Patrick-Rinaldi

Qui est vraiment le nouveau patron de l’UP ?

POLITIQUE/Depuis avril, Patrick Rinaldi a succédé à Anne Poyard-Vatrican à la présidence de l’Union pour la principauté. Un homme de réseau très discret qui a accepté de se dévoiler pour L’Obs’.

«Il faut que le gouvernement et le conseil national travaillent ensemble. Et pour ça, il faut arrêter les clans. D’ailleurs, même le terme « opposition » me gêne ! » C’est la petite phrase répétée par le nouveau président de l’Union pour la principauté (UP), Patrick Rinaldi. Réputé pour sa discrétion, ce Monégasque de 58 ans se retrouve aujourd’hui propulsé sur le devant de la scène. Une première depuis ses débuts dans la vie publique et politique, en 1973, alors qu’il n’avait que 20 ans.

Gestion
Né le 3 août 1953 à Monaco, Patrick Rinaldi a beaucoup voyagé. Si ses parents sont aujourd’hui décédés, sa mère était fonctionnaire à la mairie de Monaco. « Et mon père était directeur aviation : il travaillait sur les puits de pétrole. » Voilà pourquoi, très vite, Rinaldi a quitté la principauté pour Biscarrosse (Landes), alors qu’il avait à peine un mois. Ensuite, direction l’Iran, la Tunisie, l’Algérie… « En fait, je suis revenu à Monaco lorsque la France a quitté ces colonies, en 1963. À l’époque, la principauté était aussi une sorte de colonie… Aujourd’hui, ça a un peu changé. Même si la France aime encore avoir un oeil sur ce qu’il se passe à Monaco… »
Après des études au lycée Albert 1er, Rinaldi décroche un bac de gestion. « Un truc très à la mode à l’époque. » Ensuite, il débute une formation pour obtenir un diplôme d’étude comptable supérieure (DECS) qu’il ne terminera pas.

Rallyes
Après un passage dans des banques privées, en 1980, il crée une boite de communication spécialisée dans le sport automobile. « J’ai fait trois fois le rallye Monte-Carlo, en 1978, 1980 et 1982. Malheureusement, je ne l’ai jamais fini. Mon meilleur résultat, c’est un abandon alors qu’on était 8ème au classement général. » Ensuite, il lance en parallèle Agimmo, une agence immobilière qu’il revend 15 ans plus tard. En 1995, Rinaldi réoriente son agence de communication vers Internet qui commence à se développer. « C’était peut-être un peu trop tôt. Ça n’a pas marché. » Du coup, il ferme son agence et entre en 2002 au service de l’Etat, comme inspecteur au permis de conduire pour la sécurité routière. Après une formation de quelques mois à Nevers (Nièvre), Rinaldi est opérationnel.
Mais le premier contact avec la vie publique et la vie politique remonte à 1973. Rinaldi a seulement 20 ans. « C’est une chance formidable d’être Monégasque. Du coup, je trouve normal de donner un peu de son temps pour rendre un peu ce qui nous est donné. » Voilà pourquoi il décide de s’impliquer dans la vie associative.

« Réseau »
« Jusqu’en 1990, la politique à Monaco, c’était une affaire de familles et de réseaux. Aujourd’hui, ça évolue. Car depuis, il y a eu des naturalisations, des mariages… Donc l’électorat a pas mal évolué. Il s’est dilué. Et miser sur les réseaux pour gagner des élections, ça n’est plus suffisant. » Ce qui explique les changements d’outils pour séduire les électeurs. Avec la multiplication des réunions publiques par des groupes politiques comme Rassemblement & Enjeux (R&E) et l’Union des Monégasques (UDM).
En 1992, Patrick Rinaldi rencontre Stéphane Valeri. « C’est un communiquant. C’est quelqu’un qui croit dans ce qu’il fait. Moi, j’ai cru en lui. » En 2002, lorsque l’Union pour la principauté (UP) est créée, Rinaldi est là. « J’ai toujours été un homme de réseau. Toujours derrière. » Mais depuis le 17 avril, après l’assemblée générale où Anne Poyard-Vatrican lui a laissé la présidence, Patrick Rinaldi est devant. En pleine lumière. Une première pour cet homme de l’ombre.
En effet, après 3 ans à la tête de l’UP, Poyard-Vatrican n’a pas souhaité poursuivre dans cette fonction. « Etre présidente de l’UP n’est pas une fin en soi. Je ne cultive pas le culte de la personnalité. En période électorale, il ne faut pas mélanger les genres et cumuler les fonctions », a expliqué alors l’ex-présidente.

« Divisés »
Jamais candidat entre 2002 et 2012, Rinaldi n’envisage pas, pour le moment, de se présenter en février 2013. « Parce que je crois que si on veut être candidat et qu’on aime son pays, il faut le faire comme l’a fait Stéphane Valeri : à temps complet. Ou au minimum à mi-temps. » Ce qui n’est pas dans les intentions de Rinaldi. « Si c’est pour être élu et aller aux réceptions, être assis dans un joli fauteuil et avoir de jolies cartes de visites, ça ne m’intéresse pas. »
Pour l’instant, Rinaldi estime avoir suffisamment à faire avec la présidence de l’UP. « J’ai accepté la présidence parce qu’il y avait la possibilité de travailler avec un groupe de travail intéressant. Et puis Anne a assez pris de coups : il fallait l’aider. De plus, on a toujours dit que la tête de liste doit rassembler largement et aussi se retirer de la présidence du groupe. » Ce qui laisserait entrevoir la possibilité qu’Anne Poyard-Vatrican puisse être tête de liste pour les élections du conseil national, en février 2013.
En tout cas, depuis son élection mi-avril, Rinaldi a rencontré les responsables des autres groupes politiques du conseil national. Notamment Jean-François Robillon pour l’UDM et Laurent Nouvion pour R&E. « Mes relations sont excellentes. Y compris avec les indépendants Pierre Svara et Christophe Spiliotis-Saquet. De toute façon, avec 7 000 Monégasques et 4 000 électeurs, on n’a pas les moyens d’être divisés. »

« Rancoeur »
« Aujourd’hui, je peux vous dire que l’UP sera présente aux élections de février 2013. Mais sous quelle forme, je ne sais pas. On se décidera sans doute cet été. » L’hypothèse d’une liste UP, si elle n’est pas exclue, reste peu probable. « Une liste UP ? Pourquoi pas ? Mais il faut être clair : ça me semble un peu difficile. » On s’oriente donc vers une union de l’UP avec un autre groupe politique. Reste à savoir lequel. UDM, R&E, UNAM, Synergie Monégasque, les indépendants…
Une certitude, l’UP a les moyens de jouer le rôle d’arbitre et de faire basculer cette élection d’un côté ou de l’autre. Reste donc à savoir qui a le meilleur profil pour séduire l’UP. « Celui qui représentera à nos yeux une union nationale qui va sur nos idées. » A priori, l’UDM étant composée d’anciens élus UP, le rapprochement semble assez logique. A moins que la rancoeur soit la plus forte. « Moi, je ne suis fâché avec personne. Mais je ne peux pas parler à la place des autres. Surtout pour des problèmes qui sont plus de l’ordre de la rancoeur personnelle que de l’analyse politique. » Car si l’UP et l’UDM se retrouvent, pas sûr que tout le monde apprécie ces retrouvailles au sein de ces deux formations. Il faut dire que suite à l’implosion de l’UP l’an dernier (voir le dossier complet publié dans L’Obs’ n°98), les divergences sont désormais plus fortes. Ce que confirme Rinaldi : « Certains membres de l’UDM se sont radicalisés. Et aujourd’hui ils semblent dire ouvertement qu’ils souhaitent une adaptation de la constitution monégasque. Ce qu’on n’entend pas chez R&E ou à l’UP. »

Mini-crise
En cause, le dossier des retraites, bien sûr (voir article publié dans L’Obs’ n°110). Un sujet sur lequel l’UDM avait réclamé un délai supplémentaire pour étudier le projet de loi sur la réforme des retraites. « La méthode proposée par le gouvernement n’a pas créé le consensus. Concrètement, il n’y aura donc pas de session extraordinaire au conseil national en septembre », avait lancé le président de l’UDM, Jean-Sébastien Fiorucci, le 11 mai. Avant que le prince Albert ne réagisse le 14 mai, dans un communiqué très clair : « J’entends que ce texte, qui a reçu mon entière approbation, soit examiné sans tarder et sans qu’il soit nécessaire d’entreprendre à nouveau des études au demeurant déjà réalisées par le gouvernement dont c’est la tâche […]. J’ai décidé que le conseil national se réunira en session extraordinaire la dernière semaine de septembre. Il est des responsabilités auxquelles on ne peut se soustraire. » Une mini-crise qui n’a pas échappé à Patrick Rinaldi : « Le positionnement des membres de l’UDM par trois fois depuis le début de l’année sur les valeurs et les fondamentaux des institutions de la principauté nous gêne. Car il y a une dérive parlementariste. Après sur les idées, les élus de l’UDM sont des fils de l’UP. » Parce que le nouveau patron de l’UP ne veut se couper de personne. « J’écoute et je rencontre tout le monde. Aujourd’hui, je ne ferme aucune porte. Je suis très pragmatique. »

Budgets
Alors que la campagne pour 2013 est déjà lancée, l’UDM et R&E multiplient les réunions publiques. Avec une stratégie simple : miser sur les rencontres avec les Monégasques pour convaincre et s’imposer en février 2013. Une véritable course, avec d’un côté, des « cafés citoyens » pour l’UDM et de l’autre, des « réunions de quartier » pour R&E. Car ces deux groupes politiques sont bien décidés à occuper le terrain. « En ce moment, la politique à Monaco, c’est comme aux Nouvelles Galeries : tous les jours il se passe quelque chose ! », ironise Rinaldi. Avant d’expliquer l’absence de l’UP dans cette compétition par une raison simple : « Nos caisses ne sont plus vraiment pleines… Depuis que les élus qui ont créé l’UDM ont quitté l’UP en mars 2011, on n’a plus les moyens d’avant… » Mais il faut assumer certaines dépenses fixes. Notamment un local et une secrétaire sous contrat jusqu’en mars 2013. Tout en se débrouillant pour construire sa communication avec un budget plus serré. Comme par exemple ce courrier envoyé mi-juin à tous les Monégasques. Objectif : « Expliquer que l’UP n’est pas morte. Et que l’UDM n’est pas l’UP. » Reste à savoir si les élections se joueront vraiment sur des questions de budgets de campagne. Des budgets désormais encadrés et limités à 400 000 euros, avec un montant maximal de remboursement à 80 000 euros. Confiant, Rinaldi estime que « l’argent ne suffira pas à faire la différence. » Réponse en février 2013.
_Raphaël Brun