat le justifie ».

Animal politique

Cette démission représente-t-elle alors un pas vers une candidature aux prochaines élections nationales pour l’ancien président du conseil national ? Pas étonnant que beaucoup se posent la question, et ce depuis des mois. Né en 1962, ce diplômé de l’ESCP Europe est un animal politique. Fondateur de l’Association des jeunes monégasques, il devient à 25 ans le benjamin de l’assemblée. Réélu en 1993, il préside la commission du logement, dossier qui lui reste chevillé au corps puisqu’il en fait son cheval de bataille lors de son grand retour face aux électeurs en 2003 mais aussi en 2008 pour défendre l’idée d’un contrat habitation-capitalisation. Président du conseil national de 2003 à 2010, il est également fondateur de l’Union pour la principauté, alors première formation politique monégasque. L’homme compte aussi des opposants. Notamment Laurent Nouvion, qui l’a invité dernièrement à débattre avec lui lorsqu’il sera publiquement candidat…

« Cela le démange… »

Pour Jean-Louis Grinda, la candidature valérienne n’aurait rien d’extraordinaire. « Depuis un an, tout le monde sait qu’il a envie de revenir au conseil national. Il ne s’en est jamais caché. Cela le démange… », analyse l’élu d’opposition Union monégasque. Le signataire de la proposition de loi sur les inéligibilités et incompatibilités de hauts fonctionnaires — taxée d’anti-Valeri — estime même que ce texte, qui prévoit un délai de 18 mois (a priori réduit prochainement à 9 mois) pour se présenter, « n’est pas pour rien dans l’accélération du processus ». « C’est un homme politique professionnel qui navigue avec la brise. Son calendrier personnel l’aurait amené à faire durer la chanson le plus longtemps possible… » « Qu’Union monégasque ait envie de tirer partie de sa proposition de loi, c’est le jeu politique mais je ne crois pas une seconde que ce texte a accéléré le calendrier », réplique Jean-Charles Allavena, conseiller national Nouvelle majorité. Ce proche de Steiner a en revanche « du mal à imaginer Stéphane Valeri faire un break en politique. Cela me paraîtrait logique que cette démission soit préalable à un départ en campagne électorale… » Mais quelles que soient les motivations, Allavena salue le courage d’une telle décision. « C’est un choix honnête et fort. Conseiller de gouvernement est considéré comme le sommet d’une carrière. C’est inhabituel qu’un homme qui a exercé ce rôle durant 7 années et qui estime qu’il en a fait le tour, a la force de donner sa démission », rappelle l’élu, évoquant le précédent Badia et Fissore sous Paul Dijoud. « Les conseillers ne se sentaient pas écoutés et considérés par le ministre d’Etat qui les court-circuitait et traitait en direct avec les chefs de service… » Les deux élus attendent en tout cas avec impatience les épisodes suivants. Tout comme bon nombre d’élus ou de candidats potentiels, dans les starting-blocks pour 2018…

_Milena Radoman

 

BILAN/

« Plus à l’écoute que d’autres conseillers »

Que ce soit du côté du conseil national ou de la Fedem, le bilan de Stéphane Valeri est considéré comme positif. Jean-Louis Grinda loue « son implication dans son ministère. On a bien avancé sur certains textes importants comme le télétravail, la médecine du travail, le handicap ». « Il s’est montré toujours constructif, plus à l’écoute que d’autres conseillers de gouvernement », ajoute Jean-Charles Allavena, côté Nouvelle majorité. « Des discussions constructives et pragmatiques pour l’intérêt général et le développement de notre vie économique et sociale monégasque » saluées également par Philippe Ortelli, le patron des patrons. L’Union des syndicats, en revanche, se montre beaucoup moins élogieuse, dénigrant l’absence d’avancées sociales et la loi de 2012 sur les retraites dans le secteur privé, qu’il a porté. _M.R.

 

écrit par Milena