SBM

SBM : toujours des pertes !

ECONOMIE/Face à un énième dernier exercice dans le rouge, avec un résultat net plongeant à -31 millions d’euros, la Société des bains de mer est obligée de remonter la pente. Le seul secteur à vraiment tirer son épingle du jeu est l’immobilier.

 

Macao a déjà sa Tour Eiffel, crépitant la nuit. L’empire du jeu ouvrira bientôt son Café de Paris, à savoir au premier semestre 2017. Premier fruit de la collaboration de la Société des bains de mer et de son actionnaire minoritaire, Galaxy Entertainment Group (GEG), ce Café de Paris asiatique ne sera pas une réplique à 100 % du modèle monégasque. « Il n’y a pas de terrasse, par exemple, mais les codes (de l’établissement original) seront respectés », a annoncé Jean-Luc Biamonti, lors d’une conférence de presse mi-juin. Depuis l’augmentation de capital de la SBM, symbolisant l’entrée du casinotier et du groupe de luxe de Bernard Arnault, LVMH, d’aucuns attendaient les signes de la synergie tant espérée avec ces nouveaux investisseurs. C’est du côté de l’Extrême-Orient qu’il faut les chercher. « GEG, qui a pris 5 % du capital, a signé un accord de coopération. En plus de la création d’un Café de Paris à Macao, on a prévu de développer l’accès à la clientèle chinoise. L’Asie fait partie de nos priorités. Il existe déjà un flot naturel de cette clientèle dû à la croissance. Mais ces clients ne représentent que 6 % de notre activité. On réfléchit à comment bien les accueillir. » L’une des pistes de travail consiste alors à faire de Monaco un « camp de base » pour ces clients chinois, pour rayonner ensuite vers Saint-Tropez ou Saint-Paul-de-Vence.

Mais ce partenariat représente aussi l’occasion de faire un “teasing” de la Principauté à Macao. « On pourrait imaginer une présence de la Principauté là-bas, que ce soit à travers une exposition de voitures de l’Automobile club de Monaco (ACM) ou des ballets de Jean-Christophe Maillot… » L’administrateur de GEG à la SBM, Mike Mecca, a d’ailleurs fait la tournée des acteurs culturels, lors de sa dernière venue en principauté en juin. « Le rouleau compresseur est en marche », juge Jean-Luc Biamonti.

Perte sèche

Et de ce rouleau compresseur, la SBM en a bien besoin. Le groupe casinotier et hôtelier vient d’enregistrer une perte de 31 millions d’euros pour son exercice 2015-2016. Si le chiffre d’affaires augmente (passant de 452,4 millions d’euros à 461,4 millions), le résultat net, lui, dégringole à -29,1 millions d’euros (contre un bénéfice de 10 millions l’an dernier). Logique : la manne des actions Wynn Resorts, trésor de guerre écoulé chaque année pour équilibrer les comptes, est tarie… « A force de vendre des actions Wynn, il est arrivé ce qui devait arriver : il n’y en a plus ! », a justifié le président délégué de la SBM.

Alors que le camembert est en plein chantier, avec les travaux de rénovation de l’Hôtel de Paris, les comptes sont donc dans le rouge. Mais cela aurait pu être encore pire… Etonnamment, le chiffre d’affaires jeux a progressé par rapport à l’an passé (213,6 millions d’euros contre 196,4 millions sur l’exercice précédent). Le casino a même réussi à lisser un mois d’août 2015 calamiteux aux tables, record de pertes, qui restera dans les annales — et donc de gains pour les joueurs —, grâce à un second semestre positif. Et du côté hôtellerie, la SBM maintient un chiffre d’affaires s’élevant à 213,2 millions d’euros (contre 226,4 millions en 2014-2015), avec un Hôtel de Paris en chantier. La clientèle habituelle de l’établissement a été redirigée vers l’Hermitage et le Monte-Carlo Bay. « Vu l’ampleur des travaux, tout s’est relativement bien passé ; on n’a pas eu trop de plaintes de la clientèle », souffle Jean-Luc Biamonti.

A côté de la place du casino, les pelleteuses fonctionnent pourtant à plein régime pour creuser les fondations du nouveau Sporting d’Hiver. Et ce n’est pas terminé. « On tire actuellement seulement une à deux mines par jour, toujours autour de midi. C’est du micro-minage, donc c’est assez discret », relativise le président délégué de la SBM. La fin de ces tirs est programmée fin juillet. « Le 5 juillet, on sera au fond du trou et on posera la première pierre. Dans le sens positif du terme… », plaisante le patron de la société monopole des jeux.

Endettement

Pour financer ces travaux estimés à 630 millions (soit 380 millions pour le Sporting d’hiver et 250 millions pour l’hôtel de Paris), la SBM ne peut se contenter de puiser dans sa trésorerie. Si un tiers de l’enveloppe globale a déjà été investi, notamment avec l’augmentation de capital de l’an passé, la direction finalise ses discussions avec les banques pour s’endetter. On se dirige vers un “mix” entre dette “corporate”, dette hypothécaire avec en garantie une partie des biens immobiliers de la SBM, émission obligataire et billets de trésorerie. « Comme les taux sont actuellement très bas, voire négatifs pour les bons emprunteurs, c’est le moment rêvé pour s’endetter », estime Jean-Luc Biamonti, prévoyant aussi qu’« avec le Brexit, les marchés sont volatiles… »

Redresser l’entreprise

Reste qu’aujourd’hui, la période est charnière pour la SBM. Son président délégué en est pleinement conscient : « A un moment donné, il va bien falloir remonter la pente. On ne peut pas continuer à perdre 30 millions d’euros par an ! Sinon, un beau matin, il n’y a plus rien. Il faut continuer nos efforts pour redresser cette entreprise. » Comment ? Pour Jean-Luc Biamonti, il s’agit d’optimiser « le fonctionnement de la maison ». Ce qui passe par des réformes onéreuses comme le statut unique pour les jeux de table élargi aux machines à sous. Une facture qui s’élève à 32 millions d’euros. Et il reste encore 13 millions d’euros à absorber dans le cadre des exercices en cours et à venir… « Sans le statut unique, on aurait perdu 20 millions d’euros cette année, au lieu de 31 millions… Mais il fallait le faire, rien que pour une raison de plus grande flexibilité pour la clientèle. Il y a des soirs où l’on n’arrivait pas à ouvrir les tables de jeux… », rappelle le patron de la SBM.

D’autres mesures ont été prises pour diminuer les charges de personnels. Le passage à la rémunération au fixe, décidé pour le personnel de restauration de l’Hôtel de Paris, a été élargi à l’Hermitage et à la “brigade volante”. « On a fait tache d’huile », se réjouit Jean-Luc Biamonti.

Le locatif a le vent en poupe

Côté recettes, la SBM mise alors plus que jamais sur son secteur locatif. Avec 36,1 millions d’euros de chiffres d’affaires et une hausse de 25 % en un an, cette activité a le vent en poupe. Cette année, le groupe a loué ses trois villas de luxe, situées juste à côté du Sporting d’été. L’une d’elle a même été louée l’an dernier pour 10 ans… Quand on sait que la fourchette de loyers était annoncée en 2015 entre 170 000 et 200 000 euros, il est aisé d’imaginer à quel point la SBM voudra développer cette manne. D’autant que les 6 penthouse qui seront situés sur le toit de chaque immeuble du nouveau Sporting d’Hiver seront loués à des tarifs semblables… A côté de ces produits uniques, de 600 m2 de terrasses et 300 m2 habitables, vue sur la place du casino et le palais, la quarantaine d’appartements “plus standards” seront certainement loués à des prix supérieurs au Carré d’Or actuel. Dans ses projections, Jean-Luc Biamonti a souvent évoqué une valorisation du programme immobilier à 1 milliard d’euros…

_Milena Radoman

 

Clientèle/

Les Français en tête

Pour l’exercice 2016, la clientèle de la SBM vient en grande partie de France (20 %), Russie (13 %), Etats-Unis (12,5 %), Grande-Bretagne (11 %), Italie (10,8 %), Moyen-Orient (8 %) et Asie (6 %). Interrogé sur les évolutions possibles en conférence de presse, Jean-Luc Biamonti a rappelé que tout dépendait du contexte européen et français. « Entre le Brexit, les migrants, et à force de voir casser les hôpitaux ou d’égorger des policiers, peut-être que les Américains ne viendront plus », a-t-il glissé, en faisant allusion aux casseurs ayant brisé 15 vitres de l’hôpital Necker en marge d’une mobilisation contre la loi travail et au meurtre du couple policier à Magnanville, en juin.

 

Paris/

BEG : 2 millions de résultat

Ça va mieux pour Betclic Everest Group (BEG), le groupe de jeux en ligne dont la SBM est actionnaire, avec Stéphane Courbit. Son résultat est de 2 millions d’euros, contre 400 000 euros l’an passé. Ce n’est pas pour autant que la situation fiscale du secteur a beaucoup évolué. Par exemple, « en France, on est toujours imposé sur le chiffre d’affaires (sur les mises), et pas sur le résultat. Et on n’attend pas de changement fiscal d’ici les prochaines présidentielles », a souri Jean-Luc Biamonti, rappelant au passage que, autre inconvénient, les jeux de casino en ligne sont toujours proscrits en France. Compte tenu de la consolidation mondiale du secteur des jeux en ligne, vendre ou s’associer à un partenaire est toujours d’actualité. « Il faut être prudent et faire attention pour ne pas être seul sur la piste de danse… »

Paris sportifs : tout sur les JO ?

En cette période propice aux paris sportifs, le patron de la SBM espère « des matchs nuls et des surprises » pour l’Euro. Logique : « Quand le favori gagne, nous, on perd », souligne le dirigeant, qui mise surtout sur les JO de Rio : « Il n’y a pas les sports les plus porteurs de paris, mais les joueurs qui n’auront rien à se mettre sous la dent parieront peut-être sur le kayak… » plaisante-t-il.

 

Hôtellerie/

Mercato

Luca Allegri quitte la SBM. Le directeur des opérations hôtelières du groupe part prendre les rênes du Bristol, à Paris, et on lui cherche actuellement un successeur. Il avait rejoint la SBM en 2007 en tant que DG de l’Hôtel de Paris. L’établissement mythique de la SBM est quant à lui chapeauté par Ivan Artolli depuis le 30 juin. Assisté par Carol Olivié-Etiévant, il a passé 15 ans au sein du groupe Rocco Forte.

 

« Il faut réduire la  structure de coûts »

INTERVIEW/Pour le patron de la SBM, Jean-Luc Biamonti, les charges de la société sont encore trop élevées.

 

Au regard de la menace terroriste, quelles dispositions avez-vous pris au niveau des concerts et des établissements SBM pour assurer une sécurité optimale ?

Les mesures de sécurité sont assurées dans un cadre global. Nous travaillons main dans la main avec le gouvernement dans ce domaine. Chaque fois qu’il y a des week-ends importants ou de grosses manifestations, on se concerte. Un contrôle de sacs est notamment exercé à l’entrée des hôtels mais aussi du Café de Paris, par des prestataires extérieurs.

Comment réagit la clientèle ? Il est compliqué dans des établissements de luxe de demander aux clients de montrer patte blanche…

Plutôt bien. Il n’y a pas eu de plaintes jusqu’à présent. Ces mesures ont l’air de rassurer la clientèle plutôt que de l’ennuyer. Il faut être conscient que l’on ne peut plus organiser de grosses manifestations place du casino (comme la SBM l’avait fait avec le concert de Mika, par exemple, qui avait attiré 6 000 spectateurs, N.D.L.R.) et laisser l’entrée libre. Le 31 décembre, on a d’ailleurs filtré l’entrée du casino et exercé des contrôles à des points d’entrée. Pour le Summer festival, l’entrée est localisée mais il faudra faire attention.

Une procédure est en cours en Italie, au Tribunal de Côme, suite à une plainte déposée par Mario Loffredo, de la société Extreme Gaming Pro, qui conteste la non réalisation d’un tournoi de poker. Cet entrepreneur suisse affirme avoir investi 7 millions d’euros pour monter le Monte Carlo poker Tour suite à la signature, en novembre 2008, d’un accord entre sa société et la SBM. Où en est-on ?

La procédure judiciaire est en cours. Cela n’avance pas très vite. Cette affaire est ressassée depuis des années, et ce monsieur s’agite beaucoup dans la presse italienne. Mais on considère que cette plainte est sans fondement. Le plaignant voulait faire du poker en ligne, et ce n’était pas à la SBM de lui accorder un agrément ! Conformément à la loi, l’accord signé avait été soumis à l’approbation du gouvernement monégasque. Celui-ci ayant refusé son agrément, le partenariat n’a pu être mis en œuvre.

Comment cela se passe-t-il aujourd’hui avec le conseil national ? En début d’année, des élus avaient tempêté lorsque la DRH de la SBM, Agnès Puons, laquelle avait simplement déclaré que « la SBM (allait) devenir une société normale »…

Il y a eu une commission tripartite conseil national-gouvernement-SBM et il y en aura une autre à la rentrée. Il n’y a pas eu d’interactions particulières ces derniers mois. Je n’ai jamais compris cette agitation… Et j’aimerais bien qu’on m’explique ce qu’est une société anormale (sourire). On est tous dans le même bateau. La SBM assure beaucoup d’emplois à des Monégasques, bien payés… Le climat est plus calme que par le passé. Ce qui n’est pas calme, c’est la profitabilité de la société !

Quelles sont les futures mesures pour améliorer la profitabilité de l’entreprise justement ?

Dans ces chiffres, on est pénalisé par la fermeture de l’Hôtel de Paris et l’impact des conventions sociales, il y a 20 millions d’euros de pertes qui ne sont pas récurrents… La structure de coût reste très élevée, l’objectif à terme est de la réduire. C’est un effort de tous les jours de la part de toutes les équipes de la SBM. Je ne vois que l’inconvénient des mesures que je prends, mais mon successeur en verra les bénéfices…

_Propos recueillis par Milena Radoman

écrit par Milena