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Tout Monaco est Charlie

RASSEMBLEMENT/Des anonymes, des officiels et l’ensemble de la presse monégasque se sont réunis le jeudi 8 janvier place d’Armes pour rendre hommage aux 17 victimes des attentats perpétrés en France.

 

A Monaco, la satire n’existe pas. On ne blasphème pas. On ne se moque pas — ou alors, plutôt courtoisement — de nos gouvernants. On ne verse pas non plus de tombereau de grossièretés dans les colonnes des journaux. Mais le jeudi 8 janvier, la population monégasque a défendu, elle aussi, le droit de s’exprimer. De caricaturer. D’injurier. De déconner. Plus de 2000 monégasques, résidents et pendulaires, ont afflué Place d’Armes. Toutes générations confondues, ils sont venus rendre hommage aux 17 victimes tuées dans les attentats djihadistes, dont 12 assassinées à la rédaction de Charlie Hebdo. Tous avec un même signe de ralliement : le désormais tristement célèbre slogan « Je suis Charlie. » Pancarte que chaque participant, ou presque, brandissait haut.

 

« C’est beau de voir ça à Monaco »

Cette marée humaine qui a envahi Monaco est un fait plutôt inédit. Il a suffi d’un appel, celui du Monaco press Club, lancé dès le lendemain de l’assassinat de Charb, Cabu, Wolinski et acolytes, pour que la population se mobilise fortement. Les journalistes monégasques ne voulaient pas que la Principauté soit hors du mouvement mondial (voir encadré). Pas coutumier de ce genre de rassemblement, difficile de juger si cet appel allait trouver un écho à Monaco. Au final, il l’a plus que trouvé… Aussitôt la page Facebook créée, les compteurs se sont affolés. Plus de 1 300 participants sont recensés en moins de 24 heures après la mise en ligne. « J’ai planté tout le monde à 17h30 pour venir et j’ai fait passer le mot aux confrères », explique le bâtonnier Richard Mullot, agréablement surpris par cet « élan fabuleux qui fait oublier l’égoïsme ambiant ». Sur place, personne ne s’attendait à voir une telle foule. « Je m’attendais à une poignée de personnes, mais j’ai eu tort. C’est beau de voir ça à Monaco », explique Virginie Schiex, infirmière au CHPG. Même constat chez la comédienne de la troupe des Farfadets, Sophie Cossu : « Voilà le Monaco que j’aime… Merci ! », a-t-elle clamé. Le dernier grand rassemblement spontané sur le territoire monégasque remontait à mars dernier. Plusieurs centaines de personnes, qui s’étaient coordonnées sur les réseaux sociaux, s’étaient alors réunies pour rendre hommage au petit Flavien, décédé en mars 2014, d’un cancer.

 

© Photo DR

« Acte innomable »

Comme partout dans le monde, de nombreux témoignages de soutien ont été exprimés depuis Monaco. A commencer par le prince Albert II qui, dans un communiqué officiel a exprimé sa « consternation devant tant de barbarie. » Il faut dire que le 7 janvier, jour de l’attaque de Charlie Hebdo, la famille princière vivait, concomitamment, un moment de joie, place du Palais, avec la présentation officielle des jumeaux Jacques et Gabriella. Une matinée où les sourires et la légèreté se sont rapidement tus. De son côté, l’Union des syndicats de Monaco (USM) s’est, elle aussi, élevée contre « cet acte innommable, ciblant des acteurs de la liberté d’opinion si chère au maintien de la démocratie. » Même consternation pour le syndicat des journalistes professionnels de Monaco qui s’est dit « bouleversé par cet acte inqualifiable. » Le président du conseil national Laurent Nouvion parlant, lui, d’un « sentiment de révolte. » « J’ai été très choqué. Cette journée correspondait à un moment de joie avec la présentation des bébés princiers. En une demi-heure tout s’est transformé en choc. Nous avons une communauté de destin avec la France. Ce sont des frères de sang. »

 

La ruée vers les kiosques

Une semaine, jour pour jour, après le terrible attentat à l’hebdomadaire, l’équipe restante a décidé, malgré le drame, de publier un nouveau numéro diffusé massivement. A 7 millions d’exemplaires. Le 14 janvier, la France s’est, sans surprise, réveillée avec des files d’attente interminables et des kiosquiers débordés… Dès l’aube, les clients se pressaient pour acheter ce numéro tristement historique. La plupart du temps sans succès. A Monaco aussi, le prophète Mahomet, dessiné la larme à l’oeil, s’est très vite arraché. « Le 14 janvier, nous avons mis 900 numéros de Charlie Hebdo en kiosque contre une centaine habituellement », explique un responsable de la SEC qui alimente 60 magasins, à Monaco et dans tout l’Est du département. Le 15 janvier, 800 autres numéros, ont été mis en vente. Ecoulés tout aussi vite.

_Sabrina Bonarrigo

 

« Les gens sont choqués »

 

MONDE/Si à Paris, presque 2 millions de personnes ont participé à la marche républicaine, le mouvement de solidarité a été international.

 

© Photo DR

3,7 millions. C’est le nombre de personnes qui ont battu le pavé à Paris et en Province le dimanche 11 janvier lors de la marche républicaine en hommage aux 17 victimes des attentats. Un record absolu depuis la Libération en 1944. Au total, 44 chefs d’Etats et représentants de gouvernement du monde entier ont entouré le président français François Hollande. Pour Monaco, c’est le ministre d’Etat Michel Roger, qui a représenté le prince Albert II. A l’étranger, aussi des rassemblements monstres ont eu lieu. Notamment à Londres. « Le jour de l’attentat de Charlie hebdo, plusieurs centaines de personnes se sont réunies à Trafalgar Square. Je suis arrivé un peu avant 18 heures, heure du rassemblement. Il y avait déjà 200 personnes environ. Le parvis de la National Gallery s’est rapidement rempli, tout en silence. La communauté française était évidemment très présente, explique Adrien Paredes, ancien journaliste de L’Obs’ et de Monaco Hebdo vivant aujourd’hui à Londres. Des marseillaises ont été entonnées à quatre ou cinq reprises. Il y a eu des hip hip hourras pour la liberté de la presse et Charlie Hebdo mais ça n’a pas été très suivi car les gens n’avaient pas le coeur à proclamer des hourras. Ils voulaient simplement se recueillir. En Angleterre, les gens sont vraiment choqués car ils ne pensaient pas qu’une telle chose pouvait se produire en France. Et qui plus est à Paris. » _Sabrina Bonarrigo.

 

VIGIPIRATE/

Sécurité renforcée

Suite aux attentats perpétrés à Charlie Hebdo et à L’Hyper Cacher Porte de Vincennes, le plan Vigipirate « alerte attentat » a été enclenché en France. Pas moins de 4 100 CRS et gendarmes mobiles ont été déployés, ainsi que 10 000 militaires. Alors que 4 700 policiers et gendarmes ont surveillé 717 écoles et lieux de culte juifs dans toute la France. Monaco aussi a renforcé son dispositif de sécurité. « Lors de chaque survenance d’un événement susceptible d’induire des répercussions sur la Principauté, le dispositif de surveillance du territoire, déjà de haut niveau, est adapté ou renforcé », indique le département de l’intérieur, sans vouloir donner plus de détails. _S.B

 

JE SUIS CHARLIE/

Solidarité

Le lendemain du drame, le Grimaldi Forum est devenu Charlie. Sur le toit vert, l’écran est passé en noir et blanc. Le centre culturel a d’ailleurs décidé de reporter sa cérémonie de vœux, prévue à l’heure du rassemblement place d’Armes. A noter que le groupe Pastor & Fils a, lui, carrément transformé ses panneaux Pastor et fils en Charlie&Fils. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui ont commenté l’actualité. Les Ballets de Monte-Carlo y ont ainsi posté leur logo dédié à Charlie. Quant aux footballeurs de l’ASM, ils ont émis un message de soutien avant d’observer une minute de silence lors du match contre les Girondins de Bordeaux le 11 janvier. _M.R.

 

Ils racontent leur Charlie

MEMOIRE/Charlie Hebdo, c’est un état d’esprit libertaire et irrévérencieux. Une ligne éditoriale marquée par l’humour potache, la provocation et la défense de valeurs de la République (dont la laïcité), qui a nourri des générations depuis mai 68. L’Obs’ a recueilli les témoignages de ceux qui ont bien connu les grandes signatures disparues du journal.

© Photo DR

Kristian, dessinateur de presse

« Je pleure la liberté »

« J’ai rencontré Georges Wolinski il y a 30 ans pour ma première expo. J’avais 20 ans, j’étais le seul inconnu. Il m’a montré des originaux de Reiser qui était mort peu de temps avant. Je l’ai souvent revu ainsi que d’autres dessinateurs. La trentaine de dessinateurs professionnels que compte la France se croisent souvent… Je connaissais bien Tignous. J’ai travaillé 3 ans à ses côtés pour le Carnaval de Nice. La dernière fois que j’ai vu Cabu, c’était en septembre à Saint-Jean Cap Ferrat. Il m’expliquait la difficulté d’être sans cesse accompagné de deux gardes du corps à cause de la fatwa à son encontre. Ce sont des êtres gentils et humanistes que nous avons perdus. Ils étaient unis par l’humour, jusque dans la mort. Quand j’ai appris qu’il y avait des coups de feu à Charlie, j’ai immédiatement essayé de joindre Tignous. Il ne m’a jamais répondu. Charlie Hebdo, c’est un journal à part. Il y a cette patte Charlie qu’aucun autre journal ne possède. Aujourd’hui, je pleure les artistes qui sont partis, aussi bien que les autres victimes. Je pleure surtout la liberté et la fraternité qui ont été atteintes. »

 

Frédéric Laurent, journaliste-écrivain

« Cabu et Wolinski se seraient roulés par terre »

« J’ai surtout connu l’ancien Charlie. Celui des années 70. Journaliste à Libération et au Canard enchaîné, je connaissais bien Cabu et Wolinski qui dessinaient pour Charlie Hebdo depuis le début. J’ai rencontré Cabu à l’occasion d’une édition pirate de Nice-Matin en 1973. Il était venu jusqu’à Nice pour illustrer cette édition détournée du journal. J’ai beaucoup fréquenté Cabu, Wolinski et les autres dessinateurs parce qu’ils dessinaient aussi pour Libération. Il y avait une grande perméabilité entre les deux journaux à l’époque. J’ai eu vent de l’attaque sur Charlie durant la présentation des jumeaux princiers, place du palais, par le biais de collègues journalistes. C’est très douloureux parce que j’avais un rapport de tendresse avec Charlie Hebdo et ses dessinateurs. Cabu est probablement le plus grand caricaturiste des 50 dernières années. Charlie était seul dans son combat, mais le peuple a suivi. Vous auriez dit à Cabu ou Wolinski que des millions de personnes pleureraient leurs morts, ils se seraient roulés par terre de rire… »

 

Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture

« Il y aura un avant et un après »

« Je ne lisais Charlie Hebdo que très rarement. En revanche, je connaissais Cabu et j’étais ami avec Wolinski, un homme absolument délicieux et adorable. Ce qui s’est passé est insupportable. On peut rire définitivement de tout, mais pas avec n’importe qui. A Paris, le 11 janvier, j’ai marché avec les artistes parce que je ne voulais pas marcher avec les politiques. Il y avait une atmosphère étonnamment chaleureuse presque joyeuse. C’est une bonne réponse au caractère dramatique de la situation. Il y aura un avant et un après. Je ne suis pas peureux de nature, mais je me pose des questions sur la suite. J’espère un renforcement de la cohésion nationale, mais je ne sais pas si tout le monde a la même vision du vivre-ensemble. »

 

Alban Ceray, acteur du X monégasque

« Wolinski était un génie »

« J’ai connu Wolinski dans les années 70 à Paris. Il venait de sortir le dernier numéro de Hara-Kiri intitulé Bal tragique à Colombey : 1 mort suite au décès du général de Gaulle, interdit par le gouvernement de l’époque. C’est là que Charlie Hebdo est né. Avec Cabu, Wolinski et Reiser. Surfant sur la vague mai 68, on se retrouvait autour d’une bonne bouffe et de bonnes bouteilles. C’était les balbutiements du journal. Charlie Hebdo, c’est un journal potache, bon enfant. Georges Wolinski était un ami proche. Ça a été un choc énorme. Je n’ai pas voulu avoir de nouvelles, de peur du pire… Malheureusement, le pire est arrivé. Wolinski a une œuvre monumentale derrière lui. C’était un génie. »

 

Edson Anumu, journaliste

« On est tous le beauf de quelqu’un »

« J’ai rencontré Cabu il y a 10 ans. Je devais faire un portrait anglé autour de sa passion pour Charles Trenet. C’était vraiment quelqu’un de bien. On s’est vus pour la dernière fois il y a un an, autour d’un verre. Il m’avait invité aux conférences de rédaction de Charlie Hebdo du mercredi. J’ai été meurtri par la nouvelle de l’attentat, j’en ai pleuré. J’ai grandi avec Charlie Hebdo et cet esprit de mai 68. Son côté poétique m’emmerdait. Le côté beauf m’a vraiment plu parce qu’on est tous le beauf de quelqu’un. Plus c’était con, plus je riais… Le mouvement “Je suis Charlie” m’a plu même s’il y avait beaucoup d’hypocrisie. Lors de la marche républicaine du 11 janvier, j’ai vu beaucoup de bobos de gauche et de familles de droite défiler. On se serait cru à la Manif’ pour tous. Je n’ai hélas pas vu beaucoup de diversité… »

_Par Yannick O’Conor.

« 50 à 100 personnes sont prédisposées au passage à l’acte »

 

TERRORISME/L’attentat du 7 janvier à Paris soulève des interrogations sur les moyens de lutter contre le terrorisme. L’ancien patron du Renseignement français (DCRI) Bernard Squarcini demande que des mesures soient prises pour neutraliser les criminels avant le passage à l’acte.

 

ANALYSE/« Ce n’est pas une guerre d’Etat à Etat, mais un conflit
religieux face à un ennemi qui va aller en se développant. » © Photo DR

Quelle est votre analyse du modus operandi employé lors de ces tueries et prises d’otages ?

Il s’agit d’une action de type commando, guerrière, avec des actes cruels et barbares. Tout cela a été exécuté avec une très grande détermination. Autant dans la logistique de fuite, c’était confus ; autant sur l’action elle-même, on peut constater une grande organisation, bien qu’ils se soient trompés d’adresse.

 

Le professionnalisme des tueurs, au comportement quasi-militaire, tranche avec l’improvisation de certains de leurs actes (mauvais choix initial de l’adresse, oubli de la carte d’identité lors de la fuite) ?

La précipitation, la fuite, le passage au véhicule relais… Tout ça se fait de façon très rapide. Ils n’avaient pas l’intention de laisser la carte d’identité. Sinon ils n’auraient pas tiré avec des cagoules, avec des caméras partout. D’ailleurs, on savait pertinemment que s’ils étaient cagoulés, c’est qu’ils étaient connus des services de police.

 

S’agit-il d’actions télécommandées par Daesh et Al Qaeda ou d’initiatives de fous de dieu ?

En général, les auteurs des attentats ont carte blanche. Ils ont l’obligation de revendiquer. C’est ce que n’a pas pu faire Mehdi Nemmouche (auteur présumé de la tuerie du Musée juif de Bruxelles) car sa GoPro n’a pas marché. On pensait alors qu’il ferait une deuxième action, quand heureusement, il a été arrêté grâce au plan Vigipirate à Marseille… Quand Coulibaly poste sa vidéo où il se revendique de Daesh, on sent une confusion avec les frères Kouachi qui, eux, prétendent agir au nom du mouvement Al Qaeda au Yémen (AQPA). On voit une surenchère entre les deux mouvements, qui se disputent la paternité de l’attentat.

 

C’est cette menace de loups solitaires et de cellules isolées qui inquiète le plus aujourd’hui. Combien de menaces sont-elles répertoriées sur le territoire aujourd’hui ?

Plus ou moins 5 000 individus font l’objet de fiches de signalement. Il existe un noyau dur de 50 à 100 personnes. Des gens prédisposés au passage à l’acte, qui attendent un signal extérieur. Une prise de position politique, des actions de la coalition alliée, des opérations au Moyen-Orient qui peuvent déclencher une action terroriste collective ou individuelle. En général, ils ne disent rien à leur entourage. La menace est donc difficile à détecter. Les nouvelles mesures permettront d’aller plus loin.

 

Craignez-vous d’autres attentats sur le territoire ou ailleurs ?

On le craint depuis longtemps. Là, on a eu un attentat majeur, mais il y a d’autres attentats potentiels. Ça peut être des attentats sur notre territoire ou contre les intérêts français à l’étranger. C’est pour ça que la menace est aussi haute.

 

Que faut-il faire ? Vous dites qu’il faut arrêter l’hypocrisie et autoriser des opérations spéciales sur le territoire national. Une sorte de Patriot Act français ?

Pas du tout, ce n’est pas nécessaire. La France s’est engagée dans une lutte anti-terroriste qui se reforme en fonction de l’évolution de la menace. Là, il faut davantage d’analyse pour détecter les signaux faibles, anticiper en amont et neutraliser avant le passage à l’acte. Pour cela, il faut des outils plus fins, permettant de passer sous les écrans radars comme nos adversaires (les terroristes).

 

Quels outils ?

On nous demande de savoir ce que font des gens qui ne font rien et qui sont en phase d’hibernation. C’est impossible en l’état actuel des choses. Il faut pouvoir poser des balises, sonoriser des appartements ou piéger des box où il peut y avoir du matériel. La marche du 11 janvier a dégagé un consensus national et étranger. C’est un sursaut républicain qui permettra d’aboutir peut-être à des textes certes attentatoires aux libertés publiques mais nécessaires à l’anticipation. Il faut resserrer les mailles du filet.

 

Quels seraient les garde-fous ? Vous parlez d’un encadrement par une commission parlementaire permanente.

Tout ceci doit pouvoir se faire légalement, avec une autorisation du législateur donc du parlement. Tout comme les écoutes téléphoniques, c’est une atteinte profonde aux libertés individuelles de la République. Une commission parlementaire serait le garde-fou.

 

Quelles actions préconisez-vous à l’international ? Des villages nigérians sont rasés de la carte par la secte Boko Haram…

On est sur du danger qui vient de l’extérieur. Il faut une coopération plus poussée dans ces foyers en ébullition. On parle de plus de 1 200 familles qui partent chaque année au Moyen-Orient et certains, 4 ou 5 %, peuvent revenir avec des intentions nuisibles. Si nous n’avons pas cette coopération opérationnelle, nous serons sourds et aveugles. Il faut une coordination plus poussée en interne entre le service intérieur, extérieur et le renseignement. On a besoin de savoir quand les gens sortent de prison et les marquer en tant que terroristes radicaux et ne pas les laisser avec une étiquette de droit commun.

 

La France est en guerre comme l’a rappelé le président Hollande. Et est-elle rentrée en résistance ?

Oui, les soldats français sont en Afghanistan jusqu’au 31 décembre, ils sont au Sael. Pour la première fois, l’armée et les renseignements ont le même ennemi. Ce n’est pas une guerre d’Etat à Etat, mais un conflit religieux face à un ennemi qui va aller en se développant. Al Qaeda se franchise, poursuit son prosélytisme. Et désormais Daesh fait de la surenchère. Nous avons donc deux problèmes au lieu d’un.

 

Que pensez-vous de la riposte des hacktivistes d’Anonymous ?

Cette riposte permet d’apporter des informations aux services (comptes Twitter, sites Internet, N.D.L.R.). C’est bien, mais il s’agissait d’éléments déjà connus puisque les services de renseignement avaient déjà collecté ces données liées à Al Qaeda et à Daesh. Ça a permis d’éviter de nombreux attentats mais le risque 0 n’existe pas. Le véritable enjeu aujourd’hui, c’est de neutraliser ces individus judiciairement, les mettre en prison. Il faut maintenant repenser le rôle de la prison face à l’individu radicalisé.

_Propos recueillis par Yannick O’Conor.

écrit par La rédaction