SBM-Chantier-One-Monte-Carlo-et-Hotel-de-Paris-2017-03-15_11-30-00-@-SBM

SBM : du rouge, toujours du rouge…

ECONOMIE/Après des pertes récurrentes depuis cinq ans, la Société des bains de mer compte sur le One Monte-Carlo et la réouverture totale d’un Hôtel de Paris flambant neuf pour inverser la courbe.

Drôle d’ambiance, ce 22 septembre, à la salle des étoiles du Sporting d’été. La place du casino étant en plein chantier, la Société des bains de mer avait délocalisé dans l’antre seventies du Sporting d’été son assemblée générale annuelle. Avant même d’y pénétrer, les actionnaires connaissaient déjà les mauvais chiffres de l’exercice 2016-2017, publiés en juin. A savoir un résultat opérationnel négatif à -32,8 millions d’euros, qui suit 4 autres années de pertes, un chiffre d’affaires en baisse, à 458,8 millions d’euros, et une trésorerie divisée par deux… « Les résultats sont médiocres », maugrée un petit porteur historique, qui se demande chaque année s’il va vendre ses actions. « Je n’ai pas touché un dividende depuis des années », poursuit-il, désabusé.

Rien de nouveau sous le soleil

Comme à son habitude, le président Jean-Luc Biamonti a justifié ce nouvel exercice en pertes. Impact financier du chantier pharaonique de l’Hôtel de Paris et du One Monte-Carlo — les pertes d’exploitation inhérentes à la capacité réduite d’accueil de l’Hôtel de Paris sont estimées à plus de 50 millions d’euros sur la durée totale des travaux, soit sur 4 ans —, dégradation des résultats de Betclic Everest Group — le groupe de jeux en ligne dont la SBM est actionnaire à 50 % avec Stéphane Courbit —, coût exorbitant des nouvelles conventions collectives (10,1 millions d’euros pour 2016-2017)… « L’année a été affectée par l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice. On a souffert jusqu’au 15 août et on n’a jamais pu récupérer le retard opéré », explique Jean-Luc Biamonti. Tout en égrenant quelques bonnes nouvelles. Un bon premier trimestre pour le nouvel exercice, un « succès monstrueux » du Grill de l’Hôtel de Paris (qui va d’ailleurs être agrandi), le retour sur investissement de la terrasse du Bar américain (remboursée en un seul week-end de Grand Prix), ou encore le retour gagnant d’un Jimmy’z « un peu en perdition ». « Il a opéré une progression de chiffre d’affaires de 30 % en 2016 et d’encore 30 % cet été ! » lâche le président délégué. Pour 2018, la SBM mise d’ailleurs sur l’ouverture du Jimmy’z l’après-midi comme c’est en vogue à Vegas (une fois par semaine dans un premier temps).

Cerise sur le gâteau : « Pour le moment, les travaux n’ont pas dérapé ni en délai ni en coûts », commente Biamonti au sujet de la rénovation de l’Hôtel de Paris (250 millions d’euros) et de la construction du One Monte-Carlo (entre 350 et 370 millions d’euros). Des arguments qui feront mouche puisque comme chaque année, les comptes de la société seront adoubés à plus de 99 %… Ce qui n’efface pas pour autant les questionnements des actionnaires.

On perd toujours… mais on gagnera plus tard

L’une d’eux l’interroge. « Quand les fonds propres de la société reprendront-ils une courbe ascendante ? » Le président-délégué mise sur « l’exercice 2019-2020 peut-être, 2020-2021 sûr », avec la réouverture à plein de l’Hôtel de Paris et l’encaissement de loyers mirobolants dans les résidences du One Monte-Carlo. La SBM espère toucher ainsi 50 millions d’euros de plus par rapport au chiffre d’affaires généré par l’ancien Hôtel de Paris et ses boutiques. « On est au milieu du gué. Cet exercice sera le plus mauvais. A partir de l’année prochaine, ça sera un peu mieux et les années d’après beaucoup mieux ! », promet Jean-Luc Biamonti.

PILOTE/Nommé en 2013 président-délégué de la société, il est influent au sein du conseil d’administration depuis 1995. Des élus lui demandent des comptes.

PILOTE/Jean-Luc Biamonti. Nommé en 2013 président-délégué de la société, il est influent au sein du conseil d’administration depuis 1995. Des élus lui demandent des comptes.

Booster le chiffre d’affaires

L’objectif est en effet aujourd’hui de redorer le chiffre d’affaires de la société. Par tous les moyens. Côté jeux d’abord. « On a segmenté la clientèle, relancé des clients qui ne venaient plus, on fait beaucoup de travail de fond. Nous, on voit que l’iceberg sort de l’eau », estime le patron de la SBM, très satisfait du succès du Dîner surréaliste, organisé au printemps. Un dîner en plein cœur du Grand casino entièrement scénographié — avec un cheval en invité surprise — où seuls les plus gros clients, triés sur le volet, avaient été conviés.

A côté des gros joueurs, clientèle traditionnelle du casino de Monte-Carlo, le groupe casinotier monégasque veut désormais chasser les “Fun Players”, les joueurs “moyen de gamme” que pistent déjà depuis longtemps Vegas et Macao. « Il y a des touristes prêts à s’amuser, à jouer non pour la gagne mais pour tenter l’expérience James Bond et Aston Martin, le mythe Monte-Carlo ». Cet été, Pascal Camia, le directeur des jeux, a d’ailleurs expérimenté un concept d’animation à l’atrium. Le joueur lambda pouvait s’égayer à une table de jeu, se faire tirer le portrait par un photographe officiel, et acheter ses cartes de jeu… « Cela fait rentrer de l’argent, du 4 juillet à fin septembre, on a gagné 500 000 euros », observe Jean-Luc Biamonti.

Autre moyen d’espérer des revenus additionnels, sans mettre un centime : développer (enfin) les marques Café de Paris, Jimmy’z voire Le Grill, via des contrats de management. « On pourrait même aller plus loin, et avoir des contrats de management d’hôtels, en dehors de la Principauté. On étudie deux possibilités », a annoncé le président-délégué de la SBM.

Réduire les coûts

Mais si l’objectif de la SBM est de proposer en 2019 « le plus beau resort intégré », avec « un meilleur service », le patron de la SBM sait aussi qu’il devra aussi mettre en place « une politique rigoureuse de contrôle des coûts ». « On aura du mal à redevenir profitable uniquement en augmentant le chiffre d’affaires. Il faut donc que l’on voit où est-ce que l’on peut faire des économies », a-t-il admis lors de la conférence de presse qui suivait l’assemblée générale. « On doit continuer à chercher sur quoi on peut faire des économies. Le comité exécutif travaille là-dessus et on devrait présenter une série de mesures dans les mois qui viennent. » Parmi les pistes de réflexion, il y a l’externalisation de certaines activités, avec un transfert du personnel vers le prestataire de service. Une solution déjà adoptée s’agissant de la sécurité : pour les vigiles postés à chaque entrée d’hôtels ou de casinos, la SBM fait appel à une société de services. Reste à savoir si cela sera suffisant pour redresser les comptes de la société, toujours dans le rouge.

Assumer les échecs

On imagine bien que cela sera un thème central de la campagne électorale. Tout comme reviendra en boomerang la question de changer les cadres dirigeants. Au conseil national, au sein de la majorité parlementaire — ou du moins ce qu’il en reste —, on reproche à Jean-Louis Biamonti de ne ne pas avoir réussi à inverser la courbe depuis qu’il est aux manettes de la société. Nommé en 2013 président-délégué de la société, il est influent au sein du conseil d’administration depuis 1995… A de nombreuses reprises, les élus de l’UP ont carrément exigé du gouvernement de changer le pilote dans l’avion SBM « avant qu’un crash n’intervienne… » « Quand allez-vous tirer le bilan de cette somme astronomique d’échecs et assumer votre responsabilité d’actionnaire majoritaire ? », demande régulièrement Jean-Michel Cucchi au gouvernement lors des derniers débats budgétaires. Et il y a peu de chances que le soufflet retombe. Le 26 septembre, avait lieu une nouvelle commission tripartite avec les élus du conseil national et des dirigeants de la SBM. Une énième réunion de cette mandature où les élus s’époumonent à demander un business plan sur trois ans, un véritable plan de relance des jeux. En vain. « A chaque fois, on nous répond que c’est confidentiel et qu’on est à la limite du délit d’initié », rigole Jean-Charles Allavena. Comme tous les 5 ans, la SBM sera l’un des sujets clés de cette campagne. Entre promesses de mener des réformes structurelles et discours populistes. En attendant, la société en est en effet à son cinquième exercice déficitaire…

 

Mise au point/

« Il n’y a pas d’antinomie entre l’immobilier et l’opérationnel ! »

C’est assez rare pour être noté. La politique monégasque a fait irruption lors de l’assemblée générale de la Société des bains de mer. Un actionnaire s’est en effet inquiété de l’impact de la campagne électorale et des déclarations de Stéphane Valeri sur la politique immobilière de la SBM, au détriment des jeux. « C’est de la politique politicienne. Il n’y a pas d’antinomie entre l’immobilier et l’opérationnel », a répondu Jean-Luc Biamonti. Et le patron de la SBM d’avancer : « On fait de l’immobilier pour stabiliser notre clientèle de joueurs. Dans le Bay Hotel ou le Balmoral, on leur donne la priorité. Ils viennent jouer beaucoup plus souvent. Et ils payent dorénavant un loyer alors qu’on leur offrait auparavant leur chambre d’hôtel ! C’est doublement avantageux pour la société. » Pour Jean-Luc Biamonti le One Monte-Carlo est par ailleurs « un produit d’appel fort » pour « occuper les épouses de joueurs » : « Pour moi, c’est un ensemble, un resort global avec le plus beau casino du monde, le plus bel hôtel d’Europe et le plus beau centre commercial de luxe ! » _M.R.

 

Laurent Nouvion entre à la SBM

SURPRISE/Nommé administrateur d’Etat à la SBM, Laurent Nouvion a démissionné du conseil national.

Le bruit d’une nomination de Laurent Nouvion à la Société des bains de mer, en tant qu’administrateur d’Etat, courait depuis quelques jours. Le 22 septembre, Jean-Luc Biamonti confirmait la nouvelle en pleine assemblée générale. En début de mandat, l’ancien président du conseil national avait pourtant longtemps tiré à boulets rouges sur la direction. Fustigeant un navire, dans le brouillard, et sans capitaine… Pas de problème pour le président-délégué. S’il a clairement rappelé que la nomination émanait du gouvernement monégasque et non de l’assemblée générale, Jean-Luc Biamonti a dit « accueillir à bras ouverts » le nouveau venu : « Tout le monde a le droit de critiquer, et aussi de contribuer. Peut-être que ses critiques seront très constructives. »

Communiqué soudain

Dans la foulée, Laurent Nouvion a, lui, annoncé sa démission du conseil national, via un communiqué. « Le prince m’a fait l’honneur de me nommer à la Société des bains de mer, comme administrateur d’Etat à partir du 1er octobre 2017. Je souhaite donc exercer pleinement ces fonctions au sein de ce monopole concédé, fleuron de notre Principauté et acteur incontournable de notre modèle économique et social. » Depuis la candidature de Béatrice Fresko-Rolfo en tant que tête de liste Horizon Monaco, le doute planait sur l’avenir politique de Laurent Nouvion aux prochaines élections. La question est donc réglée. La lecture de cette nomination suscite en tout cas de nombreuses interrogations. « Est-ce une reconnaissance de ses compétences personnelles ? L’a-t-on aidé à enjoliver sa sortie de la vie politique ? Est-ce une peau de banane sur le chemin du candidat Valeri ? C’est peut-être un mélange des trois », analyse l’élu Jean-Charles Allavena.

écrit par Milena