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Un nouvel écoquartier dans 10 ans

CHANTIER/Dès l’automne 2016, la principauté lancera la construction de son extension en mer de 6 hectares. Avec une finalisation prévue en 2025. Coût des travaux menés par le groupe Bouygues Construction : 2 milliard d’euros.

 

C’est ce que l’élu Jacques Rit appelle « la recherche difficile voire frénétique de m2 »… Exiguïté du territoire oblige, Monaco a décidé de s’étendre sur la mer. Une conquête par les eaux qui a franchi un nouveau pas décisif. C’était le 31 juillet. Le ministre d’Etat Michel Roger et Gérard Brianti, président délégué de la SAM de l’Anse du Portier, ont signé le traité de concession du fameux projet d’urbanisation en mer. Une étape-clé qui permettra à Monaco de prendre le large sur une surface de 6 hectares.

 

60 000 m2 de luxe

Pour mener à bien ce projet pharaonique dessiné par les architectes Renzo Piano, Alexandre Giraldi, Denis Valode et le paysagiste Michel Desvigne, les autorités monégasques ont choisi l’opérateur Bouygues Construction. Et comme prévu, l’ultra-luxe dans cet éco-quartier de 60 000 m2, est au rendez-vous. Avec, pêle-mêle : des logements haut de gamme (mais pas de domaniaux !), des commerces (3 000 m2 environ), une extension du Grimaldi Forum d’environ 3 500 m2, mais aussi un parking public et un port d’animation d’une trentaine d’anneaux. Cerise sur le gâteau : un parc végétalisé de 1 hectare viendra apporter la touche “verte” à ce quartier maritime. Côté calendrier, les grandes lignes ont également été dévoilées. Le démarrage des travaux est prévu à l’automne 2016, l’achèvement de l’infrastructure maritime en 2020, quant à la livraison des immeubles, elle devrait intervenir en 2022. C’est un chantier de 10 ans qui va s’amorcer.

 

Un demi-milliard d’euros de contreparties

L’extension en mer est forcément aussi une affaire de gros sous… Et Monaco en la matière a choisi de minimiser les risques. C’est en effet le groupement privé qui assumera le financement intégral de l’opération : « Sans participer en aucune manière à son financement, l’Etat monégasque va voir son territoire augmenter de 6 hectares avec des travaux d’un coût de 2 milliards d’euros. En contrepartie, l’Etat recevra plus d’un demi-milliard d’euros en aménagements publics, a détaillé Jean Castellini, le conseiller aux finances. De plus, l’Etat retirera tous les effets financiers induits par la vente des 60 000 m2 de logements de très grand luxe et des commerces, dont, notamment le versement d’un montant important de TVA. » Au-delà de l’apport de TVA, il y aura également tous les bénéfices liés à l’installation de résidents à hauts revenus. Car en plus des biens immobiliers qu’ils auront acquis, ces derniers « vont créer des entreprises, des emplois, installer leurs bureaux, et consommer en principauté. » Jackpot assuré donc selon le gouvernement.

 

Impératif écologique

Monaco s’est également juré d’être exemplaire dans un domaine : la protection de l’environnement. L’impératif écologique pour créer cet éco-quartier est en effet sur toutes les lèvres. Objectif : minimiser les atteintes au milieu marin. « Une étude d’impact sur l’environnement provisoire a été réalisé au stade de l’avant-projet. Une étude d’impact définitive et complète sera réalisée par le groupement avant le démarrage des travaux », a insisté Marie-Pierre Gramaglia qui a également précisé que les espèces protégées présentes sur le site (grandes nacres, herbier de Posidonie, etc.) seront déplacées notamment vers la réserve du Larvotto.

_Sabrina Bonarrigo.

 

POLEMIQUE/

Gouvernement/conseil national : le clash

« C’est la méthode Michel Roger. Cela ne sert à rien de cacher la copie aux conseiller nationaux car de toute manière, au bout du compte, nous aurons la copie. Et la copie in extenso. » Lors d’une conférence de presse le 28 juillet, le président du conseil national Laurent Nouvion n’a pas mâché ses mots à l’encontre du ministre d’Etat. Raison de sa colère : les élus n’ont eu connaissance que d’une toute petite partie des termes du contrat de concession signé entre l’Etat et l’opérateur. Un document reçu de surcroît par les élus, le 21 juillet dernier. Soit 9 jours avant cette fameuse signature entre les deux parties. « Or, pour exercer son rôle plein et entier, le conseil national doit disposer de tous les éléments juridiques, financiers, techniques et environnementaux contenus dans ce contrat de concession. Nous devons donc en avoir une connaissance in extenso », a alerté Laurent Nouvion qui rappelle que le « pré-requis » indispensable pour amorcer cette extension en mer est le vote d’une loi de désaffectation du domaine public maritime. « Nous ne travaillons pas dans l’urgence. Nous utiliserons pleinement notre pouvoir d’amendement », a-t-il encore insisté. Face à ces accusations, le ministre d’Etat a répliqué : « Permettez-moi de regretter l’attaque personnelle proférée à mon endroit, qui n’est pas digne du respect dû au ministre d’Etat choisi librement par son altesse sérénissime et qui, surtout, n’est pas à la hauteur d’un président élu des Monégasques. Nous déposerons le projet de loi à la rentrée, avec tous les éléments nécessaires pour que les élus puissent se prononcer en conséquence et dans la plénitude de leur attribution. » _S.B.

PISTES/

Les propositions d’Union Monégasque

Dans un communiqué officiel, Union monégasque a avancé des pistes concrètes pour enrichir le projet d’extension. Le groupe politique propose notamment que soit créé un troisième étage au soubassement technique d’ores et déjà prévu sur deux niveaux. Ce 3ème niveau, qui appartiendrait en totalité à l’Etat, s’étendrait sur quasiment toute la surface de l’extension. Objectif : accueillir par exemple « un nouveau port franc, des locaux réservés aux archives ou à la conservation de certains biens, des activités sportives ne nécessitant pas le plein air (squash, tir…) ou encore un centre pilote de traitement des déchets de ce nouveau quartier. » Par ailleurs, UM souhaite que la soulte d’ores et déjà négociée « soit indexée afin de garantir encore mieux les intérêts de l’Etat et dégager ainsi encore plus de moyens financiers pour que la Principauté finance de grands équipements publics type hôpital ou logement domanial. » _S.B.