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Objectifs braqués sur Beausoleil

BEAUSOLEIL/ Vingt-deux caméras seront installées sur la commune au cours du deuxième semestre 2015. Un système de vidéosurveillance en grande partie financé par l’Etat monégasque. Objectifs : aider la police nationale et atténuer le sentiment d’insécurité.

 

Le maire de Beausoleil ne s’en cache pas. Installer massivement des caméras de vidéosurveillance sur sa commune n’est pas une idée qui l’emballe franchement… Et pourtant, sa ville de 15 000 habitants s’apprête à entrer dans le grand club des territoires filmés sous tous les angles. Au cours du deuxième semestre 2015, Gérard Spinelli y installera au total 22 caméras dernier cri…

 

422 000 euros

Leur emplacement ? Si la police nationale rechigne à dévoiler le nom exact des rues où les objectifs seront braqués, on sait que ces caméras « seront réparties sur tous les quartiers de la ville. A des points stratégiques. Un véritable maillage. » En clair : le centre, le Tenao, le quartier des Moneghetti mais aussi les « zones frontières. » A savoir les entrées et sorties de ville. Côté financement, trois parties ont mis la main à la poche. « Le coût global de l’opération s’élève à 422 000 euros. Il s’agit d’un financement tripartite. L’Etat monégasque finance 140 000 euros. Même montant pour l’Etat français et le reste est financé par la mairie », explique Gérard Spinelli qui a tout de même négocié longuement – peu ou prou 4 ans — avec son voisin monégasque pour obtenir un feu vert. Feu vert officiellement obtenu le 1er décembre dernier.

 

Une « faveur » ?

Quel est alors l’intérêt pour la principauté d’aider son voisin français ? Si le maire avoue que c’est presque une « faveur » faite par Monaco, un autre objectif est tout de même avancé. « Je les remercie car ce n’était pas une obligation pour Monaco. On est une commune pauvre. On cherchait donc à se faire aider par des tiers pouvant être intéressés par le système de vidéoprotection. Les autorités monégasques ont, je crois, la volonté que dans les communes environnantes il y ait un maximum de sécurité. La sécurité optimum étant la première image de Monaco que l’on vend, bien avant la fiscalité », argumente Spinelli. Du côté du département de l’intérieur, on avance l’argument sécuritaire : « La problématique de la sécurité ne s’arrête pas à la frontière. La mise en place d’un réseau de vidéo-protection est un élément fort du sentiment de sécurité ressenti ainsi qu’un facteur important de baisse de la délinquance. »

 

Echanges via les parquets

Autre avantage : l’entraide judiciaire entre les deux pays. « Si un crime ou un délit est commis à Monaco et que le délinquant s’enfuie par Beausoleil, les autorités monégasques pourront demander à voir les images dans le cadre d’une enquête judiciaire. Il peut donc y avoir échange d’images entre les parquets, mais pas directement entre les deux polices. » En réalité, ces caméras seront scrutées par un « centre de supervision urbain. » Un employé regardera les images en temps réel presque H24.

 

Vertus dissuasives

Pourquoi Gérard Spinelli — qui se revendique comme un anti- « Souriez vous êtes filmé-e-s » — a-t-il mis sa commune sous le feu des caméras ? L’édile affirme avoir répondu à une amicale pression des habitants et de la police. « A titre personnel, je ne suis pas très favorable à l’installation des caméras. Cela ne correspond pas à mon éthique personnelle en termes de respect des libertés publiques. Mais il y avait une forte demande de la population et de la police depuis 4 ou 5 ans. » Pour Beausoleil, les vertus de telles caméras sont limpides : dissuader les éventuels délinquants, aider la police nationale à élucider crimes et délits, et enfin rassurer une population qui, manifestement, se sent en insécurité.

 

Délinquance faible, insécurité haute

« D’après la police nationale, les incivilités sont négligeables à Beausoleil. Selon les statistiques officielles, la commune est même la ville du département enregistrant le moins de criminalité. Et pourtant, la population se sent en insécurité… Il y a un vrai décalage entre la réalité des chiffres et la perception des Beausoleillois. » Comment expliquer ce paradoxe ? Pour le maire, pas de doute : la population a comme seule référence Monaco, où le taux de délinquance est quasi nul. Il faut dire aussi que la commune n’est pas toute rose non plus. Quelques faits graves ont été enregistrés. Notamment en 2013. Pêle-mêle : braquage à main armée de la supérette Carrefour City, agression d’un policier municipal en plein après-midi par des jeunes. Sans oublier des incivilités quotidiennes : consommation d’alcool et de cannabis dans les rues, tapage nocturne — causé essentiellement par le bruit de scooters et le chahut de jeunes gens — et plus grave, trafic de stupéfiants.

 

Un maître-chien

Mais que la population se rassure. Le maire garantit que ces caméras ne seront pas des big brother en puissance. Leur usage sera très rigoureux et encadré. Pas question évidemment de filmer dans les maisons, ni de s’en servir pour traquer les infractions routières. En attendant que ces 22 objectifs soient en état de marche, Beausoleil peut compter sur ses 15 policiers municipaux, ses 7 ASVP, et ses 3 à 4 policiers nationaux. Sans oublier un maître-chien fraîchement recruté, ainsi qu’un « coordinateur prévention sécurité » embauché à la mairie. Au-delà des opérations coup de poing déjà menées quatre à cinq fois par mois sur la commune, Spinelli envisage également de mettre en place une politique d’éclairage nocturne et continue de réclamer un commissariat de plein exercice sur sa ville. Pas si mal pour un maire qui assure ne pas être un fervent partisan d’une politique ultra-sécuritaire…

(1) Beausoleil dispose actuellement de 5 caméras de vidéosurveillance qui seront remplacées par ces nouvelles caméras haute technologie.

 

SECURITE/

Monaco : de 7 caméras en 1982… à 600 en 2015

C’est en 1982 que le système de vidéo-protection a été initié à Monaco. A l’époque, seules 7 caméras étaient installées sur le territoire. Aujourd’hui, le chiffre est nettement plus impressionnant. Selon la sûreté publique, Monaco dispose de 585 caméras sur 2 km2 : 189 caméras implantées sur le réseau urbain (dont celles du système de lecteurs de plaques d’immatriculation), 137 caméras dans les tunnels routiers, 114 dans les galeries et ascenseurs, 114 en provenance de la gare SNCF, et enfin 31 caméras issues du poste principal de sécurité du centre commercial de Fontvieille. En 2014, 26 nouvelles caméras ont été installées contre 17 en 2013. Côté budget : en moyenne le budget annuel s’établit à environ 150 000 euros pour les extensions du réseau (caméras ou dispositif de traitement) et à 185 000 euros pour la rénovation de l’ensemble des équipements existants. Soit un budget annuel global de 335 000 euros.