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Séries télé
Un succès très calculé

ECONOMIE / Homeland, The Walking Dead, Game of Thrones… Pourquoi les séries cartonnent à la télé ? C’est la question posée par L’Obs’ aux experts du festival télé organisé en juin au Grimaldi Forum.

Dès que l’on se penche sur un programme télé, les cases horaires, auparavant réservées aux films, donnent aujourd’hui de plus en plus de place aux séries télévisées. Si certaines sont présentes dans le paysage audiovisuel depuis des années, d’autres font leur apparition pour s’y installer de manière plus ou moins durable. Les feux de l’amour ont ainsi fêté leur 40 ans, tandis que la mythique série Dallas revient avec un sérieux lifting, malgré sa déprogrammation momentanée par TF1. D’autres, comme Esprits Criminels, Dexter, NCIS, NCIS Los Angeles ou Les Experts enchaînent les saisons depuis presque 10 ans. De nouvelles séries ont été lancées bien sûr. Notamment Scandal, The Walking Dead ou Game of Thrones. Les chaînes payantes n’hésitent pas à miser sur ces produits télévisuels, comme Game of Thrones, achetée par Orange et Canal +. Ou Vikings, une série diffusée par Canal + quelques jours seulement après sa diffusion américaine.

Filon
Il y a 10 ou 15 ans, les séries ne se différenciaient guère les unes des autres. Les séries policières étaient déclinées sous différentes formes. Des agents en tenue de Pacific Blue aux policiers en civil des Dessous de Palm Beach. A côté de cela, les séries du type Les feux de l’amour étaient nombreuses. Et on se rappellera notamment les Melrose Place, Sunset Beach et autre Amour, gloire et beauté.
Aujourd’hui, les thèmes auparavant « réservés » au cinéma se transposent à la télévision. Une idée que l’actrice Béatrice Rosen, connue pour ses participations à des films comme The Dark Knight ou 2012, semble partager : « Le paysage audiovisuel est en train d’évoluer », confie-t-elle. Désormais, séries policières, serials killers, péplum et autres séries historiques s’imposent à la télé. Si la science-fiction a eu de belles heures avec Star Trek notamment, le filon se renouvelle avec des séries comme Falling Skies ou Revolution, où le thème de la famille est d’ailleurs mis au premier plan. Un point essentiel pour accrocher le spectateur et s’assurer d’une bonne rentabilité du produit.

Fidéliser
Si les séries marchent fort aujourd’hui, c’est parce que de gros moyens sont mis en œuvre. Donc pas question de perdre le téléspectateur en route. Il faut le fidéliser à tout prix pour s’assurer de belles audiences. Tout est donc fait pour que l’on puisse se projeter « et suivre l’évolution et le développement du personnage », comme l’explique à L’Obs’ Joe Mantegna d’Esprits Criminels.
Ce qui ne signifie pas pour autant que les producteurs cherchent à être très innovants. Souvent, ils préfèrent miser sur la transposition de thématiques appréciées du grand public sur petit écran ou l’adaptation d’histoires biens connues, parfois déjà traitées au cinéma. Avec une seule idée en tête : minimiser la prise de risques. Et donc la perte d’argent. Car la crise touche aussi Hollywood. Et si les studios ont toujours cherché le profit, quelle que soit l’époque, cette tendance a aujourd’hui atteint un niveau jamais vu auparavant. Du coup, les épisodes pilotes commandés chaque année sont de plus en plus nombreux, comme l’indique à L’Obs’ Béatrice Rosen : « Il y a énormément de pilotes commandés chaque année. Et le nombre de séries retenues est tout petit par rapport à ce qui est fait. C’est un vrai laboratoire expérimental

REVOLUTION / Si la science-fiction a eu de belles heures avec Star Trek notamment, le filon se renouvelle avec des séries comme Falling Skies ou Revolution (ici en photo). © Photo L’Obs’

Audiences
Résultat, la ligne de démarcation entre les créatifs et les businessmen semble avoir disparue. Comme au au cinéma, le principe de la franchise est exploité un maximum, tant qu’il marche. Le plus bel exemple est celui des Experts, décliné avec Les Experts Manhattan et Les Experts Miami. Même chose avec New York, Police Judiciaire et New York Unité Spéciale.
Autre phénomène : les séries sont dilatées à l’extrême, quitte à faire la saison de trop. On pense ici à How I Met Your Mother, qui va démarrer sa neuvième et dernière saison, tout simplement parce que les audiences ne suivent plus. Lorsqu’un produit n’est plus rentable, il disparait. C’est la loi de l’industrie des séries télé. Même logique pour la huitième et dernière saison de Dexter, qui a connu une chute d’audience au cours des saisons 6 et 7.

Recettes
Pour les chaines de télé, c’est bien sûr la publicité diffusée autour des séries qui rapporte des sommes astronomiques. D’après le site spécialisé Yata, Les Experts auraient rapporté plus de 1,2 milliard d’euros bruts de recettes à TF1 de 2005 à 2010. Alors que M6 aurait perçu 530 millions grâce à NCIS.
Quant aux studios qui produisent, le coût de fabrication d’un épisode est estimé entre 1,5 et 4 millions de dollars. Vendues ensuite aux chaînes du monde entier, la rentabilité est démultipliée selon le nombre de pays qui achètent. Exemple : Les Experts ont été vendus dans plus de 100 pays…
Dernière source de recettes : les ventes de produits dérivés. Notamment les coffrets DVD et blu-rays dont les ventes étaient en baisse en 2010 à 262 millions d’euros selon GFK. Sans oublier les services de vidéo à la demande (VOD) permettant de voir une série en ligne pour environ 2 euros par épisode. Internet semble promis à un bel avenir pour la diffusion de séries télé. D’ailleurs, des épisodes pilotes ont déjà été diffusés sur le web avant la télévision.

Sexe
Une certitude, la recette qui consiste à s’inspirer des succès du cinéma est devenue une règle qui a fait ses preuves. Largement dopé par le succès de la triologie Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, la série Game Of Thrones, révélée en 2011 au Festival télé de Monte-Carlo, bat chaque année des records d’audience.
Du coup, on continue de creuser ce filon jusqu’à son épuisement. Dernier exemple en date : la chaîne History qui a récemment sorti Vikings. History pourrait aussi lancer une production, proposée par un ami producteur de Tom Berenger, qui explique à L’Obs’ ce projet : « C’est une série basée sur l’histoire de pilotes de chasse américains, qui, lors de la seconde guerre mondiale, faisaient partie d’une escouade aidant les Chinois contre les Japonais. C’est vraiment très bon
Rome, Spartacus, ou Borgia surfent aussi sur une autre vague : celle du péplum. Des productions qui misent aussi sur le sexe et la violence. Une liberté nouvelle que s’offre la télévision. « Je pense que c’est sociétal. Et que le monde d’aujourd’hui rejaillit sur la fiction et donc la télévision », estime l’actrice Anne Charrier, vue dans Maison Close sur Canal+. Une violence toujours plus forte, notamment dans des séries comme The Walking Dead, Sons of Anarchy ou plus récemment Arrow.

Echec
Avec Arrow, Warner Bros Television n’a pas pris beaucoup plus de risques que les autres studios. En jouant la carte du succès engrangé par la trilogie Batman de Christopher Nolan, le succès semblait presque évident. Un héros sombre, des scènes parfois violentes et une morale parfois toute relative suffisent.
Un succès qui n’a échappé à personne et qui donne des idées. Cette adaptation pourrait amorcer le début d’un mouvement. Des héros comme « Aquaman ou Flash pourraient tout à fait avoir leur série », révèle Stephen Amell, l’acteur canadien qui interprète le rôle titre d’Arrow.
Mais malgré toutes les précautions marketing du monde, on ne gagne pas à tous les coups. D’autres adaptations de BD ont connu l’échec. Notamment XIII, produit par Canal+, dont la deuxième saison a été catastrophique. Stuart Townsend, qui jouait le rôle de XIII, avoue même à L’Obs’ que « c’était très confus pour les gens, moi y compris. Peut-être même plus pour moi que pour les autres ! ».

MAD MAX / Olivier Marchal, à l’origine de la série Braquo, travaille sur « Section 0, une série d’anticipation à la Mad Max où les flics sont tatoués, avec des mustangs grillagées, prêts à combattre à n’importe quel instant. » © Photo L’Obs’.

Mogwai

Pour une bonne adaptation de BD, le créateur de XIII, Jean Van Hamme, estime qu’il n’y a pas de secret : « Il y a des BD où les scénarios sont très bien et il faut les utiliser. Il est préférable d’utiliser les meilleurs albums de BD. » Si les productions américaines trustent le devant de la scène, les séries françaises montent en gamme. On pense par exemple à l’excellente série créée par Fabrice Gobert, Les Revenants, diffusée en novembre 2012 sur Canal+ et dont les 8 épisodes ont attiré en moyenne 1,4 million d’abonnés. Les Revenants est devenue la création originale la plus suivie de la chaîne cryptée, avec une jolie bande son signée Mogwai. Le tournage des 8 épisodes de la saison 2 débutera en février 2014, pour une diffusion au mieux à l’automne 2014.

Retard
Une passerelle existe donc aujourd’hui entre le cinéma et la télévision. Si les Américains n’ont jamais eu trop de problème pour effectuer ces allers-retours, les Français ont mis plus de temps. Aujourd’hui, plusieurs acteurs français s’y sont lancés, avec plus ou moins de succès. Jean Reno n’a pas connu le succès espéré avec Jo. La sanction est immédiate : pas de saison 2. En revanche le No Limit de Luc Besson, avec Vincent Elbaz comme interprète principal, s’est vu prolonger de deux saisons.
Si beaucoup de séries télé sont produites par Canal+ qui lance d’ailleurs fin septembre sa chaîne spécialisée, Canal+ Séries (voir encadré), d’autres chaines offrent des programmes de qualité. Arte a par exemple diffusé Hatufim, l’excellente série israélienne qui a inspiré aux américains le carton d’audience Homeland. Paris Première a proposé en 2011 The Killing, une série américaine inspirée par la brillante série danoise Forbrydelsen.

Braquo
« La fiction française n’a rien à envier aux Américains. On a Engrenages qui est super, Les Revenants qui est très bon », souligne le réalisateur Olivier Marchal, père de la première saison de Braquo. Cet ex-flic a d’ailleurs un projet : « Section 0, une série d’anticipation à la Mad Max où les flics sont tatoués, avec des mustangs grillagées, prêts à combattre à n’importe quel instant. » Une série à des années lumières des 2 265 épisodes connus à ce jour de Plus belle la vie
_Romain Chardan et Raphaël Brun

 

Produire ou pas ?/

Un algorithme pour décider

Créée en 2004, RelativityMedia et son patron Ryan Kavanaugh, 38 ans, se sont lancés dans la production de films, comme 300 (2007) ou Mon beau-père et nous (2010). Sa filiale, RelativityReal, lancée en 2008, est spécialisée dans la télé réalité avec des programmes vendus à MTV ou Showtime. Leur projet ? Financer des séries adaptées de leurs films, notamment Limitless, Act of Valour ou Haywire.
Prise de risque minimale, donc. Et pour minimiser encore les risques, Kavanaugh utiliserait selon Les Inrocks un algorithme capable d’analyser et de noter chaque scénario qui lui est soumis. Si le scénario n’atteint pas un seuil minimum, il est mis à la poubelle. Pas sûr que cette méthode plaise beaucoup au président du syndicat des scénaristes, le Writers Guild of America (WGA), Patric Verrone. En 2008, le WGA n’a pas hésité à lancer un mouvement de grève des scénaristes des séries télévisées. Coût de ce conflit selon Variety : 1,5 milliard de dollars pour l’économie du comté de Los Angeles et 1,9 million de dollars pour les chaînes américaines en 13 semaines de conflit._R.B.

Série

> Canal+ lance Canal+ Séries

Canal+ a confirmé le 3 juillet le lancement d’une chaîne spécialisée dans les séries télé. Canal+ Séries est disponible depuis le 21 septembre à partir d’un abonnement classique à 39,90 euros mensuel qui propose Canal+, Canal+ Cinéma, Canal+ Décalé, Canal+ Family et Canal+ Sport. Objectif pour la chaîne cryptée : s’imposer sur un marché en plein essor en s’appuyant sur une grille construite autour d’une trentaine de séries originales par an. A noter que certaines productions seront diffusées seulement deux à cinq jours après leur diffusion sur les chaînes américaines. Orienté vers les séries plus pointues, Canal+ Séries sera privée des programmes qui cartonnent, comme Homeland qui restera sur Canal+. En 2012, selon Le Monde, Canal+ a perdu 80 000 abonnés._R.B.