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Requiem budgétaire

POLITIQUE/Pour son dernier budget primitif, la mandature 2013-2018 s’est terminée par un vote positif. Marqués par une immixtion — inévitable — de la campagne dans l’hémicycle, malgré le rappel à l’ordre de son président Christophe Steiner, les débats ont fait apparaître des divergences entre les élus sortants qui se présentent au scrutin du 11 février 2018.

Certaines déclarations avaient des allures de testament politique. Voire de requiem avec, pour certains élus, des trémolos dans la voix. Le 21 décembre, la dernière séance budgétaire du parlement élu en 2013 s’est terminée par un vote du budget primitif 2018, montrant les divergences entre les différents groupes politiques. Adoptée avec 14 voix en sa faveur, la loi de finance a été défendue par le vice-président Marc Burini. « Si comme dans toutes les assemblées, nous ne sommes pas élus pour mener une politique, en revanche, nous sommes élus pour l’influer et l’accompagner. L’Exécutif doit nous expliquer, nous écouter et ne jamais cesser de nous entendre. C’est ce que vous avez fait, monsieur le Ministre », s’est félicité le rapporteur de la loi de budget (Nouvelle majorité). Listant les point d’accords : « Suppression du délai de 2 ans pour la domiciliation des sociétés au domicile du gérant, baisse de 170 millions du programme triennal du Stade Louis II, nouvelle opération intermédiaire de 55 appartements livrée en 2020 ; versement d’une prime exceptionnelle de 300 euros en fin d’année aux fonctionnaires, agents de l’Etat et retraités. »

Mécontentement

Cette position du groupe majoritaire de l’assemblée — qui a quelque peu volé en éclat avec la campagne électorale — ne couvre pas les frustrations de nombreux élus. Heureuse que « le mandat prenne fin », Valérie Rossi, pourtant peu loquace durant 5 ans, a condamné « le décalage entre rythme gouvernemental et la vraie vie des gens », comme « le ton agacé de conseillers de gouvernement », face aux questions des conseillers nationaux. Même mécontentement chez Philipe Clerissi, qui reproche « un climat délétère » et « la désagréable impression de parler dans le vide voire de déranger ». « Appuyez-vous sur le conseil national au lieu de le regarder en bout de chaîne », a également lâché Caroline Rougaignon. Pour manifester leur désapprobation face à des « attitudes méprisantes », les élus-candidats Primo ! Nathalie Amoratti-Blanc et Christophe Robino imitaient Daniel Boeri en votant, pour la première fois de la législature, contre le budget. « J’aurais voulu finir mon mandat de manière sereine. Mais sur de nombreux dossiers, un brouillard artificiel est maintenu. Je n’ai plus de crédit à vous accorder », tempêtait la présidente de la commission des droits des femmes. Fustigeant « une immixtion de l’exécutif gouvernemental dans l’élection » avec une allusion claire à l’affaire Rose.

Positions de principe

Une opposition qui faisait bondir Jean-François Robillon, qui moquait « un vote opportuniste ». Comme ils l’ont fait depuis le premier exercice budgétaire de la mandature, les trois élus Union monégasque ont en effet voté contre ce budget primitif 2018 « non pour s’opposer aux chiffres bruts mais au fait que le budget n’englobe pas toutes les dépenses publiques de l’Etat ». Le conseil national n’ayant pas la main sur les inscriptions faites au fonds de réserve constitutionnel… « Il est dommage que le conseil national soit systématiquement vu comme un empêcheur de tourner en rond, un mal obligé, un alibi démocratique. Il est tout aussi regrettable que les élus se méfient quasi-systématiquement du gouvernement, cherchant ce qui pourrait leur être caché. Dans les deux cas, personne n’a vraiment tort et c’est bien là que le bât blesse… » a tout de même regretté Jean-Louis Grinda, espérant un changement radical pour la prochaine législature. Et plaidant pour sa paroisse : « On ne fera pas du neuf avec du vieux. On ne réussira pas à penser le devenir de notre pays avec de vieilles recettes. »

Du côté de HM, chassant les « postures faciles », Béatrice Fresko a quant à elle, comme son groupe, voté pour le budget. « Quand on se regarde, on peut se faire peur. Quand on se compare (à nos voisins), on peut se rassurer. Monaco, n’en déplaise à certains, n’est pas un enfer », a-t-elle expliqué. Appelant de ses vœux un respect de la priorité d’emploi pour les Monégasques et une pérennisation du régime de retraite de la fonction publique et du niveau des prestations. Un point sur lequel elle converge d’ailleurs avec Jean-François Robillon : « Il faudra à l’avenir mettre en place la création d’une caisse autonome pleinement financée par un transfert d’actifs du Fonds de réserve constitutionnel ». Un sujet qui reviendra pour le coup durant cette campagne mais surtout, comme bien d’autres, lors de la prochaine mandature.

(1) Ce budget primitif a été voté avec 14 voix pour et 8 contre (Clerissi, Robino, Crovetto, Amoratti-Blanc, Robillon, Pasquier, Boeri, Grinda).

écrit par Milena