Francis-Bacon-Studies-of-a-human-body

« Un peintre de la condition humaine »

CULTURE/Le Grimaldi Forum consacre son exposition d’été à l’artiste aussi étrange qu’inhabituel, Francis Bacon. Un regard rétrospectif sur sa production inspirée par Monaco et la culture française.

Le travail de l’artiste britannique laisse rarement indifférent. Preuve en sera une nouvelle fois donnée durant tout l’été avec la scénographie toute en « verticalité » de l’exposition “Francis Bacon, Monaco et la culture française”. « Francis Bacon est un artiste si étrange et inhabituel que je ne peux que suggérer aux gens d’essayer de porter une attention à ses peintures… ce qui n’est pas toujours facile ! Et de découvrir ce qu’il essayait de dire à propos du genre humain », observe Martin Harrisson, commissaire de l’exposition. Bacon a vécu trois ans en principauté de 1946 à 1949, des années décisives qui lui ont fait « totalement repensé ce qu’il voulait dire en tant qu’artiste. Il est ainsi devenu un peintre de la condition humaine » pense Harrisson, l’un des meilleurs spécialistes au monde de l’artiste. Les liens de Francis Bacon avec Monaco mais surtout avec la culture française sont évidents. « De tous les pays que je connais, la France est très certainement mon préféré », disait le jeune Bacon, qui, dès ses 16 ans, découvrit Paris et qui fut marqué par la stimulation intellectuelle, la liberté sexuelle et le savoir-vivre de la “ville-lumière”. Une ville qui lui rendra bien son amour, notamment avec la grande rétrospective au Grand Palais de 1971 — de son vivant — qui lui fut consacrée. L’atmosphère du sud lui convenait aussi parfaitement. Il reviendra séjourner à Monaco et sur la Côte d’Azur de façon très régulière. « Il adorait la France, et ce sentiment était réciproque. Ce qui est assez inhabituel pour un artiste britannique. »

Francis Bacon à Nice en mars 1979. © Eddy Batache courtesy : MB Art Foundation

Francis Bacon à Nice en mars 1979. © Eddy Batache courtesy : MB Art Foundation

Artiste autodidacte

Influencé par sa fascination pour l’art français, Bacon immortalisera son travail par des portraits de figures humaines souvent difformes, énigmatiques et parfois inquiétantes. Les sculpteurs Michel-Ange et Rodin alimentent sa réflexion et son inspiration pour la représentation du corps humain. L’une des signatures de l’écriture “baconienne” restera les triptyques. « Bacon utilise ses structures tridimensionnelles pour isoler, enfermer ses figures. » Le corpus d’œuvres sera présenté par thématique à Monaco, « un accrochage par résonance offrant un regard rétrospectif sur sa production des années 1930 jusqu’à sa mort en 1992 » souligne Catherine Alestchenkoff, directrice des événements culturels du Grimaldi Forum. L’objectif, déterminé par le commissaire d’exposition Harrisson, est de faire dialoguer les œuvres-sources ayant inspiré l’artiste : Giacometti, Rodin, Soutine, Michaud, Picasso. Le public verra aussi des toiles de Lurçat, Toulouse-Lautrec, Léger qui, durant les années 1930, interrogent Francis Bacon et orientent sa peinture. Artiste autodidacte, il apprit la peinture à travers la grande tradition de la peinture d’Ingres, la technique de Cézanne, le sens de la tragédie de Van Gogh, la maîtrise du nu de Courbet ou encore l’utilisation des couleurs de Bonnard.

Fragment of a Crucifixion (1950). Francis Bacon. © The estate of Francis Bacon. Tous droits réservés DACS 2016. Photo Hugo Maertens

Fragment of a Crucifixion (1950). Francis Bacon. © The estate of Francis Bacon. Tous droits réservés DACS 2016. Photo Hugo Maertens

« L’extraordinaire pouvoir d’envoûtement »

Le décryptage des débuts de l’œuvre de Francis Bacon donne à l’exposition monégasque un visage d’inédit. Trois années de préparation ont été nécessaires afin de réunir, grâce à des collections publiques mais surtout, pour la grande majorité, des collections privées, une soixantaine de tableaux de Bacon. Notamment, pour la première fois, Study of a bull de 1991, « dernier tableau qu’ait terminé Bacon comme un double hommage à la fois à Federico Garcia Lorca — une œuvre qu’aimait lire Bacon et à l’ami écrivain, Michel Leiris, décédé en 1990, également grand critique d’art qui avait largement promu la peinture de Bacon en France, dans les années 1970 », explique la directrice des évènements. L’un des « supporters clés de l’exposition » reste Majid Boustany. Avec ses 2 500 pièces, l’homme d’affaires libanais est l’un des plus grands collectionneurs de l’œuvre de Bacon au monde. C’est aussi le créateur de la première fondation consacrée à son travail : la Francis Bacon MB Art Foundation ouverte en octobre 2014 boulevard d’Italie. « J’ai rencontré Majid Boustany il y a cinq ans à Londres. Nous sommes devenus amis et quand sa fondation a ouvert, je suis devenu membre du bureau. Il a effectué un gros travail pour célébrer et assurer la continuité de la présence de Bacon à Monaco », raconte Martin Harrisson. Des pièces de la fondation seront à découvrir dans les larges espaces du Grimaldi Forum où la scénographie « exploite la verticalité et la maîtrise des jeux d’ombre et de lumière ». Les aficionados seront ravis, mais l’enjeu est aussi d’attirer un public moins connaisseur afin de l’immerger, de manière ludique et interactive, dans l’univers de Bacon. « Michel Leiris parlait de “l’extraordinaire pouvoir d’envoûtement dont sont douées les œuvres et la personne de Bacon”. L’exposition Francis Bacon, Monaco et la culture française ne laissera pas indifférente… » espère en tout cas Catherine Alestchenkoff.

_Anne-Sophie Fontanet

Infos pratiques : Du 2 juillet au 4 septembre au Grimaldi Forum. Ouvert tous les jours de 10h à 20h. Nocturne les jeudis jusqu’à 22h.Tarif : 10 euros, gratuit pour les moins de 18 ans.

écrit par AnneSophie