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SBM, AS Monaco, COP 21…
Les vérités d’Albert II

QUATRE VERITES/Le 12 novembre, le prince Albert n’a pas mâché ses mots. Les tacles portés au conseil national, à la SBM ou encore à l’AS Monaco ont fait mouche.

 

La franchise du prince Albert a jeté le trouble au sein de la majorité parlementaire. Depuis le premier compte-rendu de son interview à la presse locale dans Monaco-Matin, les conseillers nationaux décortiquent les termes employés par le chef de l’Etat. Les élus ont diversement apprécié que Laurent Nouvion ait promis en solo un vote de la loi de désaffectation de l’extension en mer et veulent éviter le camouflet d’une convocation en session extraordinaire. « Il y a la lecture présidentielle selon laquelle le prince est dans son rôle. Laurent Nouvion dit n’avoir confirmé seulement qu’il était d’accord avec le principe de l’extension en mer. Mais il y a une autre lecture : c’est la seconde gifle infligée en l’espace de deux semaines (après l’épisode du budget rectificatif, N.D.L.R.), montrant à quel point le président décide tout seul et met en difficulté sa majorité », juge Jean-Charles Allavena. Un Allavena remonté selon qui « politiquement, la cassure se confirme » au sein de Horizon Monaco. Christian Barilaro, lui, n’y croit pas. « Les ambitions se dessinent certes. Mais la liberté de s’exprimer ne devrait pas faire oublier qu’on doit laver son linge sale en famille… » rappelle le conseiller national. Du côté de l’opposition voire de l’UP — qui est longtemps restée mutique —, on ne peut que se frotter les mains. Un tel missile princier est une aubaine. Il devrait néanmoins avoir un impact post-budget. « Le budget primitif devrait être calme : personne ne peut imaginer que la majorité réédite le cirque du budget rectificatif », pronostique Jean-Charles Allavena. Le seul hic du BP venait de l’achat par l’Etat d’une trentaine d’appartements à prix d’or dans l’opération Stella, qui domiciliera la future école maternelle de la Condamine. Les élus ayant refusé ce surcoût, le ministre d’Etat devrait certainement en profiter et se ranger derrière cette décision le 5 décembre, le jour de l’ouverture des séances budgétaires. Pas de quoi révolutionner l’hémicycle.

 

Extension en mer : « Laurent Nouvion s’est engagé à voter la loi »

POLITIQUE/Lors d’un entretien avec la presse locale, Albert II a répondu aux questions de L’Obs’. De la marge de manœuvre du conseil national sur le projet d’extension en mer à l’absence de remaniement ministériel, en passant par les projets d’avenir.

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Vous avez exprimé votre émotion immédiatement après les attentats de Paris. Quel message souhaitez-vous transmettre à la population monégasque dans ce contexte si particulier ?

Au-delà de l’émotion, de la compassion et la solidarité avec la France, pays avec lequel nous partageons une communauté de destin, je comprends que des inquiétudes puissent aussi se manifester. Notre pays a toutefois la chance de bénéficier d’un haut niveau de sécurité. Celui-ci est néanmoins renforcé par des mesures de vigilance accrue mises en œuvre par les pouvoirs publics. La population est également invitée à y prendre sa part.

 

Au sujet de l’extension en mer, le vote de la loi de désaffectation par le conseil national, pour la mise en œuvre du projet, devra-t-il intervenir avant le 30 juillet 2016 pour respecter le contrat signé avec Bouygues ?

Il n’y a aucun effet couperet, mais je ne peux pas envisager qu’on dépasse cette date. Chacun doit prendre ses responsabilités. Pour être correct avec Bouygues et honorer le contrat, il faut que ce vote intervienne avant cette date. Il y a tout le temps pour étudier le dossier et faire les remarques nécessaires. Et il ne s’agit pas de reconsidérer tout le projet. Sa validation a été faite il y a fort longtemps et il a été présenté de façon complète au conseil national. C’est un projet équilibré, soigneusement étudié et négocié, qui pourra être modifié à la marge, mais pas dans ses grandes lignes.

 

Qu’appelez-vous “ajustements à la marge” ?

On pourra éventuellement discuter de la soulte qui sera attribuée à l’Etat de manière marginale. Eriger un autre bâtiment public sur cette extension en mer reviendrait à dénaturer ce projet. Nous avons décidé de construire de nouveaux espaces pour le Grimaldi Forum qui manque de place pour accueillir les très grandes expositions et salons. Cette extension sera souterraine, avec quelques puits de lumière. Au demeurant, on a largement de quoi satisfaire la demande de logements domaniaux dans d’autres opérations en principauté.

 

Laurent Nouvion avait laissé entendre la possibilité de négocier des contreparties inland avec le gouvernement ?

On a de quoi satisfaire la demande de logements domaniaux dans d’autres opérations en principauté sans impliquer le projet de l’extension en mer.

 

Vous imaginez que le conseil national puisse aller jusqu’au bras de fer avec vous ?

J’aimerais bien ne pas aller jusque-là. S’il faut le faire, je le ferai. Ne serait-ce que par courtoisie à l’égard du groupement qui a déjà engagé des frais. Ceci dit, le président Laurent Nouvion s’est engagé à ce que la loi de désaffectation soit votée. Et j’ai bon espoir de le convaincre de la faire voter dans les délais.

 

On parle de l’ancien ambassadeur de France, Serge Telle, comme remplaçant prochain de Michel Roger au poste de ministre d’Etat ?

Ce n’est pas la rumeur qui doit commander le choix du ministre d’Etat. La mission confiée à Michel Roger n’est pas terminée. S’il devait y avoir un changement de ministre d’Etat, vous serez informé avec des délais suffisants pour « préparer vos articles » (sourire)…  Ce n’est pas d’actualité.

 

Lors de la cérémonie mémorielle de la rafle du 27 août, vous avez fait des excuses historiques tandis que le rapport de la commission d’indemnisation des victimes de spoliation et un livre sur cette période à paraître fin 2015 assoient la transparence assumée de Monaco vis-à-vis de son passé. Comment avez-vous, personnellement, décidé d’ouvrir cette page douloureuse ?

Il y a 22 ans, mon père avait déjà fait apposer une plaque pour honorer la mémoire des déportés. Mais très tôt après mon avènement, j’ai souhaité que l’on regarde cette effroyable période de la deuxième guerre mondiale. Ma génération n’a pas vécu ce passé et a donc peut-être moins de difficulté à en parler. Voilà pourquoi j’ai mis en place une commission pour étudier les cas de spoliation à Monaco. Il reste un ou deux cas qui pourraient recevoir une indemnisation donc sa mission n’est pas complètement terminée.

Par ailleurs, j’ai demandé que des experts indépendants établissent un rapport sur les faits survenus à Monaco durant la seconde guerre mondiale. Ce rapport m’a été rendu au printemps 2015 et j’ai souhaité qu’il soit traduit en anglais et laissé en libre accès sur internet, pour lui assurer la plus large diffusion possible. Ce devoir moral s’imposait à moi pour aller jusqu’au pardon pour certains actes commis en principauté avec l’autorisation d’un représentant du gouvernement de l’époque. Il fallait rendre hommage à ces personnes victimes de ces atrocités.

 

Vous constatez le retour de l’extrême droite en Europe et d’un discours nauséabond. Cela vous inquiète-t-il ?

Oui. Ce phénomène est inquiétant pour tous ceux attachés à la démocratie. Les manifestations extrémistes, quelles qu’elles soient, sont condamnables.

 

Sur les réseaux sociaux, on voit des personnes de Monaco déraper, notamment à propos des réfugiés et des migrants accusés de prendre les appartements domaniaux réservés aux Monégasques ?

S’il faut faire des rappels à l’ordre, je veillerai à ce que mon gouvernement les fasse. Ce sont des dérives inquiétantes. Nous avons déjà fait un geste pour accueillir deux familles de chrétiens d’Orient à Monaco. Il nous sera difficile d’aller au-delà mais l’aide prend aussi dès à présent d’autres formes. De toute manière, cette solidarité et cette attribution de logements ne pénaliseront pas la demande locale.

 

La population de Monégasques augmente rapidement, donc comment répondre à leurs attentes en matière de logements à l’horizon 2030, voire au-delà ?

Le parc domanial s’est accru ces dernières années, de nouvelles opérations (L’Engelin, Testimonio II) sont en cours pour répondre aux attentes de nationaux, qui ont besoin d’un logement. Il va atteindre 3 500 appartements à l’horizon 2020. Une étude a démontré qu’il y aurait besoin de 80 nouveaux logements par an, ce qui amènerait le parc à 4 500 en 2030. Notamment avec les projets Ida, Annonciade II… Nous réfléchissons aussi, pour les années à venir, à la reconstruction ou la surélévation de bâtiments existants. J’ai été sensible dernièrement au travail d’une société à Paris qui transforme des immeubles avec des structures en bois laminé croisées très résistantes. C’est très esthétique, ça peut être une piste.

 

Bernard Arnault est entré comme actionnaire minoritaire à la SBM, Xavier Niel a racheté Monaco Telecom : comment voyez-vous l’économie monégasque en 2050 ?

Notre activité économique se porte bien. Il va falloir continuer à diversifier l’économie de la Principauté, se tourner davantage encore vers l’international et vers l’innovation. Monaco doit continuer à rester attrayant pour les investisseurs. Nous devons donc conserver les atouts qui nous ont réussi jusqu’à maintenant. Il y a un manque d’espaces de bureaux. A nous de bien peser et d’anticiper les besoins.

 

Voyez-vous des multinationales s’implanter ?

On cherche à attirer des industries non polluantes, avec une forte valeur ajoutée et qui n’aient pas besoin de beaucoup de m2 pour s’implanter. Il faut regarder par exemple vers le secteur des nouvelles technologies d’information et de la communication ou des biotechnologies.

 

Quel est votre projet prioritaire pour les 10 ans à venir de votre règne ?

L’extension en mer est évidemment un projet prioritaire. Mais ce n’est pas le seul. Je suis sensible au projet de construction de deux musées au bout du quai Antoine Ier. Le premier consacré à l’homme et la mer avec les collections de l’archéologue Franck Goddio. Et l’autre dédié à la famille Grimaldi, notamment pour abriter les objets de l’exposition consacrée à ma mère, qui continue son itinérance et qui doit prochainement rentrer à Monaco. Afin d’assurer le financement de ce projet, pour qu’il ne pèse pas sur les finances de l’Etat, je ne suis pas opposé à ce qu’il y ait une opération immobilière contiguë qui ne sera pas trop imposante et n’occultera pas la vue du Fort Antoine pour autofinancer la réalisation. Nous avons reçu aussi d’autres offres pour abriter des collections artistiques contemporaines, que j’estime intéressantes, mais il faut trouver de l’espace.

_Propos recueillis par Milena Radoman

 

EXTENSION/

Pas de ghetto pour riches

Alors que certains craignent que la future extension en mer se transforme en “ghetto de luxe” pour étrangers, avec un prix du m2 frôlant les 100 000 euros, le prince Albert a souhaité se montrer rassurant : « On entend beaucoup de spéculations sur les tarifs immobiliers, mais ce ne seront pas des prix prohibitifs qui vont effrayer nos résidents actuels. »
Le traité de concession a été signé le 31 juillet dernier par le ministre d’Etat de Monaco Michel Roger et Gérard Brianti, le président délégué de la société anonyme monégasque de l’Anse du Portier, une SAM réunissant le groupe Bouygues, ses partenaires et des acteurs monégasques chargée de l’aménagement de l’infrastructure maritime. Ce projet d’éco-quartier de 60 000 m2, dessiné par les architectes Renzo Piano, Alexandre Giraldi, Denis Valode et le paysagiste Michel Desvigne, prévoit des logements haut de gamme, des commerces (3 000 m2 environ), une extension du Grimaldi Forum d’environ 3 500 m2, mais aussi un parking public et un port d’animation d’une trentaine d’anneaux. Un parc végétalisé de 1 hectare apportera la touche “verte” à ce quartier maritime. Côté calendrier, le démarrage des travaux est prévu à l’automne 2016, l’achèvement de l’infrastructure maritime en 2020, quant à la livraison des immeubles, elle devrait intervenir en 2022.

FAMILLE/

Jacques et Gabriella, « très joueurs et curieux »

Les bébés princiers vont bien. Selon leur père, Jacques et Gabriella « commencent à faire leurs premiers pas, disent quelques petits bouts de mots. Ils ont beaucoup de volonté de s’exprimer et je leur parle en français. Au quotidien, ils sont très joueurs et curieux. Ils ont d’ailleurs déjà regardé avec nous un peu de rugby et de football à la télévision et avaient l’air très intéressés… »

écrit par Milena