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Supercoupe d’Europe,
clap de fin

SPORT-BUSINESS/Après une 15ème édition et la victoire de l’Atletico Madrid sur Chelsea le 31 août dernier, la Supercoupe d’Europe de football quitte Monaco pour d’autres villes. Une véritable perte pour l’économie monégasque.

 

Le vainqueur de la Ligue des Champions contre celui de l’Europa Ligue, c’est le fondement de la Supercoupe de l’UEFA. Pendant 14 ans, de 1998 à 2012, dans les derniers jours d’août, la pelouse du stade Louis-II a accueilli l’affiche opposant les équipes victorieuses des deux compétitions majeures du football européen. Quinze éditions auxquelles il faut ajouter une seizième, celle de 1986, lorsqu’il fallut un terrain neutre pour départager le Steaua Bucarest et le Dynamo Kiev. Messi, Zidane, Figo, Pirlo et autres Roberto Carlos sont entre autres venus fouler la pelouse monégasque.

« Promotion »
Mais cet événement, référence estivale de la Principauté, va quitter le stade Louis-II. L’UEFA l’a déjà annoncé, la Supercoupe aura lieu à Prague en 2013, à Tbilissi en 2014 et à Cardiff en 2015. « Le comité exécutif de l’UEFA désirait offrir la possibilité aux fans de football de pays n’accueillant pas régulièrement des compétitions d’envergure d’assister à cette compétition. Par ce biais, l’UEFA désire encourager le développement du football et sa promotion aux quatre coins de l’Europe », explique l’instance du football européen. Avant d’ajouter : « La taille du stade Louis-II, la relégation de Monaco ou les coûts d’organisation n’ont eu aucune influence sur cette décision. L’UEFA a toujours eu d’excellentes relations avec la principauté de Monaco, le prestige du lieu et le succès des éditions au fil des ans, avec des contrats portant sur trois années, a convaincu l’UEFA d’organiser l’événement à Monaco pendant de nombreuses années. »

Essentiel
L’organisation de la Supercoupe coûte chaque année environ 1,3 millions d’euros. Les recettes de la billetterie reviennent au comité d’organisation local. En août dernier, le prix du billet s’élevait à 70 euros. Or, Chelsea — Atletico de Madrid s’est encore joué à guichets fermés au Louis-II avec 18 000 billets vendus. Soit plus de 1,2 millions d’euros de recettes assurées et répartis entre le gouvernement et l’AS Monaco.
Si la principauté perd cette affiche, elle conserve encore les tirages au sort de la Ligue des Champions et de l’Europa Ligue, organisés au Grimaldi Forum. « Malgré l’incontestable attractivité de Monaco, comme beaucoup de grandes fédérations sportives internationales, l’UEFA a choisi le principe d’une rotation de cet événement majeur à partir de 2013. Cependant, l’essentiel est maintenu à Monaco avec les tirages au sort. Avec cet évènement, Monaco continuera d’accueillir, chaque année, les plus importants dirigeants des instances européennes du football, note Guillaume Rose, délégué général au tourisme en Principauté. Depuis plusieurs années, l’UEFA avait choisi Monaco en raison de son prestige international. L’instance apprécie quand l’organisation est carrée. Elle sait que l’expérience et le professionnalisme sont ici à la hauteur de l’évènement. »

« Célébrations »
Sauf qu’au-delà de la rencontre, la Supercoupe impactait fortement l’économie monégasque. En premier lieu dans le secteur hôtelier. Fin août, cet événement a permis d’enregistrer « 3 000 nuitées » selon Guillaume Rose. Du côté de la Société des Bains de Mer (SBM), les vendredis soirs de Supercoupe, le taux d’occupation des établissements oscillait « entre 90 et 100 %. » « Cette période reste notre très haute saison. Et le week-end de la Supercoupe l’un des plus forts en termes d’occupation. Pour 2012, la Supercoupe s’est déroulée en toute fin de mois. Ainsi, on a optimisé les séjours individuels du 20 au 29 août et les 2-3 jours de l’UEFA. En règle générale, le chiffre d’affaires dépendait des équipes qui étaient qualifiées et aux sponsors qui y étaient associés », indique la SBM. « On était généralement complets pour cet événement qui venait clôturer, entre autres, la saison estivale en principauté, bien que le taux d’occupation et la rapidité de remplissage dépendaient des équipes qui jouaient. Les meilleures années ont été en 2008 avec Manchester United et le Zénith Saint Pétersbourg qui a remporté le match, générant ainsi un excellent revenu restauration dans le cadre des célébrations post-match. Puis 2009 où le FC Barcelone contre le FC Chakhtar Donetsk, ont aussi attiré une clientèle à fort pouvoir d’achat », constate Jean-Claude Messant, directeur général de l’hôtel Métropole et vice-président hôtels de l’Association des industries hôtelières monégasques (AIHM).

« Perte »
Du coup, cette délocalisation sera bien un véritable manque à gagner pour l’hôtellerie de la principauté. Bien qu’aucun chiffre ne soit avancé, il semble difficile aux établissements d’attirer une clientèle aussi nombreuse, sans un événement du même niveau le dernier week-end d’août. A la SBM, on avoue « une perte réelle », tant au niveau des réservations individuelles que des blocs sponsors. « On réadaptera notre politique commerciale, soit vers d’autres groupes, notamment pharmaceutiques, soit vers une clientèle individuelle, notamment avec le Monte-Carlo Bay, qui sera l’hôtel le plus impacté par la perte des contingents UEFA », précise la SBM.
Jean-Claude Messant admet également que « la délocalisation représente une perte pour la principauté. Historiquement, la Supercoupe se déroule toujours le temps d’un week-end, à la veille de la rentrée scolaire de plusieurs pays. C’est donc une période difficile à remplir, pendant laquelle on constate une baisse du taux d’occupation, non seulement du côté loisirs mais affaires aussi. Les hôtels monégasques peuvent donc compter sur ce championnat pour générer des réservations et donc du revenu sur ce week-end « charnière ». »
Une perte que relativise pourtant Christophe Lepetit, chargé d’études économiques au Centre de Droit et d’Economie du Sport (CDES) de Limoges : « C’est une perte pour Monaco certes, mais qui peut être contrebalancée par l’ambitieux projet de l’AS Monaco mené par le repreneur russe. L’ASM devrait facilement revenir en Ligue 1 et pouvoir se qualifier en Ligue des Champions dans les saisons à venir. En termes d’impact, mieux vaut un club qui joue l’élite et la Ligue des Champions sur toute une saison qu’un one-shot comme la Supercoupe », souligne l’économiste.

Marchés
Mais la délocalisation de la Supercoupe apparaît comme une issue logique si l’on observe de plus près le sort promis aux matchs uniques. Il suffit de traverser la frontière. Organisé par la Ligue de Football Professionnel (LFP), le Trophée des Champions, qui oppose le champion de France de première division au vainqueur de la Coupe de France, change de stade d’accueil chaque année. Exception faite des années 2006 et 2007, où la rencontre s’est disputée au stade de Gerland, à Lyon. Les quatre dernières saisons, ce Trophée des Champions s’est disputé à l’étranger (Canada, Tunisie, Maroc, Etats-Unis) avec des résultats mitigés. Lors de la dernière édition, qui a vu l’Olympique Lyonnais s’imposer aux dépens de Montpellier, l’objectif était double. D’abord faire connaître la Ligue 1 au public américain et ensuite conquérir ce marché où le soccer commence à peine à émerger. Mais l’audience est restée limitée. A New York, la Red Bull Arena n’était remplie qu’à 60 %.

Chine
La Supercoupe de l’UEFA et les tirages au sort donnent une visibilité mondiale à la ville organisatrice. Il faut dire que, selon l’UEFA, ces événements sont diffusés dans près de 200 pays à travers le monde. Pour Christophe Lepetit, ce match de prestige n’échappe pas à la logique de conquête mise en place par l’instance européenne du football : « Monaco dispose de caractéristiques attirantes. C’est une destination facile d’accès au milieu de pays qui comptent dans le football. Le public est assez haut de gamme. Je ne suis pas certain que l’UEFA puisse rencontrer le même succès en République Tchèque ou en Géorgie. Mais la volonté de l’UEFA est de changer de public, de s’exporter pour conquérir des marchés en donnant la possibilité à ces petits pays de voir des grands clubs jouer. C’est une logique compréhensible. »
Pourtant, l’exportation de ses matches semble avoir trouvé ces limites. En Espagne, la fédération de football croyait avoir flairé le bon filon en passant un marché très lucratif avec une firme chinoise pour que 5 des 7 prochaines Supercoupes se déroulent en Chine à partir de 2013. Un business qui doit rapporter 39,5 millions de dollars aux Espagnols, d’après le journal AS. Sauf que le Real Madrid et le FC Barcelone, qui constituent régulièrement l’affiche, ont refusé d’aller jouer en Chine, en pensant aux difficultés de déplacement de leurs supporters. En revanche, l’Italie a eu moins de scrupules. Plusieurs Supercoupes d’Italie se sont déjà jouées à Pékin. Un contrat à 15 millions d’euros pour la fédération italienne qui a signé pour trois Supercoupes.

Retour ?
Une question reste en suspens. La Supercoupe reviendra ou non un jour au stade Louis-II ? L’UEFA se limite à dire que « seules les éditions de 2013 à 2015 ont été décidées. » Pour Christophe Lepetit, l’affaire est loin d’être jouée : « Je pense que la stratégie de délocalisation est planifiée sur plusieurs années. Le Trophée des Champions a été délocalisé aux Etats-Unis devant un public clairsemé, mais ce n’est pas pour autant qu’il va revenir en France. Donc il n’est pas certain que la Supercoupe revienne à Monaco. Après, si l’UEFA s’aperçoit qu’elle ne s’y retrouve pas financièrement et que la Supercoupe se joue dans des stades vides ou presque, peut-être qu’elle reverra sa stratégie ? » Le gouvernement monégasque a déjà fait savoir à l’UEFA qu’il souhaitait récupérer l’événement à partir de 2016. En attendant, plusieurs projets devraient être étudiés pour occuper le créneau laissé libre.
_Adrien Paredes

 

Palmarès/
>Les super-champions du Louis-II

 

1986 > Steaua Bucarest (1-0 contre Dynamo Kiev)
1998 > Chelsea (1-0 contre Real Madrid)
1999 > Lazio Rome 1-0 contre Manchester Utd)
2000 > Galatasaray (2-1 contre Real Madrid)
2001 > Liverpool (3-2 contre Bayern Munich)
2002 > Real Madrid (3-1 contre Feyenoord)
2003 > Milan AC (1-0 contre FC Porto)
2004 > FC Valence (2-1 contre FC Porto)
2005 > Liverpool (3-1 contre CSKA Moscou)
2006 > FC Séville (3-0 contre FC Barcelone)
2007 > Milan AC (3-1 contre FC Séville)
2008 > Zénith Saint-Pétersbourg (2-1 contre Manchester Utd)
2009 > FC Barcelone (1-0 contre Chaktar Donetsk)
2010 > Atletico Madrid (2-0 contre Inter Milan)
2011 > FC Barcelone (2-0 contre FC Porto)
2012 > Atletico Madrid (4-1 contre Chelsea)

écrit par Adrien