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Transition énergétique Un immeuble domanial en bois pour 2022

Construction — La prise de conscience écoresponsable touche aussi le secteur du bâtiment à Monaco. Pour son opération domaniale Carmelha, qui verra le jour entre le boulevard d’Italie et l’avenue Saint-Roman, la direction des travaux publics planche sur un projet innovant d’immeuble moins énergivore et plus respectueux de l’environnement —

C’est l’un des projets phares mis en avant par la mission pour la transition énergétique (MTE). Depuis plusieurs mois, sa directrice, Annabelle Jaeger-Seydoux, multiplie les actions pour impliquer tous les acteurs — particulier ou professionnel, privé ou public — autour des engagements princiers de réduction de gaz à effet de serre. La filière construction est donc largement sensibilisée à la question car elle représente 30 % des émissions de gaz à effet de serre dans le pays. Face à la force des habitudes, c’est son prédécesseur Jean-Luc N’Guyen, aujourd’hui directeur des travaux publics, qui a pris son bâton de pèlerin. Dans les locaux de la MTE à la mi-juillet, il est venu présenter le projet du gouvernement. « Il nous faut faire évoluer toute une filière. Nous essayons d’y prendre notre part », assure le directeur. La question à laquelle ses équipes ont cherché à répondre : comment faire pour élever le niveau d’une filière ? « Élever dans le sens d’aller vers d’autres méthodes », ajoute Jean-Luc N’Guyen. Cette affirmation se double d’une obligation : « en tant que donneur d’ordre, nous avons un devoir d’exemplarité, mais ça ne se fera jamais sans les acteurs privés. »

Bâtiments durables méditerranéens

Cela passe par la réglementation mais surtout la concertation. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) a instauré en 2008 un référentiel de qualité environnementale prénommé bâtiments durables méditerranéens (BDM). Celui-ci a pour objectif d’évaluer les projets de construction et de réhabilitation des bâtiments dans une démarche d’amélioration continue, via un système de garantie participatif. Ce sont en fait les acteurs locaux du bâtiment qui ont été appelés à se prononcer sur des critères d’évaluation allant dans le sens d’un meilleur respect de l’environnement qui les entoure. Sept thèmes ont été définis, notamment le choix des matériaux, le mode d’énergie, les besoins en eau, ou le confort et la santé. En principauté, un seul bâtiment est jusqu’à présent labellisé BDM. Il s’agit de la villa troglodyte, une « expérience » de la société JB Pastor & Fils sculptée dans la masse d’un rocher en plein centre de Monaco.

« Une forme de sagesse »

Depuis l’année dernière, la MTE accompagne l’élaboration d’un label spécifique à Monaco : le BD2M pour bâtiments durables méditerranéen de Monaco. « Ce sera le référentiel monégasque. Il est en cours de constitution et sera officiellement présenté fin septembre », a expliqué Annabelle Jaeger-Seydoux. Pour prouver aux acteurs de la filière sa pertinence, faire figure d’exemple et trouver des leviers différents pour des constructions toujours plus nombreuses à Monaco, la direction des travaux publics a annoncé le lancement d’un chantier très innovant. D’ici la fin du premier trimestre 2022, un immeuble domanial en bois lamellé-croisé de 9 étages s’érigera entre le boulevard d’Italie et l’avenue Saint-Roman, à deux pas de la nouvelle tour Testimonio 2. La maitrise d’ouvrage de cette opération Carmelha sera assurée par les travaux publics de Monaco. La maîtrise d’œuvre sera elle conjointement réalisée par le cabinet parisien Bellecour Architectes et l’architecte monégasque Gabriel Viora. « Construire un immeuble en bois peut donner l’impression d’un non progrès. C’est peut-être juste une forme de sagesse que de revenir à des matériaux plus anciens », tempère N’Guyen.

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« Le ciment est un gros consommateur d’énergie grise. Ça bouscule les habitudes mais cela réduit notre empreinte carbone » 

Jean-Luc N’Guyen, directeur des travaux publics

Moins de béton

C’est sûr, cette construction va détoner dans le paysage de béton qu’offre aujourd’hui la principauté. « Le ciment est un gros consommateur d’énergie grise (la quantité d’énergie consommée lors du cycle de vie d’un matériau ou d’un produit, N.D.L.R.). Ça bouscule les habitudes mais cela réduit notre empreinte carbone. » Il faut dire que la tradition la plus ancrée dans le sud repose surtout aujourd’hui sur la maçonnerie et le béton. Ce bâtiment nouvelle génération occupera un espace de 400 m2 (2 500 m2 de surface plancher) avec deux niveaux de sous-sol. La direction des TP a volontairement choisi de limiter le parking. Là encore, les habitants devront modifier leur comportement puisque leur parking se trouvera localisé dans l’espace public déjà prévu pour Testimonio. L’innovation portera aussi sur l’utilisation d’un mix énergétique alliant protection solaire, brasseur d’air, panneaux solaires et photovoltaïques ou encore pile électrique.

Début des travaux en 2020

« Nous avons concentré un certain nombre de solutions. C’est aussi pour nous une façon d’apprendre », reconnaît Jean-Luc N’Guyen. Apprendre des performances énergétiques, de la consommation globale, de la façon de dialoguer avec les entreprises pour impulser une nouvelle dynamique dans un des secteurs les plus porteurs de la principauté. « Nous essayons d’agir sur plein de leviers. Cela nous permet de voir dans quels domaines nos concepteurs sont moins à l’aise. » Avec pédagogie, le directeur des TP, soutenu par la MTE, pense aussi à toutes les répercussions de tels changements. « Lorsque vous passez à d’autres modes de construction, le nombre d’heures est délocalisé en usine. Il faut voir si ce type de méthode aura un impact positif en matière de logistique de chantier, de durée et de nuisances liées à la construction », prévient N’Guyen. Début de l’expérimentation début 2020 avec le lancement officiel des travaux.