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Uber or not Uber ?

SOCIETE/Uber, Airbnb, KissKissBankBank ou encore Le bon coin… Les sites collaboratifs se multiplient à vitesse grand V. L’irruption de ces nouveaux acteurs du numérique chamboulent l’économie traditionnelle. Monaco pourra-t-il y échapper ?

 

Ce sont les nouveaux trublions de l’économie traditionnelle. Les plus sceptiques parlent même de « nouveaux barbares ». Les plateformes collaboratives ont envahi Internet et notre vie quotidienne. Un tsunami numérique qui a totalement dépassé les autorités au pouvoir, mais surtout les secteurs traditonnels de l’économie, qui, aujourd’hui tremblent et crient à la concurrence déloyale. Uber suscite la haine des taxis, la SNCF commence à se méfier de Blablacar, les notaires s’inquiètent de Testamento, les avocats de youstice.com et le Bon Coin commence à devenir le site référence pour les chômeurs qui boudent Pôle emploi… Quant aux groupes hôteliers, ils voient l’essor d’Airbnb comme la quasi mise à mort de leur secteur.

 

Emplois détruits

Si le mot n’a pas encore été immortalisé par l’Académie française, “l’ubérisation” de l’économie divise donc durement la société. Les uns dénoncent une concurrence sauvage et une précarisation des travailleurs. Quand les autres saluent l’accès très rapide à des services (sans la lourdeur des intermédiaires), des coûts moins chers. Et une possibilité pour les particuliers d’arrondir leurs fins de mois (voire d’en faire leur gagne-pain principal) en devenant fournisseurs de services. Bref, le côté clair/obscur de l’ubérisation : « Cette (r)évolution de l’économie liée au numérique crée du pouvoir d’achat et libère du temps, mais peut également détruire certains emplois de salariés et/ou transformer certains employés en travailleurs indépendants cumulant parfois plusieurs activités. C’est l’une des explications du succès du statut d’auto-entrepreneur en France », résume le vice-président de la commission finances du conseil national Thierry Crovetto, pour qui cette mutation « vers une économie collaborative apparaît inéluctable. »

 

Prolétariat 2.0

Certains économistes tirent toutefois la sonnette d’alarme. Car les sites collaboratifs — qui relevaient jusque-là du partage gratuit ou de l’entraide non-lucrative — sont devenus un vrai business qui échappe en grande partie à toute fiscalité, charges sociales ou protection sociale. Résultat : l’ubérisation tirerait tout le monde vers le bas. L’Etat perd des recettes fiscales et les travailleurs sont certes, plus libres, mais aussi beaucoup plus précaires. Des économistes résumant cela par le terme « prolétariat 2.0 ». « Ne nous voilons pas la face. Derrière cette belle promesse d’économie du partage, ces plateformes sont les fers de lance d’un capitalisme qui n’a rien de solidaire, d’équitable et qui cache une réalité bien moins reluisante : celle de la “freelancisation” et de l’intermittence généralisée. Ce qu’on appelle à tort, l’économie collaborative ne consiste en réalité qu’à mettre au travail des gens sans forcément les rémunérer à la juste valeur des services qu’ils rendent », explique Bruno Teboul, auteur de l’ouvrage Ubérisation = économie déchirée ? (1).

Désormais, les autorités sont sommées de canaliser, et surtout de réglementer, ce business galopant. C’est d’ailleurs l’objectif du rapport remis le 19 février au gouvernement français par le député socialiste Pascal Terrasse. Un rapport qui contient 19 mesures parmi lesquelles : obliger les grandes entreprises étrangères qui pilotent ces sites à payer des impôts en France.

 

L’ubérisation, force ou menace ?

A Monaco, pour l’heure, si l’informatisation de l’économie est grandissante, l’ubérisation au sens strict, est, elle, quasi inexistante. Ou alors tout à fait balbutiante. On trouve en effet quelques offres d’emploi en principauté sur le boncoin.fr, des dizaines de particuliers de Monaco ou des communes limitrophes mettent leur appartement en location sur le site Airbnb ou Booking.com… Et côté économie collaborative, un site de crowdfunding 100 % monégasque a été lancé. On est donc bien loin de la déferlante que connaît la France. « Les secteurs les plus touchés sont ou seront l’éducation, la santé, la surveillance, le tourisme, les librairies… et une multitude d’autres activités, y compris des services publics. Néanmoins, le marché monégasque reste pour le moment plus ou moins préservé. Notamment en raison de l’encadrement de certaines activités », estime Thierry Crovetto. Selon lui, la question cruciale que Monaco doit toutefois se poser est la suivante : comment faire de la potentielle ubérisation de l’économie une force, et non une menace pour la Principauté ? La clé ? Encadrer et réglementer cette activité 2.0. Bref, adapter le droit à ces nouvelles pratiques, tout en protégeant les professionnels traditionnels et les consommateurs. Sans oublier : « Alléger les règles dans certains secteurs ciblés, afin de lever des freins chaque fois que c’est possible. » Selon l’élu, cette mutation doit donc se faire « en douceur » pour que le système, s’il est ébranlé, puisse s’adapter progressivement : « Il faut éviter des déchirures dans le tissu social et maintenir l’équité, pour éviter toute forme de concurrence déloyale. Le défi n’est plus alors technologique, mais culturel. » Reste à savoir si les pouvoirs publics monégasques vont ou non s’y préparer. Selon le gouvernement, « les problématiques se concentrent aujourd’hui davantage sur la protection du consommateur, les normes de sécurité ou encore la fiscalité, plutôt que sur la protection d’un secteur ou d’une catégorie professionnelle. »

_Sabrina Bonarrigo

(1) Extait d’une interview accordée au site : www.capital.fr

 

ROBOTIQUE/

Des hommes… aux robots

Pour l’économiste Jacques Attali, l’ubérisation n’est qu’une « anecdote » dans la robotisation. En effet, selon lui, l’émergence des voitures autonomes rendra dérisoire la bataille entre les taxis et Uber… Autre exemple marquant : à l’hôtel Henn-na situé à Sasebo, dans le sud du Japon, la grande majorité du personnel est constituée de robots… _S.B.

 

SUCCES/

Le boom des plateformes

Selon le gouvernement français, 276 plateformes d’économie collaborative, à 70 % françaises, sont actives en France pour un chiffre d’affaires d’environ 2,5 milliards d’euros. Près d’un Français sur deux a déjà acheté ou vendu à un autre particulier sur Internet en 2015. _S.B.

 

VOITURES/

Plaques monégasques : pas de location entre particuliers

Ouicar, Drivy ou encore Deways… Les sites de location de voitures entre particuliers se multiplient chez nos voisins français. Mais les propriétaires de voitures ayant une plaque d’immatriculation monégasque peuvent-ils poster une annonce et louer leur véhicule à d’autres particuliers ? L’Obs’ a fait le test. Et voici la réponse : « Nous n’acceptons sur notre site que les véhicules immatriculés en France métropolitaine. Il ne sera malheureusement pas possible de mettre votre véhicule en location s’il est immatriculé à Monaco », nous explique dans un message privé l’équipe de OuiCar. Même topo sur le site drivy.com. Pourquoi est-ce impossible à Monaco ? « Nous sommes dans un modèle économique particulier dans lequel un usager loue sa voiture à un autre usager avec toutes les responsabilités que cette entreprise sous-tend en termes notamment d’assurance. Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, drivy n’est pas disponible à Monaco », explique sans plus de détails le service des titres de circulation. Réponse plus concrète d’un assureur monégasque : « Les contrats d’assurance qui sont passés par l’intermédiaire de ces sites ne sont valables que pour les plaques françaises et ne sont pas étendus aux plaques monégasques. Car les compagnies classiques françaises ne veulent pas faire forcément faire l’effort d’aller demander au gouvernement une autorisation d’agrément pour un seul type de risque. » Sachez que si vous êtes à Monaco et que vous avez besoin de louer une voiture, il y a bien sûr les entreprises professionnelles de location. Mais aussi une solution sans doute plus économique : de nombreux particuliers vivant à Cap d’Ail, Beausoleil, Menton ou Roquebrune mettent en location leur véhicule sur Internet. Des véhicules immatriculés en France bien sûr. _S.B.

MÉCÈNES 2.0/

Le crowdfunding fait son nid

Voilà un exemple concret d’économie collaborative qui marche à Monaco : le crowdfunding. Le financement participatif, qui cartonne depuis déjà des années à l’international, a débarqué tardivement, mais sûrement, en principauté en septembre 2015. Grâce à deux hommes, Sébastien Prat et Frédérik Farsetti, qui ont créé la première plateforme 100 % monégasque : www.monacocrowdfunding.com. Le site a une ambition claire : mettre en relation des porteurs de projets en quête d’argent — associations, entreprises ou particuliers — avec des internautes désireux de prêter, d’investir ou de donner une partie de leurs économies. Et depuis son lancement, deux beaux projets ont pu émerger : “Sauver Nato” par le Monaco Collectif Humanitaire qui va permettre de prendre en charge l’intervention chirurgicale du petit Nato âgé de 14 mois vivant à Madagascar. Plus de 10 000 euros ont déjà été récoltés. Deuxième projet : “Sauvez les hippocampes 2016” avec la Fondation Prince Albert II. Objectif de cette collecte : participez à la réintroduction de l’hippocampe (espèce menacée de disparition dans toutes les mers du globe) dans la réserve marine du Larvotto. Plus de 20 000 euros ont déjà été empochés. Le crowdfunding, un bon moyen pour les internautes de devenir des mécènes. _S.B.