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« Les salariés ont droit à des conditions de travail dignes »

INTERVIEW — L’Union des Syndicats de Monaco (USM) a réuni plus de 700 personnes le 7 février dans le cadre d’une journée de grève interprofessionnelle. Son secrétaire général, Christophe Glasser, prévoit déjà une autre journée de mobilisation. L’occasion de faire le point sur les revendications du mouvement syndical —

 

L’USM réclame 2 250 euros bruts comme salaire minimal à Monaco. Pourquoi ce chiffre ?

Ce montant n’est pas le fruit du hasard. Pour le calculer, nous avons pris le salaire médian français auquel nous avons ajouté les heures de travail monégasques. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en Principauté, un salarié travaille 39 heures par semaine contre 35 en France. Une fois enlevée la part de salaire socialisé, nous arrivons à environ 2 250 euros bruts. Cela ne me parait pas être énorme, et pourtant, cela permettrait aux salariés travaillant à Monaco de vivre dignement. De plus, il faut savoir qu’en Principauté, il n’y a qu’une seule norme, celle du SMIC au taux horaire français. C’est notre seul repère car la majorité des professions n’a pas de grille de salaires, à deux ou trois exceptions près. Enfin, quand Didier Gamerdinger (conseiller de gouvernement-ministre des Affaires Sociales et de la Santé, N.D.L.R.) dit que le SMIC n’est pas une valeur sociale et que c’est pour rétribuer un travail, c’est faux. Le SMIC date de la Libération, après-guerre, et repose sur une base sociale : celle de garantir un salaire minimum afin de vivre dignement.

Quelle est votre position concernant le licenciement sans motif ?

Les patrons n’ont aucun intérêt à ce que cela change. Néanmoins, comme nous, ils restent des êtres humains. Je ne comprends pas que des êtres humains puissent avoir recours à ce genre de pratique. On a le droit de rompre un contrat de travail pour des raisons x ou y, mais bon sang, soyons humains. L’article 6, puisque c’est de cela dont il s’agit, est sain en soi. C’est son utilisation par des avocats véreux qui est dramatique. Ils ont réussi à faire croire aux salariés de Monaco que l’article 6 permettait à l’employeur de faire ce qu’il veut. Et les employeurs s’en accommodent très bien. Ils véhiculent cette idée dans l’esprit des salariés. L’article stipule simplement que chacun, l’employeur comme le salarié, peut rompre son contrat de travail. Il n’est pas écrit : « Je peux être licencié comme un moins que rien ». C’est dramatique de ne pas dire à quelqu’un pourquoi on le licencie. Cela laisse la place aux doutes, à la peur, à la remise en question personnelle.

Au sujet du renouvellement sans limite du CDD, que souhaiteriez-vous voir changer ?

Il faut tout simplement arrêter cette pratique. Nous sommes dans une société moderne, nous devons être précurseur sur la dignité humaine. Il faut se rendre compte de l’impact que cela a pour un salarié d’être en CDD renouvelé constamment. On l’empêche de contracter un crédit, parfois d’acheter une voiture ou de louer un appartement. Si un employeur a besoin d’un CDD pendant 10 ans, autant qu’il fasse un CDI ! Si Monaco est productrice de richesses, c’est parce qu’il y a des gens qui les produisent. Ces gens ont le droit à des conditions de travail, de rémunération et de protection contractuelle dignes, en adéquation avec les richesses produites. Sinon, autant revenir au temps de l’esclavage, on nous met une chaîne, on dort dans une cage et la productivité sera encore plus grande.

Didier Gamerdinger a annoncé travailler sur un projet de loi pour encadrer l’intérim. Qu’aimeriez-vous voir dans cette loi ?

Nous avons été sollicités mais nous n’avons pas souhaité participer aux réunions, que nous considérons comme des réunions d’informations, sans négociation. Néanmoins, nous avons envoyé un certain nombre de propositions. Nous demandons un cadre légal inscrit dans la loi, nous ne voulons pas d’ordonnance souveraine ou d’arrêté ministériel. Ensuite, il faut que l’intérim soit réglementé dans le temps et qu’on y ait recours que pour des missions ponctuelles. C’est un scandale que des gens soient intérimaires pendant plusieurs années.

Vous appelez au maintien des retraités français dans le régime des caisses sociales monégasques. Dans l’Union européenne, la couverture sociale d’un retraité est pourtant prise en charge par le pays dans lequel il réside non ?

On nous dit toujours que Monaco est un pays exceptionnel et qu’il ne faut pas regarder les autres mais dans ce cas-là, le gouvernement ne se gêne pas ! De plus, nous ne sommes pas un pays de l’Union européenne. La Principauté de Monaco est l’un des rares pays au monde, voire le seul, qui embauche plus de salariés venant de l’étranger que de nationaux. Il n’y a aucun équilibre entre les Monégasques qui travaillent en France et touchent leur retraite en Principauté et les salariés français qui travaillent à Monaco et touchent leur retraite en France. Je suis même surpris que ce ne soit pas la France qui dise stop. Si on arrive demain à Paris en disant qu’on allège la facture de l’État de 100 à 150 millions d’euros car on récupère une partie des résidents français qui ont fait la majeure partie de leur vie professionnelle à Monaco, je ne pense pas que la France dise non ! D’ailleurs, Stéphane Valeri (président du Conseil national, N.D.L.R.) a conscience de cette situation. Il avait déclaré alors qu’il était encore dans l’hémicycle : « C’est une revendication humaine mais on ne va pas sauter un privilège. »

En toute objectivité, quels sont les avantages liés au statut de salarié à Monaco ?

L’objectivité n’existe pas ! Plus sérieusement, nous ne sommes pas des nantis, que ce soit clair, mais nous avons des avantages, c’est vrai. Cependant, ils sont liés à des contraintes. Par exemple, nous avons des salaires un petit peu plus importants qu’en France, mais il ne faut pas oublier que nous travaillons aussi 4 heures de plus par semaine, soit plus de 20 heures dans le mois. Autre exemple : grâce à la vigilance de l’USM, les salariés ne cotisent pas à la CSG/CRDS (contribution sociale généralisée/contribution au remboursement de la dette sociale, N.D.L.R.), ce qui représente quasiment 11 % de cotisation salariale. Pour la sécurité sociale, nous nous sommes battus pour nos droits. En 1994, une action interprofessionnelle massive a eu lieu pour contrer le projet gouvernemental de diminution du taux de remboursement. Le taux de remboursement à 80 %, c’est aux salariés mobilisés et à l’USM que nous le devons. Enfin, la retraite est intéressante mais attention, seulement si on fait une carrière entière à Monaco. Pour rappel, seuls 6 % des salariés font toute leur vie professionnelle dans la Principauté. Notre vrai avantage, et c’est indéniable, c’est qu’il n’y a pas de politique de l’emploi dans le département voisin des Alpes-Maritimes. Il est donc forcément plus avantageux de venir travailler ici.

Propos recueillis par Maxime Dewilder

 

Suite du dossier :

« Notre modèle social libéral a permis le succès économique actuel »

 

écrit par La rédaction