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Péages : stop à la hausse !

POUVOIR D’ACHAT/Excédé par des tarifs autoroutiers excessifs, le gouvernement français vient de geler la hausse annuelle pratiquée par les sociétés concessionnaires, dont Escota. Focus.

 

« Escota ? Un scandale. » Quand il évoque les tarifs « abusifs » de la société d’autoroute “Estérel Côte d’Azur”, Christian Estrosi n’y va pas de main morte. Demandant la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’A8, le député-maire de Nice s’est élevé à de nombreuses reprises contre les tarifs “abusifs” pratiqués par l’entreprise concessionnaire. « Nice est la seule grande ville à avoir une voie de contournement (autoroute urbaine, N.D.L.R.) payante. Certains tronçons entre Antibes et La Turbie sont 40 % plus chers que les plus chers de France ! » Selon Estrosi, « l’autorité de la concurrence (qui a rendu un avis en septembre 2014, N.D.L.R.) confirme des distorsions tarifaires inédites en France entre Nice, Monaco et La Turbie. » Sur le seul péage de Saint Isidore, Escota réaliserait un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros… Tandis que depuis 2011, le trajet Aix-Nice est passé de 16,40 euros à 18,70 euros. Une hausse de 14 % sur 3 ans qui fait hurler les consommateurs : « Je fais le trajet tous les jours entre Cannes et Monaco, déclare Nathalie Gontran, employée en principauté. Ça m’a toujours coûté cher d’aller travailler mais là ça commence à être hors de prix. J’ai presque 500 euros de frais de déplacement tous les mois… Je prendrais bien le train mais je ne serais jamais à l’heure au bureau ».

 

Gel des tarifs

Et cette tarification onéreuse ne fait pas bondir que les élus locaux ou les usagers. Le 27 janvier 2015, le Premier ministre Manuel Valls a carrément annoncé la suspension de la hausse annuelle (de 0,57 %) des tarifs de péage qui était prévue initialement au 1er février. Une action unilatérale de la part du gouvernement français qui ne serait pas totalement désintéressée pour Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes : « L’Etat veut renationaliser pour mettre la main sur le jackpot mais en aucun cas il n’imagine à terme une baisse des tarifs autoroutiers… » Si le président Hollande a démenti toute velléité de renationalisation, les sociétés d’autoroutes, elles, n’ont pas perdu de temps pour contre-attaquer. Six d’entre elles ont engagé un recours devant le Conseil d’Etat, dénonçant « une décision qui décrédibilise de façon durable la signature de l’Etat pour les contrats de partenariat public-privé. » Surtout que d’après l’Association des sociétés françaises d’autoroutes, seules les grandes concessions historiques sont touchées par le gel des tarifs. Le reste du réseau appartient à de petites concessions ou… à l’Etat. Les automobilistes qui passeront par le tunnel du Mont Blanc (appartenant à l’État) remarqueront ainsi une hausse de plus de 2,50 % alors que la hausse moyenne devait être de 0,57 %… Et ce alors que l’augmentation annuelle des tarifs doit être en principe, conformément aux contrats de concession, proportionnelle et inférieure à l’inflation. Une condition non respectée cette année encore puisque l’inflation plafonnait à 0,38 %. Pourquoi ? D’après Vinci, qui chapeaute Escota, « le prix des péages permet d’améliorer le quotidien des automobilistes avec le réaménagement de l’entrée ouest de l’A8 à Nice par exemple. En 2014, la hausse moyenne de 0,96 % des tarifs de Vinci Autoroutes reste en-deçà des hausses d’autres opérateurs de transport tels que la SNCF ou les taxis ». Pour Pierre Chasseray, ce prétexte n’est qu’un leurre : « Ils prétendent annexer l’augmentation des tarifs sur l’inflation et des frais d’entretien bidons. Les sociétés d’autoroutes veulent juste profiter de l’automobiliste… » Jusqu’à quand ?

 

Des négociations ardues

Le gouvernement français souhaite en effet renégocier les partenariats avec les grandes concessions (APRR, Area, ASF, Cofiroute, Escota, Sanef et SAPN). Ces dernières ont en charge plus de 90 % du réseau autoroutier français jusqu’en 2027 minimum. Manuel Valls songerait à résilier ces contrats dès que possible, c’est-à-dire en 2017. Une résiliation qui se chiffrerait à plus de 20 milliards d’euros. On verra dans les prochaines semaines ce qu’il adviendra : le groupe de travail parlementaire chargé des concessions d’autoroutes examine deux scénarios possibles : la renégociation des contrats de concessions autoroutières ou leur résiliation. Il devait rendre son premier rapport d’étape à la fin du mois de février. Seule certitude : le gel des tarifs remet en question le plan de relance autoroutier. Validé par la Commission européenne en mai 2014, il était sensé rééquilibrer les relations entre l’État et les sociétés d’autoroutes qui bénéficieraient d’une aide de 3,2 milliards d’euros et d’un rallongement des contrats de concession contre la création de 15 000 emplois…

_Yannick O’Conor

 

Les chiffres

 

3 308

C’est le chiffre d’affaires HT d’Escota/ASF en millions d’euros pour l’année 2014.

 

2,16 %

C’est le taux d’augmentation moyen des tarifs tous les ans pour Escota. Ce chiffre était de 2,18 % en moyenne avant la privatisation de la société en 2006.

 

460

C’est le nombre de kilomètres du réseau autoroutier Escota. En 2014, plus de 6 000 kilomètres ont été parcourus sur les autoroutes de la société.

 

2,30

C’est le prix actuel en euros du tunnel de Monaco.

écrit par La rédaction