Pillule-contraceptive

Pilule de 3ème génération :
Monaco suit la France

SANTÉ / La pilule contraceptive de 3ème génération ne sera plus remboursée en France à compter du 31 mars 2013. Monaco va suivre.

Depuis plusieurs semaines, la pilule de 3ème génération est en accusation. Victime d’un accident vasculaire, Marion Larat, une jeune française de 25 ans, a porté plainte au pénal. Alors que L’Obs’ était en bouclage le 14 janvier d’autres dossiers étaient sur le point d’être déposés.

Remboursable
Au total, 13 morts ont été répertoriés en 27 ans. Ce qui représente un cas pour 2,5 millions d’utilisatrices par an. Même si c’est très peu, le 2 janvier, la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé que la pilule contraceptive de 3ème génération ne sera plus remboursée à partir du 31 mars 2013. Pas question de prendre le moindre risque. Or, il n’y a que les médicaments et les produits de santé autorisés à la vente en France et figurant sur la liste des produits remboursables par l’assurance maladie dans ce pays qui peuvent être pris en charge à Monaco. Du coup, si la France décide de ne plus rembourser cette pilule de 3ème génération, il en sera de même en principauté.

« Risques »
En revanche, aucune statistique n’existe en principauté pour évaluer le nombre d’accidents liés à cette pilule. Mais le professeur Alain Treisser, chef du service de gynécologie-obstétrique au centre hospitalier princesse Grace (CHPG), affirme qu’aucun cas d’accident suite à la prise de contraceptifs oraux de 3ème et 4ème génération n’a été recensé dans son service. Et ce médecin rappelle que « les contraceptifs oraux constituent un moyen très efficace de prévention des grossesses. » Avant d’ajouter : « Tous les contraceptifs estroprogestatifs peuvent entraîner des risques d’accidents thrombo-emboliques. En l’absence de tout traitement de ce type, on constate une fréquence d’accident vasculaire chez la femme de 1 cas pour 10 000. Sous estroprogestatifs de 1ère ou 2ème génération, la fréquence est de 2 cas pour 10 000. Celle-ci est portée à 4 cas pour 10 000 avec les pilules de 3ème et 4èmegénération. Toutefois, lors de la grossesse les risques thrombo-emboliques sont nettement plus élevés. »

Antécédents
Du coup, le professeur Treisser souligne que les prescriptions doivent évidemment prendre en compte les antécédents pathologiques de chaque femme. Notamment le cholestérol, hypertension artérielle, accidents thrombo-emboliques veineux… Sachant que le risque grandit encore pour les fumeuses. « Il est également signalé que la survenue de complications vasculaires intervient, en général, dans les 6 premiers mois du traitement », indique ce médecin. Du coup, le changement de pilule pour une autre implique des risques qui doivent être mesurés avec le plus de justesse possible. « Il faut également rappeler qu’en France 70 % des femmes sous contraceptifs oraux utilisent actuellement des pilules de 3ème et 4ème génération, le plus souvent mieux tolérées que celles de 2ème génération », ajoute le professeur Alain Treisser.

« Plainte »
« En matière de sécurité du médicament, le gouvernement monégasque, ne disposant pas de moyens d’expertise, suivra la position que prendront les autorités sanitaires françaises », souligne la direction de l’action sanitaire et sociale (DASS), tout en indiquant n’avoir reçu « aucune plainte sur des effets secondaires. » En France, l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) a lancé des consultations avec les prescripteurs pour tenter de limiter l’utilisation de la pilule de 3ème génération jugée « excessive. » Mais selon la DASS, l’ANSM n’aurait pas entrepris de démarche auprès des instances sanitaires monégasques : « Naturellement, ces instances, comme les prescripteurs en principauté, ne sont pas pour autant privés d’informations », précise la DASS. Reste à savoir si l’ensemble de ces mesures suffiront à rassurer les femmes.
_Raphaël Brun

(1) Selon une ordonnance de mars 2003, l’ANSM est compétente pour la délivrance de l’autorisation de mise sur le marché de médicaments à Monaco.

Générations/
4 pilules en 50 ans

La pilule de 1ère génération fait référence aux pilules commercialisées dans les années 1960 qui étaient fortement dosées en oestrogène. Ce qui provoquait quelques effets secondaires. Aujourd’hui, seule la Triella est encore en vente. Lancées dans les années 1970 et 1980, les pilules de 2ème génération incluent des progestatifs qui ont fait baisser les effets secondaires. En revanche, il y a un faible risque de thrombose veineuse, notamment s’il existe des antécédents. Parmi les produits connus, on peut citer Minidril, Trinordiol ou Adepal. C’est dans les années 1990 que les pilules de 3ème génération sont apparues. Avec trois nouveaux progestatifs dans leur composition, elles devaient notamment permettre de minimiser l’acné. Finalement, selon des études, le risque d’accident thrombo-embolique serait deux fois plus grand qu’avec les pilules de 2ème génération. Enfin, les pilules de 4ème génération présentent des effets secondaires à peu près équivalents aux pilules de 3ème génération. Mais comme le rappelle l’ANSM, c’est la grossesse, et pas la pilule, qui entraîne le plus grand risque de thrombose veineuse, avec 6 cas pour 100 000 femmes.
_R.B.