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Révolution numérique : Monaco en marche

POLITIQUE/Monaco future smart city ou showroom des nouvelles technologies signées des géants du web ? C’est l’une des pistes de réflexion du nouveau délégué interministériel chargé de la transition numérique, Frédéric Genta. Le Monégasque présentera une feuille de route concrète en juin.

“The right man at the right place”. Il n’y a qu’à regarder son CV et l’entendre parler pour comprendre pourquoi Frédéric Genta est apparu sur les tablettes comme l’homme de la situation. Le job de ce Monégasque, diplômé de l’ESCP et de Harvard, qui a quitté le siège américain de Google, à Mountain View, pour intégrer l’administration de son pays ? A 36 ans, l’homme vient d’être nommé délégué interministériel en charge de la transition numérique. Sa mission ? Définir « la stratégie pour le futur numérique de la Principauté ». Il s’agit en clair d’inscrire Monaco dans la révolution culturelle dont se sont déjà emparés des pays comme Singapour, Israël, véritable start-up nation et des smart city moins connues comme Medellin. Un poste inédit, taillé sur mesure : le néo-haut fonctionnaire assiste aux conseils de gouvernement, qu’il compte bien digitaliser d’ici six mois. Chargé d’établir une nouvelle gouvernance, il chapeaute des services de plusieurs départements. A savoir le conseiller sur le numérique, la direction de l’administration électronique et de l’information aux usagers, la direction informatique, l’agence monégasque de sécurité numérique et la direction des communications électroniques. En bref, c’est le Monsieur Numérique du gouvernement…

Feuille de route en juin

« Nous sommes dans une transformation économique qui va entraîner une façon différente d’organiser notre travail — pour l’administration ou pour les politiques publiques — et qui implique donc pour Monaco des changements radicaux », estime le ministre d’Etat, Serge Telle. La Principauté a certes déjà enclenché le processus depuis deux ans. Développement d’un plan de sécurité numérique, création de l’incubateur/accélérateur Monaco Tech, partenariats avec les étudiants de la fameuse Ecole 42 de Xavier Niel pour des projets de Smart City… Mais il fallait passer à la vitesse supérieure. « L’organisation administrative s’est faite au fil de l’eau, elle était relativement satisfaisante mais elle touche aujourd’hui à ses limites », juge Serge Telle pour qui « une vision stratégique et politique » est désormais essentielle. En juin, Frédéric Genta devrait dévoiler les premiers éléments de sa feuille de route. Pour l’heure, il consulte. D’abord en interne, au travers de séminaires : « Je suis convaincu que 90 % des réponses sont dans les équipes. Quand je suis arrivé, j’avais deux ou trois idées. Aujourd’hui j’en ai quarante ! », dit-il. Dans un second temps, il compte consulter la société civile. Reste à trouver les modalités.

Révolution

On sent déjà dans le discours deux axes dominants. Primo, développer une administration digitale, afin de faire rentrer le numérique concrètement dans la vie quotidienne des Monégasques et résidents de la Principauté (dématérialisation, e-éducation, e-médecine, etc). Ce qui implique de développer pour les services de l’Etat des outils pratiques et fonctionnels. Quitte à faire appel à des technologies déjà efficientes, expérimentées à l’étranger, sans tenter de révolutionner la roue. « C’est un chemin plus facile et moins coûteux… » Secundo, positionner Monaco comme place d’innovation, du moins dans certaines niches. « On ne peut pas être leader dans tout mais on doit choisir des segments », indique Frédérique Genta qui pense spontanément à l’immobilier — en pleine révolution technologique (financement, digitalisation, etc) — ou aux clean tech. « La compétition est mondiale pour attirer les talents, les capitaux ainsi que les innovations. La Principauté ne peut pas rester en dehors de cet enjeu stratégique », prévient-il. Alors évidemment, il n’est pas ici question de faire venir les sièges des géants du web (à savoir les GAFAM, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) dans les 2 km2 de la Principauté. « Google à Dublin, c’est 7 000 personnes. Et fiscalement, ce ne serait pas intéressant pour ces entreprises… » En revanche, pourquoi ne pas transformer Monaco en showroom mondial de leur technologie ? Ce sera alors à ce trentenaire, coiffant sa casquette de VRP, de les convaincre.

Optimisme

L’avantage, c’est qu’il les connaît. L’homme a travaillé à Amazon avant d’être “chassé” par Google. « Quand je parle aux GAFAM de Monaco, ils voient dans ce pays des atouts. Un Etat petit, doté de moyens, un régime politique très stable, que 100 % des gens plébiscitent, avec un leader moderne et engagé, un taux d’éducation et d’équipement plus élevé que la moyenne… Ils me disent : “Quel meilleur endroit pour la transition numérique ?”», insiste Frédéric Genta. En ajoutant : « Aujourd’hui, nous n’avons pas le risque d’un retour en arrière à la Trump ou un Brexit. » Pour le nouveau délégué interministériel, cette révolution culturelle implique de plus d’autres avantages indéniables : « la transparence, la vitesse, une société plus collaborative ». Sur le papier, qui s’y opposerait ?

_Milena Radoman

 

BIO EXPRES/

36 ans et connecté

Une bouilloire connectée, une tablette — où il écrit tout au stylet —, un casque Google, une photo de son épouse, économiste à l’OCDE, et une autre de ses amis managers de Mountain View… Le bureau de Frédéric Genta au ministère d’Etat symbolise bien la philosophie du nouveau délégué interministériel à la transition numérique. Et pour cause. Cet homme de 36 ans a passé « très exactement la moitié de sa vie à Monaco, et l’autre à l’étranger ». « Il est à peine plus vieux que Mark Zuckerberg mais ce n’est pas sa seule qualité », plaisante le ministre d’Etat, qui l’a recruté. Frédéric Genta a démissionné de Google après un coup de fil décisif du prince Albert.  « C’est une grosse décision de vie. Google fait partie des boîtes dont il est très dur de partir quand tout va bien… Mais c’est une chance de participer à la transition digitale d’un pays. Je voulais être de la partie », dit-il. Celui qui commencé sa carrière en banque d’affaires à Londres avant de travailler pour Orange et Amazon, lâche avec le sourire : « C’est le challenge qui m’excite le plus dans ma vie. » Et à l’américaine, pas question pour lui d’être dans le conflit d’intérêt : « Pour des raisons d’éthique et de neutralité évidentes », il a cédé ses actions Amazon et Google. Ce qui n’est pas forcément dans la culture locale… _M.R.

 

 

 

écrit par Milena