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Pourquoi les médias boudent les échecs

SPORT/Alors que le tournoi d’échecs des petits Etats d’Europe s’est déroulé à Monaco fin novembre, cette discipline reste très peu médiatisée.

 

L’actualité des échecs a été chargée fin novembre. Pour une fois, la victoire du jeune Magnus Carlsen face à Viswanathan Anand, champion du monde en titre, a fait le tour du monde. A seulement 22 ans, celui qui est considéré comme le Mozart des échecs a remporté le titre mondial, le seul qui lui manquait, alors qu’il est numéro un mondial depuis 2010. On n’avait pas vu telle agitation autour de ce sport depuis 2011 et une affaire de tricherie mettant en cause trois Français lors d’un tournoi en Russie. Il faut ensuite remonter aux années 1970 et 1980 pour retrouver un réel intérêt des médias pour ce jeu stratégique.

IBM
« La médiatisation des échecs est toute relative. Pour l’instant les médias se sont surtout intéressés aux échecs pour le côté sulfureux, avec les affaires de tricheries ou le combat de l’homme contre la machine. Mais aussi pour le contexte, lors d’affrontements géopolitiques » raconte Laurent Vérat, directeur général de la Fédération Française d’Echecs (FFE).
Dans les années 1970, c’est avec le joueur d’échecs américain Bobby Fischer que l’hégémonie soviétique a pris fin sur le monde des échecs. Dans ce qui est appelé « le match du siècle », l’Américain bat Boris Spassky, champion du monde en titre. Ce match, ultra médiatisé, a d’ailleurs été un tournant dans la compétition entre les Etats-Unis et la Russie, en pleine Guerre Froide (1947-1991). Ce fut ensuite un affrontement « russo-russe » qui a tenu le monde en haleine, avec les oppositions répétées entre Garry Kasparov et Anatoli Karpov, dans les années 1980. En 1996 et 1997, un nouveau match entre la Russie et les Etats-Unis a lieu. Le super ordinateur d’IBM Deep Blue se mesure à deux reprises à Garry Kasparov. Bilan : match nul, avec une victoire des deux côtés.

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Pour Jean-Michel Rapaire, président de la fédération monégasque aucun doute : les échecs sont bien un sport. Car « sur une compétition comme le tournoi des petits Etats, les joueurs peuvent perdre plusieurs kilos, tant le niveau de concentration pompe de l’énergie. » Un sport boudé par les médias. Et ce, malgré l’explosion du nombre de chaines sportives. InfoSport+, beIN Sport, L’Equipe 21(1)… Aucune ne mise sur les échecs.
En cause, l’image de ce sport. Trop cérébral pour les uns, trop ésotérique pour les autres, pas assez dynamique, trop lent… « C’est peut être un peu plus élitiste, mais pour être bon, il faut juste du travail et de la concentration », estime Rapaire. « C’est une activité jeune et ludique, qui change des jeux vidéos et qui pousse à la réflexion. En France, 400 000 enfants jouent aux échecs sur leur temps scolaire. Et la moyenne d’âge de nos adhérents est de 27 ans », souligne Vérat. En principauté, l’accent est aussi mis sur les enfants, où des cours sont dispensés 4 jours par semaine par un membre du cercle d’échecs de Monte-Carlo.

« Coup »
Pourtant, malgré ce regain de jeunesse chez les pratiquants, comme en témoigne d’ailleurs la victoire de Magnus Carlsen, difficile de suivre des compétitions d’échecs depuis son canapé. En effet, rares sont les chaînes de télé qui diffusent des échecs. Quelques chaînes locales ont pu le faire lors d’événements précis, mais les grandes chaînes sportives ne s’y risquent pas. Comment remédier à cela ? Laurent Vérat pense que les échecs ont besoin d’ambassadeurs pour s’imposer sur la scène médiatique : « Magnus Carlsen est un très bon ambassadeur. Il peut permettre aux échecs de retrouver une vraie notoriété. En France, il y a aussi de très bons joueurs qui peuvent être de bons ambassadeurs. Mais il faut quand même un background derrière ». Mais un minimum de connaissances est nécessaire pour comprendre les coups. « Pour 80 % de la population, il est difficile de comprendre pourquoi un coup a été joué. Il faut donc expliquer. Ce que l’on fait d’ailleurs avec les enfants », juge Rapaire.

Résultats
Des rumeurs annoncent déjà que le nouveau champion du monde Magnus Carlsen pourrait venir s’installer à Monaco. Jeune, sportif, il pose également pour la marque de vêtements G-Star Raw, pour laquelle il incarnera la collection printemps-été 2014. Carlsen a d’ailleurs déjà joué deux fois ce rôle, pour les collections automne-hiver 2010 et printemps-été 2011.
Pour avoir une chance d’être médiatisé, il faut aussi avoir de bons résultats. « Notre équipe féminine engagée en coupe d’Europe a ramené le titre 5 fois en 7 participations, dont cette année », se félicite Jean-Michel Rapaire. En championnat de France ou en interclubs, l’équipe féminine n’est pas composée des joueuses de Coupe d’Europe. Mais les filles évoluent tout de même en Top 12, l’équivalent de la première division. Chez les jeunes, les résultats sont satisfaisants, avec une participation au Top Jeunes. Tandis que les hommes jouent en Nationale 1, ce qui équivaut à la 2ème division.
_Romain Chardan

(1) Contactés par L’Obs’, beIN Sport, Canal+, L’Equipe 21 et InfoSport+ n’ont pas donné suite à nos demandes d’interviews.

Tournoi des petits Etats d’Europe/
Monaco sur le podium

Du 25 novembre au 1er décembre, Monaco a accueilli le tournoi des petits Etats d’Europe. L’occasion de fêter les 20 ans de ce tournoi que la principauté a déjà accueilli trois fois, en 1993, 1995 et 1997. Favorites, les Îles Féroés se sont logiquement imposées, alors que Monaco a fini sur la 3ème marche du podium. Un classement conforme aux objectifs fixés avant le début du tournoi. Le président de la fédération des Îles Féroés, Finnbjorn Vang, a souligné « qu’au-delà du tournoi, les échanges inter-culturels sont très forts. » La prochaine édition aura lieu en 2015 à Guernesey. Jean-Michel Rapaire est optimiste : « Pour 2017, il y a plusieurs candidats. Ce qui est plutôt une bonne chose. »_R.C.