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Réforme du BAC. Exit les filières L, ES, et S

Réforme — A Monaco comme en France, toute l’organisation du lycée général est désormais chamboulée… Depuis la rentrée 2019, exit les traditionnelles filières S, ES et L, déjà connues avant 1995 sous les appellations A, B et C. Les élèves suivent tous désormais les mêmes enseignements communs, et peuvent personnaliser leur parcours en choisissant trois enseignements de spécialité. Choix qu’ils doivent faire dès la fin de la classe de seconde —

Pour les classes de première, c’est une petite révolution qui a été engagée dès cette rentrée 2019 : les filières littéraire (L), économique et sociale (ES) et scientifique (S), qui ont structuré le bac général depuis des générations, sont désormais de l’histoire ancienne. La réforme du bac a en effet engendré leur suppression pure et simple… Désormais, à la place, tous les élèves suivent un tronc commun de matières (dont le français, l’histoire-géographie, deux langues vivantes ou encore l’enseignement moral et civique), ainsi que trois spécialités, à choisir dès la fin de l’année de seconde. Les lycéens de Monaco doivent ainsi piocher parmi dix options différentes, selon leurs goûts. Au menu : arts et arts plastiques/histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques/humanités, littérature et philosophie/langues, littératures et cultures étrangères/littératures, langues et cultures de l’antiquité/mathématiques/numérique et sciences informatiques/physique-chimie/sciences de la Vie et de la Terre et enfin sciences économiques et sociales. « Chaque élève choisit trois enseignements en fonction de ce à quoi il se destine dans les études supérieures, précise Isabelle Bonnal, directeur de l’éducation nationale à Monaco. 4 heures hebdomadaires sont affectées à chaque enseignement de spécialité. »(1) Avec cette organisation plus modulaire, l’objectif affiché est de donner plus de choix aux élèves selon leurs goûts et leurs centres d’intérêt, mais aussi « permettre une véritable personnalisation du parcours de chaque lycéen » et diversifier les profils des futurs diplômés.

« L’auto-entrepreneur de sa scolarité »

Mais en bousculant les conservatismes, le gouvernement a également fait quelques mécontents chez les profs et les syndicats français. Certains d’entre eux estiment en effet que le poids des choix à effectuer pour ces grands adolescents est bien trop lourd et précoce : « L’élève devient l’auto-entrepreneur de sa scolarité, toujours davantage responsable individuellement de ses choix, de ses réussites ou de ses échecs », commente ainsi le syndicat français SUD éducation dans un communiqué. « Les adolescents sont en pleine construction à ce moment-là et incapable de se projeter alors que la réforme les y oblige », tempête de son côté Emmanuel Féchet, secrétaire national du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES-FSU). D’autres craignent également des inégalités territoriales entre les différents lycées, et en particulier dans les zones rurales puisque certains établissements ne seront pas en mesure de proposer le panel complet des spécialités. Certains profs redoutent aussi que les épreuves communes organisées durant l’année scolaire ne grignotent du temps de cours. Nombreux sont ceux qui dénoncent ainsi une perte pédagogique…

Série L : voie de garage ?

Mais pour la communauté éducative, sortir de la logique des filières est salutaire. L’un des objectifs affichés est de limiter les inégalités entre les différents bacs. Car les trois filières n’offriraient pas tout à fait les mêmes débouchés universitaires. Si la section S est souvent considérée comme la « voix royale », c’est un peu moins le cas de la filière ES, et encore moins vrai pour la série L, de plus en plus boudée par les élèves. Dans un rapport de juillet 2006, l’inspection générale de l’éducation nationale constatait déjà cette problématique : « L’après-bac L se présente comme semé d’incertitudes et contribue à détourner les élèves de seconde des études littéraires. Ce manque de visibilité concerne autant les poursuites d’études que l’insertion professionnelle », précise le rapport. Cette désaffection pour la série L se vérifie aussi dans les chiffres. Longtemps majoritaire, la filière littéraire a connu une baisse drastique de ses effectifs au fil des années. « Ce recul quantitatif se double d’une dégradation qualitative : loin d’attirer les meilleurs éléments des classes de seconde, elle apparaît trop souvent comme un refuge pour des élèves en délicatesse avec les disciplines scientifiques, et amenés là par défaut plutôt que par goût pour les enseignements littéraires », poursuit ce même rapport.

Débouchés limités

Autre constat : pour ces élèves littéraires, l’éventail des débouchés universitaires serait bien moins grand que pour les deux autres séries de l’enseignement général : « Les voies d’excellence accessibles aux bacheliers littéraires (écoles normales supérieures, instituts d’études politiques, écoles de commerce…) ne concernent qu’une infime minorité d’élèves. Ces voies sont aussi accessibles à des bacheliers S et ES et les meilleurs littéraires sont souvent incités à choisir, pour y accéder, de passer par la série S. Ils sont supposés y acquérir des méthodes de travail et bénéficier d’un entraînement à la compétition propice à la préparation des concours, explique le rapport. Alors que personne ne s’étonne de voir des bacheliers S ou ES réussir brillamment des études dans le domaine des sciences humaines ou sociales, personne n’imagine qu’un bachelier littéraire s’aventure dans des études supérieures de physique, de chimie ou de biologie. La médecine leur est désormais fermée. »

(1) A noter que les enseignements optionnels et les parcours spécifiques — de type sections européennes, option internationale… — déjà proposés en Principauté, sont conservés.