Foot-Business

Taxe à 75 %
L’ASM fait profil bas

FOOT-BUSINESS / Fin octobre, François Hollande a confirmé l’application de la taxe à 75 % pour tous les clubs de foot de Ligue 1 et de Ligue 2. Si l’AS Monaco n’est pour le moment pas concernée, le club joue la carte de la discrétion.

Silence radio. Contactée fin octobre par L’Obs’, l’AS Monaco n’a pas souhaité répondre à nos questions concernant l’application de la taxe à 75 % aux clubs de foot de Ligue 1 (L1) et de Ligue 2 (L2). Pourtant, le match Monaco-Rennes prévu fin novembre est menacé (1). Car, comme beaucoup d’autres clubs, le Stade Rennais proteste : il devrait en effet payer 2,1 millions d’euros par an (voir encadré) dans le cadre de ce projet de loi. Suite à l’assemblée générale de l’Union des Clubs Professionnels de Football (UCPF) qui s’est tenue courant octobre, les clubs, qui demandent l’abandon de ce projet de taxe, ont menacé de ne pas participer aux matches prévus entre le 29 novembre et le 2 décembre. Donc, en clair, de faire grève. Avant de reporter à une date ultérieure cette « journée blanche » si aucun accord autour de cette taxe à 75 % n’est trouvé.

« Déficit »
En effet, malgré le plafonnement à 5 % du chiffre d’affaires des clubs et l’application de ce texte uniquement sur 2013 et 2014 pour les salaires dépassant le million d’euros, les clubs refusent de passer à la caisse. Ils maintiennent deux revendications essentielles : ne faire payer que les clubs qui font des bénéfices, soit à peine la moitié des 20 clubs de L1. Tout en ne s’intéressant qu’aux contrats signés avant la mise en application de la nouvelle loi. Dans Le Monde, le président de l’Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas, a toutefois indiqué fin octobre ne pas être « opposé à une taxe de solidarité. » Ce qui ne l’empêche pas de militer pour « corriger les excès de cette taxe à 75 % », qu’il juge « contre-productive. » A Saint-Etienne, son voisin, Bernard Caïazzo, a fait les comptes. Selon lui, cette taxe provoquerait un déficit de 50 millions : « Avec la baisse des droits télévisés, on va vers un déficit de 200 millions d’euros » a expliqué au Monde le président de l’ASSE.

Alarmiste
L’Union des clubs professionnels de football (UCPF) a donc réagi en s’offrant notamment une campagne de communication dans plusieurs journaux. Une lettre ouverte alarmiste adressée à François Hollande, qui explique que pour payer cette taxe « les clubs vont devoir se séparer de leurs meilleurs joueurs au profit d’autres clubs européens, affaiblissant mécaniquement le niveau du championnat français. » Avant de finir par une phrase choc : « L’application dans les conditions actuelles de la taxe à 75 % sur le football français tuera les entreprises, condamnera des emplois, fera baisser les contributions et relèguera notre championnat en 3ème division européenne. »

44 millions
Rien que ça. Si le foot français reverse près de 700 millions d’impôts par an à l’Etat, soit le montant des droits télé qu’il touche chaque année, il fait vivre 24 000 salariés et 1 000 joueurs. Soit 25 000 personnes. Mais au final, cette taxe se soldera par le versement de 44 millions d’euros par an environ, dont 20 millions payés par le Paris-SG. Il faut d’ailleurs noter que, malgré cela, l’actionnaire qatari du club parisien n’avait émis aucune critique sur la fiscalité française alors que L’Obs’ était en bouclage le 14 novembre. Quant aux autres, ils paieront entre 50 000 et 5,3 millions d’euros. Environ 120 joueurs et entraîneurs de 14 clubs de L1 sont concernés, aucun en L2. Bref, rien qui ne semble insurmontable, même si les 20 clubs de L1 ont affiché 80 millions de pertes en 2012-2013.

« Grève »
Du coup, certains acteurs prennent leur distance avec cette grogne. L’entraîneur du Paris-SG, Laurent Blanc, a déclaré en conférence de presse le 25 octobre qu’il espérait qu’une solution serait trouvée. Il a estimé que « grève n’est pas le bon mot et l’opinion publique peut ne pas le comprendre. » Si son club n’est pas concerné par cette taxe, l’entraîneur d’Évian-Thonon-Gaillard, Pascal Dupraz, est allé plus loin encore : « Si notre corporation fait grève, il faut vraiment aller se cacher ! » Après une entrevue le 31 octobre avec les représentants des clubs de football professionnel, François Hollande a décidé de maintenir l’application de la taxe à 75 %. « La nécessité de redresser les comptes publics justifie, pleinement, cet effort demandé aux entreprises qui font le choix de verser des rémunérations annuelles d’un tel niveau », a indiqué l’Élysée dans un communiqué.

Plafonnement
Tout en soulignant : « Un plafonnement de cette contribution, à hauteur de 5 % du chiffre d’affaires, a déjà été prévu dans le projet de loi de finances pour prendre en compte la situation des entreprises de taille moyenne. Les clubs de football rentrent dans cette catégorie. » C’est un plafonnement à 1 % qui était réclamé par les responsables des clubs. La ministre des sports, Valérie Fourneyron, a donc été soutenue par François Hollande. Elle avait en effet déclaré en amont qu’« à l’heure où tous les Français participent à l’effort de redressement, la population ne comprendrait pas que le football professionnel, vu comme un secteur privilégié, ne participe pas à l’effort collectif. »

Knysna
Résultat, alors que L’Obs’ était en bouclage le 14 novembre, la grève était reportée. En effet, la médiation débutée le 13 novembre avec le député PS Jean Glavany a été jugée « très constructives » par le président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Frédéric Thiriez et par le président de l’UCPF, Jean-Pierre Louvel. Mêmesi dans ce dossier tout le monde reste très prudent. Plus question de prononcer le mot « grève » qui fait immédiatement penser à Knysna (Afrique du Sud) et aux joueurs de l’équipe de France refusant de sortir du bus pour aller s’entraîner. Les présidents de club préfèrent parler d’« une journée blanche. » Reste à savoir si les patrons du foot accepteront de participer aux travaux de la mission confiée à Jean Glavany par Valérie Fourneyron, dont l’objectif est de développer un nouveau modèle économique, durable et équilibré pour le foot français. Les conclusions de ce député PS sont attendues d’ici fin janvier 2014.

Subtilités
Intox ou pas ? Beaucoup d’experts, dont le spécialiste du management des organisations sportives et du marketing sportif, Lionel Maltese, que L’Obs’ a interrogé (voir son interview par ailleurs) n’y croient pas. Ils estiment que les clubs cherchent, et trouveront, une porte de sortie honorable. Surtout que l’opinion publique ne leur est pas favorable. En effet, beaucoup ne comprennent pas que les footballeurs et les présidents rechignent à verser quelques millions alors que les sommes en jeu dans le foot-business donnent le vertige.
Et puis, il y a quelques petites subtilités. Certains se disent qu’il est injuste de faire payer les clubs à la place des joueurs. Or, dans sa première version, avant sa censure par le Conseil constitutionnel, le texte prévoyait que ce soit les footballeurs, et pas leurs employeurs, qui paient 75 % d’impôt au-delà du million d’euros de revenus annuels. Mais depuis, ce sont les clubs. De toute façon, les joueurs auraient quand même échappé à la taxe. Car la grande majorité des contrats sont négociés à partir d’un salaire net, qui sera versé quelles que soient les réformes fiscales. Du coup, à la fin, c’est forcément le club qui paie…

« Equité »
Pendant ce temps, Monaco regarde tout ça de loin. En effet, l’ASM n’étant pas un club français, il n’est pas concerné par cette taxe à 75 %. Seuls les résidents français sont concernés par les impôts sur le revenu depuis 1957. Du coup, Toulalan, Abidal ou Kondogbia sont concernés. Tout en bénéficiant d’une réduction de 20 % de leurs charges sociales par rapport aux autres clubs français. Interrogé fin septembre par Le Monde, le député PS Régis Juanico (2) qui est rapporteur spécial du budget des sports à l’Assemblée nationale a été clair sur le cas monégasque : « Si le club était soumis à la législation française, le montant de la taxe serait de 20 millions d’euros… Au-delà, il existe un énorme avantage fiscal et social pour l’ASM que l’on peut estimer à 50 millions d’euros par rapport aux autres clubs de L1. Au total, 70 millions, c’est l’équivalent du budget d’un club de haut de tableau ! » Avant de proposer une solution : « Si on veut préserver l’équité sur le terrain sportif vis-à-vis des concurrents de l’ASM, il faudrait que cet avantage soit effacé… ou compensé. Pourquoi ne pas envisager un fonds de mutualisation du même montant qui serait redistribué aux autres clubs de L1, mais aussi au football amateur ? »

Conflit
D’ici la fin de l’année, on devrait en savoir plus sur le transfert en France du siège social de l’AS Monaco, puisque le conflit qui oppose le club à la Ligue de football professionnel (LFP) est devant le Conseil d’Etat (voir L’Obs’ n° 122). Mais cette affaire très sensible pourrait ne pas s’arrêter là. En cas de décision défavorable, l’ASM pourrait saisir les juridictions communautaires, dans la mesure où ce dossier relève du droit international privé. Et les arguments ne manquent pas. Notamment l’arrêt Bosman, qui remonte à 1995, et qui instaure le principe de libre circulation des travailleurs et la liberté d’établissement pour les entreprises. En tout cas, si Monaco suscite encore pas mal de jalousies, certains se rendent aussi compte que lorsqu’ils accueillent l’ASM, leur stade est souvent plein. De plus, les droits télé à l’international se vendent forcément mieux avec des joueurs comme Falcao ou Abidal. En attendant, Monaco profite de ses bons résultats sportifs. Mais garde un œil très attentif sur sa fiscalité.
_Raphaël Brun

(1) Alors que L’Obs’ était en bouclage le 14 novembre, le comité exécutif de l’UCPF a décidé de reporter sa grève prévue les 29, 30 novembre et 1er décembre.
(2) Le député PS de la Loire, Régis Juanico, est l’auteur, avec le député UMP de la Manche, Guenhaël Huet, d’un rapport parlementaire intitulé Quinze propositions pour renforcer la solidarité entre sport professionnel et sport amateur.

TAXE/
Montant de la taxe à 75 % pour les clubs de Ligue 1 en 2013

PSG : 20 millions d’euros
Marseille : 5,3 millions
Lyon : 4,9 millions
Lille : 4,8 millions
Bordeaux : 3,3 millions
Rennes : 2,1 millions
Saint-Etienne : 1 million
Toulouse : 800 000 euros
Nice : 700 000 euros
Montpellier : 200 000 euros
Bastia, Valenciennes : 150 000 euros
Ajaccio, Guingamp : 50 000 euros
Monaco : 0 euro, le siège social du club n’étant pas en France
Evian-Thonon-Gaillard, Lorient, Nantes, Reims et Sochaux : 0 euro, car aucun joueur ne touche plus d’un million d’euros par an
Source : Ligue de football professionnel (LFP).

 

Taxe à 75 % : « Un effet domino »

 

FOOT-BUSINESS / Lionel Maltese, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille et professeur associé à Kedge Business School, est un spécialiste du management des organisations sportives et du marketing sportif. Il décrypte la position alarmiste de l’Union des clubs professionnels de football.

Un club de foot, c’est vraiment une entreprise comme une autre ?
Pas du tout et pour plusieurs raisons. D’abord parce que les dirigeants sont moins rémunérés que les principaux salariés, c’est-à-dire les joueurs, qui sont tous en CDD. Ensuite, ces entreprises sont de petites structures, de type PME. De plus, la plupart du temps, ces entreprises ne sont pas propriétaires de leur stade.

Ça pose problème ?
En cas d’augmentation du prix de la location du stade, l’économie des clubs reste alors en partie dépendante des collectivités locales. Enfin, les clubs sont aussi des entreprises hypermédiatisées, notamment en ce qui concerne les salaires qui sont connus du grand public. Ce qui ne correspond évidemment pas au fonctionnement classique d’une PME…

L’UCPF estime que des clubs pourraient déposer le bilan ?
Je n’y crois pas. Parce que c’est un écosystème qui sera impacté. En revanche, il y aura un effet domino.

C’est-à-dire ?
L’OL et l’OM seront les clubs les plus pénalisés par cette taxe. Si les actionnaires n’injectent pas de l’argent, ces clubs ne parviendront pas à atteindre l’équilibre exigé par la direction nationale du contrôle de gestion (DNCG). Du coup, ils vont être obligés de vendre des joueurs pour gagner de l’argent et faire des économies sur la masse salariale.

D’autres conséquences ?
Une perte d’attractivité. Car les performances d’une équipe dépendent toujours des grands joueurs qui la compose. De plus, si certains clubs sont obligés de vendre des joueurs, cela aura aussi pour conséquence d’attirer moins de spectateurs au stade. Cela provoquera peut-être également le départ de quelques sponsors. En effet, dans la mesure où l’équipe est moins performante, elle accèdera plus difficilement aux grandes compétitions et donc aux diffusions à la télé. Il y a donc bien un effet domino.

D’autres effets négatifs sont à craindre ?
Le prix des billets pour aller au stade va augmenter. De plus, l’écart va encore se creuser entre les clubs qui pourront continuer à acheter des joueurs à l’étranger et les clubs obligés d’acheter principalement des joueurs français pour des raisons de coûts. Un club comme l’OM deviendra alors une sorte de « financeur » pour les clubs formateurs chez qui il ira piocher des joueurs. Au final, l’écart creusé par le Paris-SG et l’AS Monaco sera définitif. Et les clubs qui étaient juste derrière, comme Marseille, Lyon ou Saint-Etienne, vont continuer à perdre de leur attractivité. Avec le risque que ces clubs finissent par rejoindre le niveau de Valenciennes.

Pour se défendre, l’UCPF affirme créer du lien social ?
Si grâce aux footballeurs il y a plus d’enfants qui vont faire du sport plutôt que de rester devant la télé ou traîner dans la rue, c’est positif. Et cela a un impact démontré : les frais médicaux baissent, parce que faire du sport c’est bon pour la santé. Le sportif professionnel a un rôle d’émulation. C’est que l’on appelle l’économie circulaire. Et cela a un impact fort sur le bien-être et sur l’économie du pays. Mais je pense que les politiques ne l’ont pas compris. Parce que cet effet positif se déroule sur le long terme. Or, les politiques agissent souvent sur le court terme.

Monaco est à l’abri de cette taxe à 75 % ?
Pour le moment, Monaco semble protégé par le droit. Après, n’oublions pas que l’ASM a aussi ses problèmes.

Lesquels ?
La zone de chalandise de l’ASM va jusqu’à Menton. Ce qui représente environ 60 000 personnes. C’est donc très peu par rapport à la zone de chalandise de Paris qui a devant lui un énorme potentiel. Du coup, Monaco ne peut pas travailler sur un modèle « business to consumer » parce que les supporters ne sont pas assez nombreux.

Il y a d’autres inquiétudes ?
L’actionnaire de Monaco va avoir du mal à se plier au fair-play financier, sauf s’il parvient à négocier de gros partenariats. C’est ce qu’est d’ailleurs en train de faire le Paris-SG qui a signé en octobre un contrat pour deux saisons avec Panasonic, l’un des leaders mondiaux de l’électronique grand public et professionnelle.

Monaco est très jalousé ?
Tout ça risque en effet d’attirer les foudres sur Monaco qui, du coup, fait le dos rond.

Pourquoi cette jalousie ?
Si les deux premières places du championnat reviennent presque systématiquement à Paris et à Monaco, les autres clubs se battront donc uniquement pour la 3ème place. Pour le moment, cette 3ème place permet au club qui la décroche de jouer la Ligue des Champions. Le jour où cette 3ème place ne permettra plus de se qualifier pour la Ligue des Champions, des clubs comme Lyon ou Marseille perdront alors environ 25 millions d’euros. Ce qui en fera des clubs avec un budget inférieur à 100 millions. Or, à ma connaissance, avec moins de 100 millions de budget, un club n’a aucune chance en Ligue des Champions.

Le grand stade de Lyon est vraiment menacé à cause de cette taxe ?
Le président de l’OL, Jean-Michel Aulas, sait que son modèle économique ne peut exister que s’il contrôle ses ressources, notamment son centre de formation et son stade. Mais son futur stade des Lumières ne sera rentable que si la marque « Olympique Lyonnais » lui permet de le remplir. S’il est obligé de vendre des joueurs à cause de cette taxe à 75 %, il sera alors contraint de transformer son stade en parc d’attraction, en organisant des concerts par exemple.

Mais c’est déjà le cas à Nice, avec l’Allianz Riviera !
A Nice, Vinci qui est propriétaire de l’Allianz Riviera, ne mise en effet pas tout sur l’OGC Nice qui n’est qu’un simple locataire. Voilà pourquoi l’Allianz Riviera accueille aussi du rugby, avec des matches du RC Toulon, ou de gros concerts. Mais à Lyon, l’objectif premier d’Aulas, c’était tout simplement de faire du foot dans son stade des Lumières. Au fond, ce stade devait permettre à l’OL de limiter l’aléa sportif sur le modèle de ce qu’a réussi à faire Arsenal à Londres. Bref, le risque, c’est que le foot finisse par devenir une activité secondaire dans tous ces stades.

C’est injuste de taxer les clubs plutôt que les joueurs ?
Pour l’aspect symbolique, il est logique que ceux qui gagnent plus paient plus d’impôts. Or, ceux qui gagnent le plus d’argent ne sont pas les clubs. Ce sont les joueurs. Il aurait donc été plus pertinent de taxer les joueurs.

Mais la majorité des contrats sont discutés avec un salaire net, versé quelles que soient les réformes fiscales : donc, au final, c’est toujours au club de payer cette taxe ?
C’est exact. Il ne reste de toute façon quasiment plus que Monaco et Paris capables de s’offrir des joueurs avec des salaires à 1 million d’euros annuel ou plus. Les autres clubs vont miser sur des joueurs avec des salaires moindres.

L’UCPF craint que les grandes stars du championnat ne partent ?
Les quatre joueurs de Ligue 1 retenus pour l’élection du Ballon d’or 2013 sont tous à Monaco et à Paris. Parce que ce sont les deux seuls clubs qui peuvent encore assumer ce genre de contrats. Paris et Monaco peuvent encore attirer de grands joueurs parce qu’ils ont l’argent pour. En revanche, Marseille, Lyon, Saint-Etienne ou Bordeaux n’ont plus les moyens économiques nécessaires.

Le modèle économique monégasque vous surprend ?
Monaco est à part. Il n’y a pas de logique économique à l’ASM. En tout cas, il n’existe pas de business model avec une principauté étendue sur 2 km2. Mais on peut imaginer un système basé sur du « business to business » de luxe. Ce qui permettrait à Monaco de devenir le Dior du foot.

Comment ?
Monaco pourrait miser sur des milliardaires qui se paient du sponsoring et des loges de luxe. Ce qui permettrait ensuite de financer le club pour qu’il entre dans les clous du fair-play financier imposé aux clubs par l’UEFA.

Monaco est assez attractif pour s’appuyer sur ce modèle économique ?
Lorsque Monaco organise ses Masters de tennis, c’est avec Rolex. Or, Rolex pourrait très bien décider de miser sur le tournoi de Bercy, qui se déroule à Paris, avec des joueurs de très haut niveau. Pourtant, Rolex préfère Monaco. Parce que Monaco, c’est aussi une marque. Donc c’est cohérent.

Il y a aussi une part d’intox de la part de l’UCPF ?
Quand l’UCPF parle de « banqueroute », ils y vont fort. Surtout qu’en termes d’image, ils ne sont pas en position de force par rapport à l’opinion publique qui estime que les footballeurs sont beaucoup trop payés.

Ca vous semble logique que Monaco échappe à cette taxe à 75 % ?
Par rapport aux autres clubs, non. Parce que cela donne un avantage concurrentiel à Monaco. Mais c’est vrai aussi que, juridiquement, Monaco a toujours été à part. Au fond, je pense qu’on parle d’imposer fiscalement Monaco parce que l’ASM est monté en Ligue 1 avec derrière elle un actionnaire riche et puissant. Ensuite, il faut aussi avoir de la mémoire. Et se souvenir que Monaco possède un très bon centre de formation qui a fourni de nombreux joueurs à l’équipe de France.

Vous croyez à une grève (1) ?
Non. C’est de l’intox. Ils devraient plutôt réfléchir à d’autres actions. Comme les présidents sont vus comme des argentiers, ils ne sont pas populaires. Louis Nicollin, Jean-Michel Aulas ou Vincent Labrune ne sont pas aimés. Il faudrait donc que les joueurs appréciés par le grand public et capables de le faire prennent la parole. A eux d’expliquer, en faisant preuve de pédagogie.
_Propos recueillis par Raphaël Brun

(1) Alors que L’Obs’ était en bouclage le 14 novembre, le comité exécutif de l’UCPF a décidé de reporter sa grève prévue les 29, 30 novembre et 1er décembre.