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Société des Bains de mer
Encore une année de pertes 

Bilan/La société des Bains de mer a présenté son exercice 2016-2017. Le groupe a encore creusé son déficit avec une perte de 32,8 millions d’euros, contre 31 millions l’exercice précédent. Les jeux de table et les jeux en ligne sont les secteurs les plus en souffrance.

Lorsque la SBM fait le bilan des comptes, c’est un peu toujours la soupe à la grimace… Cette année ne déroge pas à la règle. Les caisses du casinotier et hôtelier monégasque sont encore dans le rouge. Pour son exercice 2016-2017, le groupe vient d’enregistrer une perte de 32,8 millions d’euros, contre 31 millions l’exercice précédent (1). Même topo pour le chiffre d’affaires qui passe de 461,4 millions d’euros en 2015-2016, à 458,8 millions d’euros pour cet exercice. Pour autant, malgré ces années de pertes consécutives, les dirigeants ne semblent pas foncièrement alarmistes… Biamonti se dit même « infiniment plus optimiste » que l’année dernière. Et va jusqu’à présager une « profitabilité » retrouvée d’ici deux à trois ans. « L’an dernier, à la même époque, je vous disais qu’on ne voyait pas le bout du tunnel. Cette année, on le voit. Et il s’agrandit tous les jours. » Tout autre son de cloche en revanche du côté des élus du conseil national qui voyaient parfaitement venir cette nouvelle année en berne : « Elle est conforme à nos prévisions… oserai-je dire à nos craintes ! Les déclarations sans convictions, résignées, prédisant l’amélioration pour l’(es) année(s) prochaine(s) sont mises en défaut par la réalité des chiffres », estime l’élu de la Nouvelle majorité, Christophe Robino.

Au milieu du guet

Comment expliquer l’état encore calamiteux des comptes de la SBM ? Pour le groupe, pas de doute. Les investissements colossaux engagés pour la rénovation de l’Hôtel de Paris et la création du complexe immobilier One Monte-Carlo ont considérablement pesé. « En cumulé, sur le One Monte-Carlo, nous avons déjà investi 168 millions d’euros et sur l’Hôtel de Paris, 122 millions d’euros, précise Biamonti. Nous savions que ces travaux allaient créer des difficultés sur la société. On en assume les conséquences »(2). Une justification qui semble oublier que les pertes étaient constatées avant le démarrage des travaux et que le groupe enchaîne les exercices déficitaires depuis déjà 2010-2011. Autre constat : l’Hôtel de Paris, dont la capacité d’accueil a été considérablement réduite (une trentaine de chambres disponibles au mois de juin sur un total de 190) a, à lui seul, causé une perte de 17 millions d’euros sur l’exercice écoulé. Même somme l’année précédente. Au point que selon la SBM, les « pertes seront supérieures à 50 millions d’euros » sur la durée totale des travaux. La SBM s’estime ainsi « au milieu du guet » et avoir passé les deux années les plus difficiles. « La nouvelle année qui a débuté le 1er avril 2017 va être bien plus positive. Les deux premiers mois sont en tout cas meilleurs que ceux de l’année dernière ».

« Le secteur qui a le plus souffert »

Si les comptes ont autant plongé, c’est aussi en raison du secteur jeux, dont le chiffre d’affaires a baissé de 6 %, (201,7 millions d’euros en 2016-2017, contre 213,6 millions d’euros l’exercice précédent). « C’est le secteur qui a le plus souffert, reconnaît Jean-Luc Biamonti. Je suis bien sûr inquiet. Il y a un décrochage sévère. Le gros de la chute se situe au niveau des jeux de table (-9 %). Les appareils automatiques ont en revanche bien tenu (-3 %). » Pour la SBM, deux facteurs principaux expliquent cette dégringolade. D’une part, « un taux de redistribution plus favorable aux joueurs ». D’autre part, les coûts inhérents aux nouvelles conventions collectives des jeux de table et appareils automatiques qui engendrent « des coûts additionnels de 10,1 millions d’euros pour l’exercice 2016/2017 contre 11,3 millions d’euros pour l’exercice précédent. » Une crise qui inquiète très sérieusement les élus : « Les secteurs hôteliers et locatifs vont mieux, mais le cœur de la SBM, lui, est en train de s’arrêter… », déplore Christophe Robino, avant d’énumérer les conséquences sociales directes de ces nouvelles conventions collectives : « Il y a eu beaucoup plus de départ en retraite que prévu, les recrutements n’ont été que partiellement anticipés, freinant les promotions au sein de l’entreprise, obligeant à rappeler des employés sur leur temps de repos et créant des carences au niveau de l’encadrement des jeux. Le malaise social est palpable au sein de l’entreprise : absentéisme, inquiétude pour l’avenir. Tout ça n’est sûrement pas propice à la performance et au dialogue. »

Smoking et Aston Martin

Selon certains élus, ce sont même les revenus de l’immobilier qui paient le salaire des croupiers. L’élu Union Monégasque, qui le premier a fait cette analyse, en est encore convaincu : « Ce n’est pas une hypothèse, mais bien la réalité. Historiquement, les jeux ont fait la richesse de la Principauté et de la SBM. Actuellement, les jeux perdent de l’argent, l’hôtellerie et l’immobilier en gagnent. » Une vision que le directeur-délégué partage à demi-mot : « C’est un propos un peu polémique. Mais ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, lorsque vous voyez les chiffres, les jeux ne sont pas autosuffisants. Ce secteur est très concurrentiel avec des changements constants de réglementation qui nous sont plutôt défavorables. On a un peu de mal à s’adapter. Mais, honnêtement, je crois que ça va repartir. » Comment ? En revenant à des prestations haut de gamme : « Il faut presque revenir à James Bond, le smoking et l’Aston Martin (rires). Ce que je veux dire par là, c’est que l’on va s’éloigner des shorts et des tongs pour revenir à quelque chose d’un peu plus haut de gamme. »

Pour illustrer ce retour aux fondamentaux, Biamonti a rappelé le « grand dîner » organisé au mois d’avril dernier dans les salles du casino. À cette soirée, ont été conviés jusqu’à 80 des plus gros clients de la SBM. Tout cela en présence du prince : « C’était le “Monaco is back”. C’était très chic et très élégant. Quelque chose que l’on ne peut voir qu’à Monaco. Chaque plat était un spectacle en soi. Cela a énormément plu à nos clients. »

Relance des clients inactifs

Pour choyer les flambeurs, la SBM a également désigné une personne entièrement dédiée aux 100 plus gros clients. Et pour faire revenir les anciens flambeurs qui ont déserté les tapis de jeux, Pascal Camia et son équipe n’hésitent plus à les relancer directement. « Ils ont repris le listing de ces clients inactifs et petit à petit, les ont rappelés pour comprendre ce qui s’était passé, explique Biamonti qui assure aussi donner de sa personne. Je me rends à tous les comités de jeux. Je m’occupe directement d’un certain nombre de clients. Je vais à Abu Dhabi pour aller les chercher. Bref, on se bat ». Grâce au partenariat engagé avec Galaxy entertainment group, la SBM mise aussi de plus en plus sur la clientèle asiatique qui vient par petits groupes dépenser leur argent à Monaco.

Betclic, en détresse

Pour rattraper le coup, la SBM peut-elle compter sur les jeux en ligne ? Pas vraiment. Betclic a en effet connu une année difficile pour deux raisons. D’abord, une concurrence accrue en France avec l’arrivée de nouveaux acteurs qui ont attaqué ce marché et qui n’étaient pas présents dans les partis sportifs. « Je pense notamment à Winamax qui était un acteur purement poker et qui a décidé de rentrer dans les paris sportifs », précise Biamonti. Autre acteur : Unibet qui a décidé d’attaquer ce marché « assez agressivement » selon la SBM. « Quand vous avez deux nouveaux entrants sur les partis sportifs dans un marché comme la France, ça se traduit par une guerre des prix. Ils donnent des cotes de plus en plus favorables. On est obligés de s’aligner, sinon on perd beaucoup de clientèle. » Pour rectifier le tir, la SBM a donc changé de management en faisant revenir Nicolas Béraud, le fondateur de Betclic. « Depuis deux mois, on voit vraiment une amélioration des chiffres. Notamment une baisse de la volatilité des résultats. Depuis le début du nouvel exercice, c’est-à-dire le 1er avril, on est largement au dessus de l’année dernière », assure Biamonti. En attendant la confirmation de cette embellie, la stratégie de miser sur les jeux en ligne est clairement remise en cause par certains : « Avec le recul, la SBM n’aurait jamais dû rentrer dans Betclic, estime Jean-Michel Rapaire du groupe Renaissance. La SBM aurait encore de la trésorerie. Et la vente des actions Wynn Resorts n’aurait pas servi à éponger le désastre Betclic. » Comme à chaque bilan des comptes, on cherche aussi à établir des responsabilités. Selon Rapaire, les coupables de cette situation sont tout trouvés : « L’équipe dirigeante, le conseil d’administration et l’Etat, qui est l’actionnaire majoritaire. » Pour l’élu Thierry Crovetto aussi, il est « plus que temps que l’actionnaire majoritaire prenne acte de l’échec du management et prenne les décisions qui s’imposent, avant que ce ne soit trop tard. »

_Sabrina Bonarrigo

(1) Exercice clos au 31 mars. Le résultat net consolidé s’établit à -36,4 millions d’euros contre -29,1 millions en 2015-2016.
(2) Au cours de l’exercice 2016-2017, 45 millions d’euros ont été dépensés pour le One Monte-Carlo et 74 millions d’euros pour la rénovation de l’Hôtel de Paris.

COUP DE POKER/

Bruno Mars, « un carton »

Pour la marque Jimmy’z, pas question d’être absent durant le Grand prix. C’est pourquoi, un “Jimmy’z bis” a été reconstitué dans la salle des Palmiers du Sporting d’été. A cette occasion, la SBM a convié un invité prestigieux et forcément très coûteux : le chanteur Bruno Mars. « Pour être à l’équilibre financier sur ces 4 jours, il fallait que l’on réalise un chiffre d’affaires d’1,2 million. Le premier soir, on a fait 26 000 euros. Au bout de quatre soirs… 1,8 million. C’était donc une bonne décision. Il y avait une concurrence folle cette nuit-là. On a pris le risque et on a fait un carton », se réjouit Biamonti. _S.B.

ASIE/

Café de Paris à Macao : ouverture en octobre ?

La réplique du Café de Paris à Macao devrait ouvrir ses portes en octobre prochain. L’enseigne monégasque — ouverte 18h/24 — sera située dans le très luxueux et très fréquenté “resort” Galaxy Macau et pourra accueillir de 100 à 120 couverts. Les dirigeants de la SBM profiteront de l’inauguration de cet établissement pour se rendre ensuite au Japon qui a récemment autorisé la création de Resort intégrés intégrant des casinos. « On ira passer quelques jours avec Galaxy pour faire du lobbying », a précisé Biamonti. _S.B.

 

EN BREF/

Le top 5 des nationalités

Comme l’année dernière, la clientèle française est la plus représentée à la SBM (21 %) suvie de la Russie (13 %). Viennent ensuite les Etats-Unis (13 %), l’Italie (11 %), et la Grande-Bretagne (10 %).

CA en hausse dans l’hôtellerie

Malgré la capacité d’accueil réduite de l’Hôtel de Paris durant les travaux et l’impact des attentats survenus à Nice le 14 juillet 2016, le chiffre d’affaires hôtelier a bien résisté et s’établit à 218,5 millions d’euros contre 213,2 millions d’euros l’exercice précédent. Une évolution liée notamment au passage à la rémunération fixe des salariés qui s’est traduit selon la SBM « par une hausse du chiffre d’affaires de près de 4 millions d’euros. » 

+ 9% pour le locatif

Le secteur locatif, qui englobe la location de boutiques et de bureaux ainsi que les résidences du Monte-Carlo Bay, du Balmoral et des nouvelles villas du Sporting, présente un chiffre d’affaires de 39,4 millions d’euros. Soit une augmentation de 9 % par rapport à l’an passé.