Panneau-Photovoltaiques

Photovoltaïque
Eviter l’échec solaire

SOCIETE/Monaco cherche à doper les installations photovoltaïques avec un rachat d’énergie à un prix intéressant. Suffisant pour éviter l’échec enregistré par la France ?

C’est dans le cadre de son plan énergie climat (voir encadré) que la principauté a décidé de lancer des aides pour le photovoltaïque. Le 3 avril, Marie-Pierre Gramaglia, conseiller de gouvernement pour l’environnement, l’équipement et l’urbanisme a annoncé le lancement d’une aide financière pour doper l’installation de panneaux solaires.

Aide
« Une aide à la production d’électricité photovoltaïque a été créée. Elle est de 36 centimes hors taxes par kilowatt heure (KwH) pour les toitures plates. Et de 53 centimes par KwH dans tous les autres cas », explique le directeur de l’environnement, Cyril Gomez. En France, lors du lancement de cette technologie en 2006, le montant du rachat par KwH était de 60 centimes d’euros par KwH.
Mais attention : les contrats sont toujours établis sur une durée déterminée. « C’est un montant garanti sur 15 ans », explique Gomez. A l’heure actuelle, le tarif de rachat en France est dégressif tous les trois mois. Pour la période du 1er avril au 30 juin 2014, il s’élève à 27,94 centimes par KwH pour des installations allant de 0 à 9 kW crête (KwC), une unité de mesure qui représente la puissance maximale du dispositif.

Critères
A Monaco, la mesure incitative mise en place par le gouvernement concerne les installations dont la puissance est supérieure à 3 KwC. Outre cette puissance, d’autres critères sont à remplir pour les demandeurs de subvention. Comme l’explique Cyril Gomez, « un porteur de projet remplit un premier formulaire qu’il nous envoie, en décrivant son installation. On donne ensuite un accord de principe. Sous réserve de l’instruction du permis de construire et de l’avis de la commission technique, cela permet de démontrer au porteur de projet qu’il a une subvention du gouvernement. »

Attribution
Pour s’équiper, la première chose à faire est de contacter la Société monégasque de l’électricité et du gaz (SMEG). « Il faut s’assurer au préalable de la compatibilité de l’installation avec le réseau. Ensuite, on s’assure que les dispositifs de protection qui seront mis en place sont compatibles avec les caractéristiques du courant distribué à Monaco », expliquent à L’Obs’ Pierfranck Pelacchi et Eric Imbert, directeur commercial et directeur technique à la SMEG.
Autre point important : l’installation de panneaux photovoltaïques nécessite un dépôt de permis de construire qui doit être validé par le comité consultatif pour la construction. Puis, le projet est présenté devant la commission technique de sécurité, de protection de l’environnement et l’hygiène.

Rachat
L’entreprise qui installe les panneaux traite ensuite avec la SMEG. Une fois le dossier validé et l’installation en état de marche, la SMEG, « installe des compteurs et verse la subvention pour tous les KwH produits, qu’ils soient consommés ou réinjectés sur le réseau » précise Cyril Gomez. Parce qu’à Monaco, les choses ne se passent pas tout à fait comme en France. « En France pour qu’une installation photovoltaïque bénéficie de la subvention, toute l’électricité produite doit être injectée dans le réseau. EDF achète cette énergie avec un tarif prédéfini. A Monaco, si vous consommez l’énergie produite, ce qui est mieux du point de vue environnemental, la subvention vous est quand même versée. Mais si vous produisez trop d’électricité par rapport à vos besoins, vous pouvez toujours réinjecter cette électricité dans le réseau. Et on vous la reprendra au même tarif. Pour nous, ce qui compte, c’est l’énergie produite. »

Financement
Le financement de cette mesure est assuré par la vente d’énergie réalisée quotidiennement par la SMEG, comme l’explique Gomez : « Cette mesure incitative est financée par le fonds de développement durable. Ce fonds est abondé par la vente d’énergie faite par la SMEG dans le cadre de la concession signée avec l’Etat en 2009. »
Mais si cette mesure est considérée comme pérenne par le gouvernement, son montant n’est pas figé pour autant. « Il est un peu élevé parce que nous voulons être incitatifs dans cette phase de lancement. En fonction de la façon dont ça va se passer sur le marché et des opérations qui vont sortir, le gouvernement se réserve le droit de diminuer ce tarif. Mais attention : cette éventuelle future baisse ne concernera pas les projets qui ont déjà eu la subvention » indique Cyril Gomez à L’Obs’.

Cyril Gomez. © Photo L’Obs’

Installation
Autre point à ne pas négliger : le coût de l’installation. Jean-Louis Bal, président du syndicat des énergies renouvelables (SER) précise que « pour un particulier l’investissement TTC pour une installation est de l’ordre de 11 000 à 13 000 euros pour une installation de 3 KwC. Ce qui permet d’installer environ 30 m2 de panneaux photovoltaïques. Le temps de retour sur investissement dans les conditions climatiques de Monaco est donc de 10 à 12 ans. » A noter que les installations sont garanties 20 ans. Au-delà, leur rendement baisse.

Gain
Une certitude : difficile de calculer avec précision combien l’installation photovoltaïque permettra de gagner. Si l’ensoleillement est plus que correct, « environ 1 500 heures sur l’année » estime Pierfranck Pelacchi, l’environnement immédiat peut avoir un impact négatif. « Les ombres portées par les bâtiments et la végétation alentour peuvent gêner. Donc le rendement dépend de la localisation. »
Mais dans le cas d’une exposition optimale, avec des panneaux rigides, le gain peut être intéressant. Attention : les panneaux souples offrent un rendement plus faibles. Selon le site web de la commission européenne, il serait possible de produire entre 3600 et 4200 KwH à l’année. A 0,36 centimes le KwH, cela rapporterait entre 1300 et 1500 euros par an.

« Renouvelable »
Si le photovoltaïque s’impose, Monaco pourra aussi y trouver son compte. « On aura une production renouvelable en local. Il faut savoir que l’on commercialise des garanties d’énergies renouvelables, que l’on achète en France et que l’on revend ensuite à nos clients. Le fait d’en avoir un pourcentage en principauté permet d’avoir du renouvelable en local qui ne dépend de personne d’autre », expliquent Pierfranck Pelacchi et Eric Imbert de la SMEG.

Marché
En France, après avoir décollé en 2006, le marché s’est brutalement effondré. Ce qui a provoqué la disparition de près de 80 % des professionnels. A Monaco, les entreprises contactées par L’Obs’ n’ont pas montré un énorme enthousiasme. Prudent, Marc Bonnet, le patron de la Société Monégasque d’Électronique (SME), se souvient que « le marché s’est écroulé tout seul. J’ai fait 3 installations en 4 ans. Et plus rien depuis 2 ans ! » Du coup, les installateurs sont obligés de se diversifier pour survivre. La SME est aussi un expert en électricité générale et propose par exemple l’installation de systèmes de sécurité.

Moratoire
Pourtant, entre 2008 et 2010, les entreprises ont surfé sur la vague du photovoltaïque et leur nombre a explosé. Et puis, quelques incidents ont durablement endommagé l’image de ce marché émergent. Débuts d’incendies, installations qui ne marchent pas, manque de sérieux de certains professionnels, arnaques avec des installations à des prix délirants, entreprises qui déposent le bilan…
Mais ce n’est pas tout. L’arrivée de matériel produit en Chine, à des prix très en dessous de ceux des industriels français et européens, a créé une bulle spéculative. Selon certaines sources, près des 2/3 des panneaux installés en France auraient pour origine la Chine et Taïwan. Depuis, l’Union européenne (UE) a instauré un prix plancher pour protéger l’industrie photovoltaïque du dumping face aux concurrents étrangers, notamment chinois. Les producteurs qui refusent de respecter ce prix plancher se voient appliquer une surtaxe. Un accord amiable a été signé entre la commission européenne et la Chine en juillet 2013.

1 %
En face, le gouvernement français a tardé à réagir. Installations à bas prix, montant de rachat toujours aussi élevé, le photovoltaïque devenait très intéressant. « Mais fin 2010, l’Etat français a institué un moratoire. On a arrêté de donner de nouveaux contrats et une grande consultation a été lancée » raconte Bal. Le tarif dégressif tous les 3 mois est l’un des résultats de cette consultation.
Au final, le crash n’a pas été évité. De 32 500 emplois en 2008, la filière est passée en France à 18 000 emplois en 2012. L’année suivante, le photovoltaïque représentait 1 % de la production électrique nationale. Alors que le nucléaire fournissait 75 % de l’électricité.

Urgence
Bref, le secteur va mal. Le 22 avril, ce contexte délicat a poussé David Haïun, président du Groupe Solaire de France (GSF) à écrire à Ségolène Royal, ministre française de l’écologie, du développement durable et de l’énergie. Publiée par le Huffington Post, cette lettre explique que le « photovoltaïque français va s’écrouler » et que des milliers d’emplois sont donc menacés. Haïun réclame aussi une série de mesures d’urgence. Notamment le rétablissement du crédit d’impôt développement durable (CIDD) pour les installations photovoltaïques. Une CIDD supprimée par la loi de Finances 2014. Ou la possibilité pour les installateurs de poser des compteurs photovoltaïques sans passer par EDF.

Optimiste
« En 2013, on a installé pour 750 MW sur le territoire métropolitain. On est aujourd’hui à 4 200 MW en France, alors que l’objectif pour 2020 et de 5 400. Je pense qu’on a atteint le minimum sur l’année dernière et que le marché va se relancer progressivement » espère le président du SER, Jean-Louis Bal.
Surtout que le photovoltaïque enregistre des résultats encourageants dans certains pays, comme l’Afrique du Sud ou le Chili. Bien sûr, Monaco ne bénéficie pas du même ensoleillement. Pourtant Cyril Gomez juge que « le photovoltaïque est la principale source de développement du renouvelable à Monaco. » De quoi rester optimiste malgré la morosité qui règne autour de ce sujet.
_Romain Chardan

Energies renouvelables/
Objectif 20 % d’ici 2020

Le plan environnement climat (PEC) de Monaco a pour objectif d’atteindre 20 % d’énergie renouvelable consommée sur le territoire monégasque d’ici 2020. A l’heure actuelle, la principauté est à 17 %. Près de 1 000 m2 de panneaux photovoltaïques ont été installés en principauté. Notamment à l’école maternelle située sur le boulevard de Belgique. Un audit mené par l’ European Energy Award (EEA) a été réalisé fin 2013. Il faudra attendre la fin de l’année pour savoir si Monaco remporte une récompense. _R.C.