lutherie-academie-musique-rainier-III

Roberto Masini – Artisan luthier

Luthier — Dans l’atelier lutherie de l’Académie de musique Rainier III, de jeunes étudiants apprennent à concevoir des violons, des violoncelles et des contrebasses. Leur professeur italien, Roberto Masini, nous dévoile quelques secrets de fabrication, et les dessous de cet artisanat —

 

Rien ne laisse soupçonner qu’à l’Académie de musique Rainier III, dans une pièce extrêmement discrète, existe un petit atelier où de jeunes luthiers apprennent, avec une minutie chirurgicale, à façonner de A à Z des violons, des violoncelles et des contrebasses… Et pourtant, cet atelier créé en 1977 à l’initiative du Prince Rainier III, forme dès l’âge de 12 ans des élèves et de futurs professionnels passionnés par cet artisanat. Sur leurs tables de travail, tout un tas d’outils se juxtaposent : gouges, ciseaux à bois, rabots, couteaux, limes, et autres instruments de mesure. Le tout entouré de dizaines de petits copeaux de bois. De l’érable venu des pays de l’Est, et de l’épicéa venu du Jura ou du nord de l’Italie, que ces apprentis coupent, rabotent puis sculptent. Avec leur mains habiles, et dans un silence de plomb, les élèves très concentrés donnent vie, peu à peu, et pièce après pièce, à ces instruments. « Concevoir un violon exige 200 heures de travail. Un violoncelle, quasiment le double », explique Roberto Masini professeur à l’académie de musique Rainier III depuis 2009.

L’homme aux 100 instruments

Cet Italien, à l’accent encore chantant, possède également son atelier à Nice où il confectionne des instruments neufs : violon, violoncelle et alto. Ce luthier, diplômé de l’Ecole internationale de lutherie de Crémone, assure avoir créé près de 100 instruments à ce jour. « Actuellement, j’en créé deux à trois par an. Surtout des violoncelles. » Pourtant, rien ne prédestinait ce passionné à faire ce métier. Dans sa famille, personne ne travaille le bois, ni n’a de passion pour la musique. « Habituellement, un des deux parents est luthier, et la passion se transmet de père en fils. Ce n’est pas le cas dans ma famille. Mon père était ingénieur et la musique était assez lointaine pour lui. J’ai moi-même fait des études d’ingénieur, mais je sentais que ce n’était pas fait pour moi. » C’est alors qu’une de ses amies « un peu voyante », raconte-t-il, lui affirme qu’il travaillera le bois… Une prédiction qui s’est transformée en réalité. Puisqu’en voyant, par hasard, une publicité pour la très réputée école de lutherie de Crémone, le jeune étudiant a une révélation et se lance dans cette formation qui dure 3 ans (1).

Une concurrence internationale

Mais ne devient pas un bon luthier qui veut. Quelques habiletés sont recommandées : « Etre manuel, avoir beaucoup de patience, avoir un bon oeil, et bien sûr de l’oreille », résume Roberto Masini. Car une fois l’instrument finalisé, c’est bel et bien sa sonorité qui intéresse de près le futur acquéreur. « Les luthiers regardent beaucoup plus que les musiciens le côté esthétique, mais le but final de tout ce travail est essentiellement acoustique et que la sonorité de l’instrument soit belle. La plupart des luthiers ne sont d’ailleurs pas des bons musiciens, sourit Robert Masini. Ce sont deux disciplines qui exigent tellement de pratique qu’il est très rare d’arriver à faire les deux à haut niveau. » Un métier où la concurrence, contrairement, aux croyances est redoutable. « On entend souvent dire que c’est un métier qui est en train de se perdre, mais ce n’est pas une réalité. Chaque nation a sa grande école. La France a l’école Mirecourt, l’Allemagne, l’école Mittenwald, l’Angleterre, l’école Newark. Je dis aux jeunes qu’il faut donc s’imposer sur le marché, car la concurrence est internationale. » A Monaco, les élèves sortent avec un diplôme de lutherie monégasque. Un élève formé ici, travaille d’ailleurs, depuis 7 ans à Nice chez un artisan. Et si vous souhaitez vous offrir un instrument de luthier, il va falloir tout de même mettre la main à la poche. « Au niveau du prix d’achat, il peut y avoir un zéro de plus… Pour un violon, les premiers prix se situent autour de quelques centaines d’euros, mais cela peut monter jusqu’à 20 000 voir 30 000 euros pour les luthiers les plus chers. » Le prix du sur-mesure, et de la qualité.

 

(1) Après plusieurs stages à Crémone et à Paris, Roberto Masini se dédie pendant quelques années à la fabrication d’instruments neufs. En 2003, il se rend à Nice pour travailler comme restaurateur dans l’atelier Domenichini avant de créer son propre atelier.

écrit par Sabrina Bonarrigo