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Première réforme pour Serge Telle

MODERNISATION/Trois mois après sa prise de fonction, le ministre d’Etat bouscule les habitudes. S’il s’attaque aujourd’hui à l’efficience du processus décisionnel gouvernemental, Serge Telle devrait bientôt jeter un autre pavé dans la mare : la réforme des retraites des fonctionnaires.

Dès sa prise de fonction, en février, on sentait que Serge Telle impulserait rapidement certains changements dans la haute administration monégasque. Trois mois après, c’est fait. Les premières mesures sont tombées le 20 mai. Pas de remaniement ministériel mais une batterie de modifications destinées à moderniser le processus décisionnel et assurer une meilleure lisibilité du système. Dans le cadre de cette première “réforme”, assise sur des ordonnances souveraines, les conseillers de gouvernement se voient ainsi accoler le terme de ministre. « Les conseillers de gouvernement occupent des fonctions ministérielles. Quand Gilles Tonelli va à Bruxelles par exemple, ce n’est pas un chef de bureau mais un ministre qui va négocier au nom de la principauté l’accord d’association avec l’Union européenne », a expliqué le ministre d’Etat dans les colonnes de Monaco-Matin. En clair, plus question de laisser place à la confusion à l’international.

Gagner du temps

Autre novation : avec le renforcement du secrétariat général du ministre d’Etat, rebaptisé Secrétariat général du gouvernement (SGG), il s’agit d’injecter de la transversalité dans le travail entre départements ministériels. « L’objectif est de déminer le terrain sur les dossiers avant que le gouvernement ne propose les arbitrages au palais princier et de concilier les intérêts », indique le secrétaire général Robert Colle. Un rôle de tamis et de tri qui devrait impliquer plus de collégialité avec les directeurs généraux. Chaque département a en effet tendance (logiquement) à voir ses impératifs et défendre “son bout de gras”. Une discussion en amont devrait permettre de gagner en efficacité, éviter les bocages et gagner du temps… Même si dans les faits, cette “révolution culturelle” ne se fera pas en un jour. « L’administration a besoin de s’adapter, de changer les réflexes culturels », reconnaît Robert Colle.

Ce mode de fonctionnement a pourtant déjà fait ses preuves. Par exemple, dans le cadre de la réforme du permis de conduire obligeant désormais les titulaires du permis B à passer un permis moto pour conduire un scooter 125 cm3. Alors que le dossier était arrivé jusqu’au conseil de gouvernement, il est redescendu au niveau du secrétariat général… Et une réunion inter-départements a abouti à « une solution pragmatique ». « Nous avons décidé de valider en interne les titulaires des permis B qui pouvaient attester qu’ils conduisaient un scooter depuis 5 ans et n’avaient rencontré aucun accident depuis 2 ans ». Histoire de ne pas refaire passer un examen à 500 usagers… « C’est un modus operandi à systématiser en amont », estime Robert Colle. Un Robert Colle assisté par deux adjoints, Marc Vassalo et désormais Isabelle Costa. L’énarque est en charge de la cellule Europe. « Cela montre une lecture claire des priorités de l’Etat, la négociation avec l’Union européenne, rappelle le secrétaire général. Isabelle Costa, diplômée du collège de Bruges, était la personne idoine. » Le prochain rendez-vous de la cellule Europe aura lieu du 6 au 8 juin. Juste avant que les Anglais se prononcent sur une sortie de l’Union européenne. « Un Brexit ne serait pas sans impact. Mais qui est aujourd’hui capable de connaître le résultat du vote et surtout ses conséquences ultimes ? » s’interroge Robert Colle.

Un actif pour un inactif en 2022

Au ministère d’Etat, tout le monde est en revanche conscient qu’il ne s’agit que d’une première réforme pour l’administration. Dans une interview à Monaco Economie, Serge Telle a déjà annoncé la nécessité de réfléchir à une réforme des retraites pour la fonction publique. Son prédécesseur, Michel Roger, avait initié une étude d’actuaires dont les conclusions seraient inquiétantes. Elle montre que l’on comptabilisera un actif pour un inactif à l’horizon 2022. C’est à dire demain… « Partout dans le monde, tous les modèles sociaux hérités de l’après Seconde guerre mondiale ont été réformés. Quand quelqu’un part à la retraite à 49 ans alors qu’il a 86 ou 89 ans d’espérance de vie, cela fait long et pèse sur les finances de l’Etat », a développé le ministre. Pas question « d’y aller au sabre » ou de toucher aux droits acquis pour Serge Telle. Conscient que les futures réunions de concertation seront « musclées ». Les premières devraient logiquement intervenir avant la fin de l’année. Après avoir été évoqué fin 2014, le débat pourrait même revenir devant l’assemblée dès l’examen du budget rectificatif 2016.

_Milena Radoman

 

« Séparer les métiers »

MEDIAS/Et si Monaco avait son France Télévisions ?

« La communication est désormais reconnue parmi les devoirs de l’Etat. Il s’agit d’un moyen stratégique et non subsidiaire pour obtenir un bien public. Elle doit être réalisée avec professionnalisme sans improvisations ». La phrase est de l’ancien président italien Carlo Azeglio Ciampi mais elle colle parfaitement à l’état d’esprit de Serge Telle. En effet, il n’est pas anodin que l’une des premières mesures du nouveau ministre d’Etat porte sur l’organe de communication du gouvernement, ex-centre de presse. Sa logique ? Séparer les métiers de la communication et de l’information. « C’était presque une anomalie », a commenté le ministre dans Monaco-Matin.

Exit les consultants

Le premier centre de presse datait des années 50 et son évolution avait amené la création de la chaîne gouvernementale Monaco Info. Désormais chapeautée par Geneviève Berti, la direction de la communication est chargée de « répondre à tous les besoins de communication, qu’il s’agisse de relations presse, stratégie, analyse ou communication publique », explique l’ancien bras droit de François Chantrait. Résultat, le gouvernement met fin à de nombreux contrats onéreux d’experts en communication comme Jean-Luc Mano. Ce qui permettra une économie budgétaire substantielle de près de 2,5 millions d’euros par an. « Nous souhaitons avant tout internaliser les compétences et limiter les recours aux consultants extérieurs. Qui mieux que nous peut parler de Monaco au sujet de l’Europe, de la politique culturelle ou sportive ? » pointe Geneviève Berti.

Deuxième effet Kiss Cool de cette séparation des métiers : la coupure, à terme, avec Monaco Info, et la création d’une agence de production d’information autonome et indépendante. C’est François Chantrait, l’ancien patron du centre de presse, qui est chargé par le ministre d’Etat d’imaginer ce pôle audiovisuel et numérique de demain. Il rendra son rapport début 2017 et cette entité devrait voir le jour en 2018. En attendant, Geneviève Berti pilote et développe l’existant. « On va structurer le pôle web avec un community manager, un webmaster éditorial et un JRI et renforcer le pôle photo. » _M.R.

écrit par Milena