Rio + 20 : « Très décevant »

Bernard Fautrier

BUSINESS/« La moitié des délégués étaient des patrons d’entreprises. C’est la prise de conscience qu’on peut produire mieux et plus vert […]. Il y aussi la prise de conscience que c’est un gros marché et qu’il y a de l’argent à faire. » Bernard Fautrier. Vice-président de la Fondation Albert II. © Photo DR

INTERNATIONAL/En déplacement au Brésil pour le sommet Rio + 20 qui s’est déroulé du 20 au 22 juin, le vice-président de la Fondation Prince Albert II, Bernard Fautrier, tire un bilan très négatif de la conférence onusienne.

Le fiasco était redouté. Il s’est confirmé. Le sommet sur le développement durable Rio +20 qui a réuni 70 chefs d’Etat dans la mégalopole brésilienne du 20 au 22 juin s’est achevé sans réelle avancée. Les associations écologistes n’ont pas hésité à parler de résultat « désastreux. » Une déception partagée par la délégation monégasque qui s’est rendue sur place. « Il y avait beaucoup moins de chefs d’Etat et de gouvernement qu’à Rio il y a 20 ans ou qu’à Johannesburg il y a 10 ans. Il n’y pas eu de président américain, pas de premier ministre britannique ou allemand, pas de haut représentant chinois, regrette Bernard Fautrier, le vice-président de la Fondation prince Albert II. C’est malheureusement la preuve qu’en période de crise économique, les considérations environnementales et le développement durable passent au second plan. Et qu’au niveau de la communauté internationale, il n’y a plus de volonté politique forte d’avancer dans ces domaines. Sur le plan politique, c’est d’ailleurs sans doute un sommet pour rien. » Quelques jours avant son départ pour Rio, le 12 juin, le prince Albert lui-même avait fait part de son pessimisme en conférence de presse (voir L’Obs’ n° 111). « Son pessimisme s’est confirmé sur place », souligne Fautrier.

Pessimisme
Ce qui a cristallisé toutes les critiques, c’est la déclaration finale baptisée « L’avenir que nous voulons. » Un document d’une soixantaine de pages, ratifié par 193 Etats, censé incarner la feuille de route environnementale et les engagements pris par les différents pays. « Les ONG et de nombreux observateurs de la société civile ont tiré à boulets rouges sur la très grande faiblesse de ce document et sur l’absence de résultats. A juste titre. Ce document n’est qu’un rappel d’éléments déjà actés il y a ou 10 ou 20 ans, et qui ne comporte aucun engagement volontariste nouveau. On ne fait que prendre note, prendre acte, et relever que… Une litanie de considérations qui ne sont en aucun cas des engagements », soupire le vice-président de la Fondation Albert II. Un texte qui a d’ailleurs fait l’objet d’un processus préparatoire pendant plus de 2 ans et qui a pourtant eu du mal à faire consensus. Pas étonnant selon Bernard Fautrier : « Comme l’a indiqué le directeur général de WWF international, Jim Leape, dans un récent article, on n’assurera pas notre futur si nous attendons que 193 gouvernements se mettent tous d’accord sur la route à prendre. »
« Act locally »
Voilà pourquoi selon Fautrier, il n’y a aujourd’hui plus de réel intérêt à organiser ces « grand-messes environnementales. Les lignes ne bougent plus au niveau des Etats. Les prises de conscience et les actions se font d’abord au niveau des entités décentralisées, des gouvernements locaux, des entités régionales, des municipalités, qui mettent en place des plans de développement durable. On n’est plus capable de penser globalement comme l’avait demandé le président Clinton il y a 15 ans. Mais on agit localement. »
La preuve concrète de ce qu’il appelle « act locally » (agir localement), c’est le concept d’économie verte. Une voie qui serait de plus en plus empruntée par les entreprises. « Il y a 20 ans à Rio, il n’y avait pas un seul chef d’entreprise. Vingt ans plus tard, la moitié des délégués étaient des patrons d’entreprises. C’est la prise de conscience qu’on peut effectivement produire mieux et plus vert avec de nouvelles technologies respectueuses de l’environnement. Il y a aussi la prise de conscience que c’est un gros marché et qu’il y a de l’argent à faire », ajoute Fautrier. Ainsi, l’insuffisance ou l’incapacité à agir des Etats est selon lui « largement contrebalancée par la dynamique locale des collectivités publiques et des grandes entreprises. »

Pillage
L’autre grosse déception de ce sommet concerne la gestion durable des océans. Une problématique portée par le prince Albert via le « Message de Monaco. » Au centre des débats notamment l’absence de cadre juridique en haute mer. « On a longtemps espéré que des négociations démarrent pour instaurer un minimum de normes juridiques sur cet espace maritime. Pour qu’il n’y ait plus de pillage des ressources halieutiques et des ressources génétiques. Et pour qu’il y ait un minium de cadre pour l’exploitation des ressources minérales », souligne Fautrier. Sauf que, lors des réunions préparatoires, les Américains, les Canadiens ou encore les Japonais se sont opposés à ce qu’il y ait un engagement à ce sujet.
Seule timide avancée : « La confirmation qu’un groupe se réunirait pour étudier l’opportunité d’engager des négociations internationales. Un rapport doit être fourni sur ce point aux Nations Unies avant 2015. Mais c’est globalement très décevant. »

Echec
Autre échec enregistré par ce sommet : l’idée lancée par la France de transformer le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) en une institution internationale. En clair, créer une sorte d’Organisation mondiale de l’environnement. « Même si la philosophie du projet est généreuse et d’une certaine façon logique, elle s’est heurtée aux dures réalités économiques de la plupart des Etats. Car dans le contexte actuel, plus aucun pays ne souhaite financer une telle organisation qui coûte très cher et qui requiert une cohorte de fonctionnaires internationaux. Or le PNUE n’a pas de budget propre. Les fonds lui sont alloués chaque année par l’assemblée générale des Nations Unies. Par conséquent ses moyens d’action sont limités », juge Fautrier. Si la France avait réussi à convaincre l’Union européenne (UE) du bien-fondé de ce projet, les turbulences économiques actuelles l’ont finalement fait échouer.
_Sabrina Bonarrigo