Stephane-Richelmi

Stéphane Richelmi
Objectif F1

PORTRAIT / A 22 ans, le pilote monégasque Stéphane Richelmi court en GP2. Et il vise un volant de F1 d’ici deux ans.

«Calme, introverti, simple. » C’est comme ça que Stéphane Richelmi se définit. A 22 ans, ce Monégasque vient de terminer une saison de GP2. Avec pour objectif, d’être un jour le premier pilote monégasque à courir en F1. Un véritable pari qui ne l’effraie pas. Voilà pourquoi il donne tout pour s’imposer.

Polymétal
Né le 17 mars 1990 à Monaco, Stéphane Richelmi est de nationalité monégasque. Ce qui ne l’empêche pas de revendiquer aussi des origines italiennes : « Mon nom de famille se prononce donc Ri-chel-mi, comme s’il y avait un K. Ma mère a de la famille dans le Piémont et à Venise. » Elle est aussi prof d’histoire-géographie en principauté. Alors que son père est patron de l’entreprise Polymétal qui s’occupe notamment des rails métalliques utilisés pendant le Grand Prix de Monaco. Bref, la course automobile n’est jamais loin. Passionné par les rallyes, le père de Stéphane Richelmi s’est fait plaisir. « Comme il a commencé tardivement, il ne s’est pas lancé dans une carrière professionnelle. Et il a couru 12 ou 13 week-ends par an jusqu’en 2005. A 48 ans, il a ensuite levé le pied. » Avec un père qui s’est toujours passionné pour les courses auto, difficile de pas plonger. Pourtant, Stéphane Richelmi a aussi un frère, Jean-Philippe qui n’a pas attrapé ce virus. A 28 ans, c’est dans l’informatique et en principauté qu’il s’est lancé. Loin du monde automobile qui ne l’intéresse pas. Chacun son truc.
« Mon père a eu un peu le rôle d’une mère dans mon éducation, raconte Stéphane Richelmi. C’était toujours lui qui m’appelait pour me demander de ne pas rentrer trop tard. » Pour le reste, l’éducation chez les Richelmi est basée sur la confiance et la simplicité. « Ce n’est pas parce qu’on est à Monaco qu’il faut se prendre la tête. » Ce qui n’empêche pas ses parents de pousser leur fils à ne pas négliger ses études. C’est-à-dire au moins passer le bac.

Boutsen
Pas simple. « Parce que la course automobile, ça prend beaucoup de temps. Mais sans être fan de l’école, j’ai toujours été studieux. Même si je ratais pas mal de cours… » Comme beaucoup de pilotes, c’est par le kart que Stéphane Richelmi est initié aux plaisirs de la vitesse. Il a 12 ans. Les résultats suivent, avec notamment une troisième place en championnat de France. « Pourtant, commencer à 12 ans, c’est un peu tardif. Souvent, les enfants commencent le kart dès 8 ans. » En tout cas, trois ans plus tard, la décision est prise et l’objectif clairement défini : devenir pilote professionnel.
A 16 ans, fini le kart. Direction la Belgique pour s’installer au volant d’une Formule Renaults 1.6. On est en 2006 et c’est l’écurie du résident monégasque et ancien pilote de F1 Thierry Boutsen qui accueille ce jeune monégasque. « En essais libres, j’étais rapide. D’ailleurs, je faisais jeu égal avec mon équipier qui lui se battait pour remporter le championnat de Belgique. Mais en phase de qualification, je n’étais pas assez agressif, parce que je me mettais trop de pression. » Un blocage psychologique qui freine un peu sa progression. Ce qui ne l’empêche pas l’année suivante de poursuivre l’aventure dans la catégorie supérieure : l’Eurocup Formule Renault 2.0. Avec 200 chevaux pour 550 kg, c’est un véritable challenge dans lequel s’engage Richelmi, toujours chez Boutsen. « Mais la voiture n’allait pas. Au bout de 4 courses l’autre pilote est parti. Et notre ingénieur chargé de faire les réglages n’avait jamais travaillé sur ce genre de voiture. Bref, ça a été très difficile. » Pourtant Richelmi va quand même au bout de sa saison. Enrichissant. « Même si je n’avais pas la meilleure voiture, j’ai accroché une 15ème place sur 40 voitures au départ. » Pas si mal.

Tests
En 2008, changement d’écurie. Chez Epsilon, Richelmi trouve une voiture plus compétitive et plus stable aussi. Ce qui lui permet d’enchaîner des résultats assez encourageants et de marquer des points. Pourtant, les 4 pilotes de l’écurie ne sont pas tous satisfaits. Ce qui crée des tensions. Résultat, deux pilotes partent. Pas idéal pour la confiance. Mais pas question d’abandonner.
Une fois son bac décroché, Richelmi se voit proposer un autre défi : le responsable de l’écurie Epsilon qui a déjà travaillé en F3, propose de se lancer dans cette catégorie. Du coup, le Monégasque se retrouve aligné sur les trois dernières courses du championnat d’Europe de F3. « C’était vraiment dur. Je me suis battu en fond de grille. Sachant que devant, il y avait des pilotes qui luttaient pour décrocher un volant en F1. »
L’année suivante, en 2009, direction l’Angleterre, toujours avec l’écurie Epsilon. « Senna l’a fait à l’époque. Et beaucoup d’autres pilotes de F1 sont passés par là. » Pourtant, c’est la galère. Avec un ingénieur qui n’a jamais travaillé sur des F3, la saison est plus que délicate. « Les tests sous la pluie me permettaient de rentrer dans les 8 premiers. Mais je n’ai couru ensuite que sous le soleil ! Pourtant, en Angleterre d’habitude, il pleut… » A la moitié du championnat, Richelmi jette l’éponge. C’est à ce moment-là que RC Motorsport, une écurie italienne de F3 avec qui des tests avaient été effectués en 2008, reprend contact. Courant 2009, Richelmi rejoint donc Milan et le championnat italien de F3. Résultat : 3 podiums. « Ca fait du bien après des années compliquées. » 2009, c’est aussi l’année des rencontres qui comptent. Notamment avec l’ancien pilote français Cyrille Sauvage. Originaire de Cannes, Sauvage a notamment été aligné en Porsche Supercup, mais aussi en Formule Renault où il a remporté le championnat de France et l’Eurocup en 1995. A 39 ans, il se lance dans le management de pilotes. Richelmi est séduit. Du coup, en 2010, changement d’écurie avec la signature chez Lucidi Motorsport. Jusqu’à la dernière course, le Monégasque se bat pour le titre. Il gagne des courses. Mais il est finalement battu par le brésilien César Ramos et termine 2ème.

Trident
Il faut donc trouver la prochaine étape. « Avant la F1, il ne reste pas grand chose. On a soit la World Series by Renault, soit le GP2. » En 2011 Richelmi s’engage donc en World Series avec l’écurie Draco Racing. Un championnat très relevé, véritable antichambre de la F1, avec les vainqueurs des championnats de catégories inférieures. « Avec mon co-équipier, on commençait tous les deux en World Séries. Du coup, on n’avait pas de repères. Et puis le championnat était vraiment difficile, avec des pilotes qui sont aujourd’hui en F1, comme le Français Jean-Eric Vergne qui court chez Toro Rosso. Et pour finir, on n’avait pas non plus la meilleure voiture. Pas la pire non plus. Mais pas la meilleure… » Ce qui autorise Richelmi à se battre uniquement pour la 15ème place. En toute fin de saison, un autre pilote monégasque, Stefano Coletti, se blesse pendant le championnat de GP2 : son écurie Trident Racing cherche un pilote pour faire la dernière course. Comme Cyrille Sauvage connait bien Trident, c’est Richelmi qui fait office de remplaçant à Monza (Italie). Après 30 minutes d’essais libres, il faut découvrir la voiture lors des qualifications. Difficile. Finalement, le Monégasque termine 14ème sur 26. « Autour de moi, il y avait des pilotes comme Charles Pic ou Romain Grosjean. Cette expérience m’a redonné confiance. » Reste alors deux courses à faire en World Series pour finir la saison. Mais Richelmi a envie de faire du GP2. Du coup, il signe pour une saison chez Trident Racing. Avec des premiers tests en février, une première course en mars et une fin de championnat en septembre. « C’est très compact. Avec 12 week-ends de courses en 6 mois. »

Musculation
Le bilan de cette saison 2012 ? « Bon. Même si j’ai eu pas mal d’accrochages, sans que je sois responsable. Mais on a montré des bonnes choses, à la fois en qualifications et en course. D’ailleurs, en qualifications, à part sous la pluie, j’ai au pire fini 14ème et au mieux 3ème. Pour un pilote qui courrait sa première saison en GP2, je suis sans doute dans les deux meilleurs sur les qualifications. » Avec au final une 18ème place sur 26 pilotes, aujourd’hui Stéphane Richelmi est en pleine réflexion. Car il est en contact avec plusieurs écuries pour la saison 2013 de GP2. D’ailleurs, des tests sont prévus en octobre et en novembre. Alors que l’entraînement physique est aussi planifié avec un coach. « Impossible de faire du GP2 sans faire une préparation physique adaptée. » Il faut dire que l’effort physique est intense, avec des véhicules sans direction assistée, une température qui peut monter à 65°… Le physique de Richelmi, avec 1m74 et 58 kg, lui permet de résister. « J’ai la chance de pouvoir manger ce que je veux, je ne grossis pas. Je n’ai que 7 % de masse grasse. Du coup, je prends des protéines et je fais de la musculation pour prendre un peu de poids. Car si je suis trop léger, on leste la voiture avec de l’essence. Mais on perd alors en stabilité. Attention : pas question de faire du bodybuilding, sinon impossible de rentrer dans la voiture ! »

Carrière
En véritable fan de sport automobile, Richelmi avoue assez facilement une passion pour l’histoire de cette discipline. Et ses modèles sont très vite trouvés : « Ayrton Senna. Parce que c’était un perfectionniste, très professionnel. Et humainement quelqu’un de très généreux, capable de faire partager sa passion. Ensuite, j’ai beaucoup aimé le Finlandais Mika Häkkinen qui a pris sa retraite en 2007. Et aujourd’hui, j’aime bien un autre Finlandais, Kimi Räikkönen, qui a été champion du monde 2007. »
Des champions qui rappellent à ce jeune pilote monégasque l’objectif qu’il veut atteindre : piloter une F1. Quand ça ? « Je me donne encore 2 ans maximum pour décrocher un volant en F1. » Et si ça ne marche pas ? « Je me lancerai dans une carrière de pilote d’endurance où les pilotes sont payés. En World Touring Car Championship (WTCC), Deutsche Tourenwagen-Masters (DTM). Ou pourquoi pas aux Etats-Unis sinon ? »
_Raphaël Brun

>Richelmi Vs Coletti

Quand on interroge Stéphane Richelmi sur ses relations avec le second pilote monégasque engagé en GP2, Stefano Coletti, il affirme qu’elles sont plutôt bonnes : « Avec Stefano Coletti, on est potes. Mais on est aussi rivaux. Parce qu’on sait bien que si Monaco aide un pilote pour aller en F1, on ne pourra pas en aider deux. Et on veut tous les deux cette place. » Reste à savoir qui parviendra à s’imposer.
_R.B.