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Steiner, président
Nouvion, grand perdant ?

ELECTIONS/C’est un véritable séisme politique qui s’est produit le 27 avril. Christophe Steiner, ancien vice-président du conseil national, a été élu président face à Laurent Nouvion, lâché par une partie de ses troupes. Une tempête politique commencée il y a des mois, et qui risque de durer.

Les querelles politiques, les attaques personnelles et autres scissions de groupe ont toujours rythmé la vie du conseil national. Mais rarement avec une telle véhémence… À la séance publique du 27 avril, c’est une atmosphère particulièrement glaçante qui régnait dans l’hémicycle. Et pour cause : Laurent Nouvion n’a pas été réélu à son fauteuil de président. Poste qu’il occupait depuis trois ans. Avec 12 voix en sa faveur, c’est donc le challenger Christophe Steiner qui s’est imposé après deux tours de scrutin. Un scénario que les pro-Nouvion redoutaient. Et que les anti-Nouvion espéraient.

 

« Une présidence indigne »

Pendant plus d’une heure, c’est un véritable réquisitoire qu’a subi le président sortant. Si c’est Jean-François Robillon qui a « ouvert le feu » en pointant du doigt « une présidence indigne » et « désastreuse pour l’image du conseil national », les rafales de tirs les plus violentes sont surtout venues du camp Horizon Monaco. En particulier du frondeur Jean-Charles Allavena qui a été le premier à exprimer publiquement, et sans ménagement, sa défiance au président Nouvion. « Nous n’en sommes pas arrivés là par l’ambition personnelle d’un ou deux qui auraient tourné la tête à tous les autres. Ni par la manipulation de nos cerveaux par un quelconque homme de l’ombre ou mauvais génie, a-t-il lancé devant l’hémicycle. Nous en sommes arrivés là parce qu’après l’élection d’une très belle équipe emmenée par un grand leader de campagne, petit à petit la mécanique s’est grippée. Et, les uns après les autres, les élus ont fait le constat qu’un grand leader de campagne ne faisait pas obligatoirement un grand président. Ce n’est pas le même métier. » Exercice solitaire du pouvoir, absence de ligne politique claire sur les grands dossiers, manque d’écoute et de dialogue… Des griefs qui ont non seulement eu comme conséquence, selon l’élu, de « démotiver » les troupes, mais aussi de « décrédibiliser l’institution. » Selon Allavena, tous les élus ou presque, avaiENt pourtant, chacun à leur manière, tiré la sonnette d’alarme et dit au président Nouvion « qu’il y avait un problème de méthode » : « Aucun n’a été entendu, aucun changement n’est intervenu. « Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre » dit le proverbe. »

 

« Je suis peiné »

Du côté des frondeurs, pas question de parler de « complot ou de putsch » pour écarter Nouvion. Ils l’assurent : c’est « un vote démocratique conforme aux institutions ». L’analyse est en revanche bien plus amère chez les défenseurs du désormais ex-président. Claude Boisson n’a pas franchement trouvé la méthode des dissidents très « loyale » et « chevaleresque » : « Je suis peiné que certains aient oublié l’amitié qu’ils portaient à Laurent. Je suis déçu que la force, la dynamique de Horizon Monaco soit brisée. Dans un divorce, il y a toujours une conciliation. Ici : rien ! Tout s’est fait en coulisse ! Ce n’est pas bien ! Ce n’était ni le moment, ni la manière, a-t-il lancé devant ses collègues. Pas le moment en milieu de mandat, avec l’arrivée d’un nouveau ministre d’Etat, avec tant de textes de loi à l’étude, et en pleine négociation avec l’Union européenne. Personne n’a exprimé un avertissement à la hauteur de la situation et du choix actuel des dissidents. Ah, oui… sauf certains dans la presse… Quelle manière incorrecte, moche, et déloyale. »

 

« Votre projet, c’est d’être contre moi »

Mais l’un des moments les plus attendus et marquants de cette séance a été le discours de Laurent Nouvion. Discours intervenu juste avant le vote. Pour lui, pas de doute. Rien de démocratique dans ce qui se profile depuis des mois. C’est un « putsch », une démarche « irresponsable » et « incohérente », une « alliance contre-nature », « une conjuration » et même une « cabale » : « En me trahissant, vous avez trahi la confiance que les Monégasques nous ont accordée massivement en février 2013. Avec ce sinistre épisode dont vous portez l’entière et totale responsabilité, jamais le conseil national n’aura été autant déshonoré. » C’est ensuite Christophe Steiner, son allié politique de toujours, qui en a pris pour son grade : « Cher Christophe, toi qui a été mon compagnon de route dans l’opposition, toi qui a été mon vice-président, toi qui a été tout simplement mon ami, ainsi que ta famille, je te souhaite du courage et beaucoup de cynisme pour expliquer aux Monégasques que tu fais cela pour l’intérêt général, et pour débarrasser le conseil national d’une sorte de tyran que je serais devenu. »

 

« Traitement indigne »

Laurent Nouvion a ensuite clamé haut et fort qu’il n’avait pas « failli », pas « triché », pas « menti », ni commis « aucune faute lourde ou grave. » « Je ne mérite pas le traitement indigne que vous me faites subir depuis des mois. Les calomnies, les menaces à ceux qui me soutiennent, l’outrance, le mensonge et les manipulations en tout genre contre ma personne constituent en revanche des fautes morales et humaines inacceptables de votre part. De ta part. » Le président sortant, en est même convaincu : avec un Christophe Steiner aux manettes, le conseil national deviendra « un bateau ivre en proie aux ambitions personnelles, sans leader » : « Votre projet, c’est d’être contre moi ! Votre ambition c’est de vous placer vous-même, mais cela constitue tout sauf un programme politique crédible. » Après sa longue tirade, le président sortant a appelé une dernière fois les élus à faire preuve « de bon sens » et de ne pas participer à « cette trahison. » En vain. Même s’il a fallu deux tours de scrutin, Laurent Nouvion n’a pas été réélu président. Une première dans l’histoire du conseil national.

 

« Dépasser le clivage partisan »

De son côté, Christophe Steiner — refusant d’assister « en spectateur » au « naufrage » de l’institution — a donc préféré présenter sa candidature. Un choix « difficile », assure-t-il qui a demandé une longue réflexion. Désormais élu, son nouveau slogan est tout trouvé. Il veut être « le président de tous les élus. » Dans son tout premier discours de président, il a d’ailleurs invité chacun de ses collègues à dépasser « le clivage partisan stérile » qui ne fait que « générer des conflits, rancœur et division » : « Je vous demande à tous d’effacer ce clivage. Non pas de vous entendre sur tout, ni de devenir amis. Mais de prendre vos responsabilités et d’avoir le bon sens de dégager des majorités d’idées. Je vous demande de ne pas avoir l’œil rivé sur des échéances électorales mais de travailler ensemble. Je ne vous propose pas une armistice mais une paix. La paix c’est ce que Victor Hugo appelait : « La guerre des idées ». »

 

« La politique du pire »

Mais cet appel à l’apaisement va-t-il trouver un écho chez tous les élus ? Pas certain que cette guerre politique va s’arrêter de sitôt… C’est plutôt tout l’inverse qui se profile. Dans les minutes qui ont suivi l’élection de Christophe Steiner, Laurent Nouvion publiait déjà sur sa page Facebook un commentaire virulent dans lequel il estimait que le « résultat de cette recomposition, c’est la politique du pire, et la pire des politiques. Le conseil national sera ingouvernable ! » Dès le lendemain des élections, le même Laurent Nouvion en remettait une couche. Lors d’une conférence de presse, entouré de ses 7 soutiens — Béatrice Fresko-Rolfo, Jacques Rit, Christian Barilaro, Alain Ficini et Claude Boisson (Sophie Lavagna et Pierre Svara étaient excusés) — il a clairement redéfini son périmètre politique : « Je suis le leader de Horizon Monaco. Personne ne peut me l’enlever, et juridiquement parlant, il m’appartient. C’est une marque déposée jusqu’en 2028 », a insisté l’ancien président, qui, « libéré » de sa fonction, compte bien « reprendre sa totale et complète liberté de parole dans tous les domaines » : « Jusqu’à hier soir, j’ai couvert les 20 élus de HM. Y compris sur les bêtises, les dysfonctionnements, les manquements qui étaient les leurs. Aujourd’hui, c’est fini. Il va falloir que chacun s’assume. »

 

Statut pro de Steiner

L’ex-président ne s’est pas privé non plus d’adresser une nouvelle pique à son rival Christophe Steiner qui a été élu avec « seulement huit voix de son propre camp. » Ce qui le placerait comme le « président le plus mal élu de l’histoire du conseil national. Et avec des voix de la minorité… » Autre gros sujet de discorde qui risque d’animer les débats : le statut professionnel du nouveau président Christophe Steiner. Depuis mars 2005, ce dernier est chargé de mission auprès de la commission de contrôle des activités financières (CCAF). Pour les troupes HM, le problème institutionnel qui se pose est évident : « Le président Steiner est un fonctionnaire de l’administration qui, de par son statut, est sous l’autorité du ministre d’Etat. Je pense qu’on affaiblit le conseil national car il est en confrontation avec le gouvernement. Est-ce qu’il ne devrait pas se mettre en disponibilité de l’administration ?, s’est demandé l’élu Alain Ficini. On va avoir un président du conseil national fonctionnaire qui va attaquer son propre employeur. » Bref, de quoi parier que la guerre ne fait que (re) commencer…

_Sabrina Bonarrigo.

écrit par Milena