solar-impulse-3-solar-impulse-_-revillard-_-rezo-ch-3-2015_03_17_solar_impulse_2_rtw_3rd_flight_ahmedabad_to_varanasi_landing_revillard_24

Solar Impulse
inaugure l’ère du solaire

DÉFI/L’avion solaire a achevé son tour du monde. Cette réussite aéronautique, technologique et humaine montre l’efficience de ces technologies propres. Et ouvre déjà de nouvelles perspectives.

Il a amorcé sa silencieuse descente vers Abu Dhabi. Un bourdonnement électrique à peine plus fort que celui d’un planeur. Dans la nuit du lundi 25 au mardi 26 juillet, l’avion solaire Solar Impulse 2 s’est posé sur le tarmac de l’aéroport Al-Bateen, tel le grand condor en orichalque des Mystérieuses Cités d’or. Dix-septième et dernière étape d’un tour du monde initié le 9 mars 2015. « We made it ! », s’est exclamé le pilote Bertrand Piccard en ouvrant la porte de l’appareil, à l’issue de cet ultime atterrissage, attendu par son comparse André Borschberg. Les deux hommes s’étreignent. « On l’a fait, on l’a fait ! » Au centre de contrôle de Monaco, mêmes effusions de joie. Après avoir lancé son cri de guerre, le directeur de vol, Raymond Clerc, sabre le champagne. Les équipes techniques sont à la fête. C’est l’aboutissement de plus d’un an de vol. La planète met 365 jours pour effectuer sa révolution solaire ; Solar Impulse a pris 138 jours de plus pour effectuer la sienne autour de la Terre. Un tour du monde de 43 000 kilomètres sans la moindre goutte de carburant ni émission de gaz. La concrétisation d’un rêve que nourrit Bertrand Piccard depuis dix-sept ans. C’est en 1999, en plein tour du monde en ballon, que naissent les prémisses de ce tour du monde en avion solaire. « J’ai failli rater à cause du carburant. À l’atterrissage, il me restait 40 kg de gaz sur 3 700 », raconte l’explorateur. Il réalise qu’il faut « se libérer de la dépendance énergétique ». Les technologies sont encore balbutiantes. En 2002, Piccard commande une étude de faisabilité à l’école polytechnique de Lausanne. L’homme chargé de la réaliser n’est autre qu’André Borschberg. « L’école a été enthousiasmée par cette idée », se souvient l’ingénieur passionné par l’aéronautique et l’innovation. « Ce qui l’intéressait le plus, c’était l’aventure technologique », confirme Piccard. De cette rencontre naît une fructueuse collaboration. « J’ai senti que nos chemins se croisaient, et qu’il ne fallait pas que je le loupe », explique Borschberg. L’ingénieur et ancien pilote de chasse de l’armée suisse dirige l’équipe technique sur la conception de l’avion pendant que l’explorateur part en quête de financements.

solar-impulse-1-solar-impulse-1-rtw_solar_impulse_2_before_take-off_for_the_leg_1_of_the_first_round-the-world_solar_flight_2015_03_09__

Le 9 mars 2015, Solar Impulse quitte Abu Dhabi. Aux commandes de ce premier des dix-sept vols du tour du monde solaire, André Borschberg.

solar-impulse-2-solar-impulse-_-stefatou-_-rezo-ch-2-2015_03_10_solar_impulse_2_rtw_2nd_flight_muscat_to_ahmedabad_take-off_stefatou-0329

Tout juste arrivé en Oman, l’avion solaire repart, piloté par Bertrand Piccard. Direction l’Inde, où il atterrit quinze heures plus tard.

solar-impulse-4-solar-impulse-_-revillard-rezo-ch-4-2015_03_19_solar_impulse_2_rtw_4th_flight_varanasi_to_mandalay_take-off_revillard-2015_03_18_4

Dernier contrôle des équipes techniques avant le décollage pour la Birmanie. C’est cette quatrième étape qui détient le record de vitesse moyenne, avec 103,9 km/h.

solar-impulse-5-solar-impulse-_-stefatou-_-rezo-ch-5-2015_03_30_solar_impulse_2_rtw_5th_flight_mandalay_to_chongqing_take-off_stefatou-08

Direction la Chine. Le 29 mars, l’avion solaire sort de son hangar gonflable, qui le suit à chacun de ses déplacements pour s’abriter entre les vols.

solar-impulse-6-solar-impulse-_-pizzolante-6-2015_04_21_solar_impulse_2_rtw_6th_flight_chongqing_to_nanjing_take-off_pizzolante-00813

20 avril, tombée de la nuit. Solar Impulse s’apprête à traverser la Chine. Il a fallu près d’un mois pour trouver une fenêtre météorologique satisfaisante.

solar-impulse-8-solar-impulse-_-revillard-_-rezo-ch-8-img_1443

Après cinq jours de vol, Borschberg se pose à Hawaii le 3 juillet. C’est la huitième et dernière étape de 2015, et la plus longue : 7 212 kilomètres. À cause d’un problème de batterie, l’avion doit laisser passer l’hiver pour reprendre son tour du monde.

 

Binôme complémentaire

« On a des désirs différents, des manières de fonctionner et de réfléchir différentes », estime Piccard. Les comparses se complètent, s’enrichissent mutuellement. « J’ai lancé ce projet avant d’avoir mon brevet de pilote. André ne savait pas tenir un discours ou une conférence. » Une complémentarité que l’on retrouve même dans la répartition des vols sur Solar Impulse. « Bertrand a réalisé le dernier vol », symbolique pour celui qui a initié ce projet. André a décollé le premier, pour ce qu’il qualifie d’un « vol technique ». « Nous avons fini l’avion en mars 2015. C’était encore un vol d’essai », estime-t-il. Bien sûr, le tandem entretient aussi une pointe de rivalité. « Le but n’était pas de se battre l’un contre l’autre mais contre soi-même », explique l’explorateur. Et ce n’était pas un mince combat. « Il y a des jours où j’y croyais plus que d’autres », concède Piccard. Les moments éprouvants ont été nombreux : retards, coûts supplémentaires, problèmes météorologiques comme technologiques… « C’était plus long et difficile que ce que j’imaginais », souffle l’explorateur. Lors du dernier vol, Piccard était encore « plus tendu que pendant toutes ses traversées ». L’arrivée à Abu Dhabi est vécue comme un soulagement. Un soulagement, mais également une réussite historique. Les 17 000 cellules photovoltaïques sont une fantastique plate-forme de communication de promotion des énergies propres, que les équipes ont su maîtriser. Le hashtag #FutureIsClean a fait le tour du monde aux rythmes des étapes de Solar Impulse. Et a permis de fédérer tous les partenaires de cette aventure solaire. « Ils participent à un projet dans lequel ils croient », se félicite Piccard. La Principauté en fait partie. « Monaco est le plus bel endroit possible pour le centre de contrôle », reconnaît l’explorateur suisse, qui loue des liens forts entre Solar Impulse et la Fondation prince Albert II. « Albert est un ami depuis quinze ans. Il m’a demandé conseil lors de la création de sa fondation. Il est venu voir la construction de l’avion, son baptême, le premier vol. Il nous a permis de concrétiser l’histoire. »

solar-impulse-9-solar-impulse-_-revillard-_-rezo-ch-9-2016_04_23_landing_moffet10

Le 21 avril 2016, l’oiseau solaire reprend son tour du monde. Piccard finit cette traversée du Pacifique par un magnifique survol au-dessus du Golden Gate de San Francisco.

solar-impulse-12-solar-impulse-_-revillard-_-rezo-ch-12-2016_05_21_solar_impulse_2_rtw_12th_leg_tulsa_to_dayton_landing_solar_impulse_2_7918

Dayton, Ohio. Bertrand Piccard et André Borschberg rendent hommage aux frères Wright, pionniers de l’aviation, en brandissant une maquette de leur avion dans leur ville d’origine.

solar-impulse-13-solar-impulse-13-2016_05_25_gopro_landing_lehigh_valley_208

Selfie de l’extrême pour Bertrand Piccard depuis son cockpit, alors qu’il survole l’Est des États-Unis en chemin pour Lehigh Valley, en Pennsylvanie, où il atterrit le 26 mai.

solar-impulse-15-solar-impulse-15-agu_2476

Le 23 juin à Séville, en Espagne, c’est la Patrulla Águila qui accueille l’avion solaire après une traversée de l’Atlantique de plus de 70 heures de vol.

solar-impulse-16-solar-impulse-_-revillard-_-rezo-ch-16-28277947665_c89b8cccd9_o

Autre moment-clé d’une communication bien rodée, le survol des pyramides égyptiennes le 23 juillet, avant de se poser au Caire, la pénultième étape de Solar Impulse.

solar-impulse-17-solar-impulse-17-rtw_solar_impulse_2_bertrand_piccard_takes_a_picture_over_the_red_sea_2016_07_25

Retour au point de départ de cette aventure solaire : Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis. À cette altitude, la terre semble plus ronde que jamais, et l’avion en a réussi le tour.

 

Drones sans pilote

L’histoire, elle, est encore à écrire. Avec ce tour du monde réussi, Piccard et Borschberg ouvrent une page blanche dans le domaine des énergies propres. Le projet, grâce à son énorme retentissement médiatique, a suscité des émules. La Nasa et Airbus s’intéressent à l’efficience de ces énergies dans le domaine de l’aéronautique. Aquila, l’avion solaire sans pilote de Facebook, a réussi son premier vol quatre jours avant l’atterrissage de Solar Impulse. « Les gouvernements comme les entreprises réalisent que les technologies ne sont pas anecdotiques. Solar Impulse les a crédibilisées », lance Piccard. Le binôme planche lui-même sur un avion sans pilote qui a pour but, en volant dans la stratosphère, d’offrir un complément aux satellites vieillissants et polluants. « Une sorte de Solar Impulse, à 20 kilomètres d’altitude, pour travailler sur l’observation aérienne ou les télécoms, et qui peut rester en l’air des mois, voire des années. » Bertrand Piccard évoque aussi la création d’un Comité international des technologies propres, une « voix commune pour trouver les solutions les plus rentables et pousser dans des politiques énergétiques ambitieuses ». Prouver que les technologies propres ne sont pas incompatibles avec les bénéfices économiques : elles sont performantes, génèrent des emplois. « On se complait dans nos problèmes alors qu’on a toutes les solutions à portée de main. C’est démoralisant. Les gens ne se rendent pas compte », déplore Piccard. Et de prendre pour exemple son bébé. « Le rendement du moteur de Solar Impulse est de 97 %. Sur un moteur à combustion, on est à 27 %. Tout notre monde continue sur des vieilles technologies. Il faut changer ça plutôt que notre mode de vie. C’est un investissement rentable », assure-t-il. Pour continuer à faire passer son message écologique, l’aventure Solar Impulse se décline sur tous les supports. « On travaille sur un livre [dont la parution est prévu cet automne, N.D.L.R.], sur des films », confie André Borschberg.

 

écrit par Aymeric