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Nouvelles rames pour une nouvelle vie ?

TRANSPORTS PUBLICS/En début d’été, des nouvelles rames financées par la région PACA seront opérationnelles sur l’axe Les Arcs-Vintimille. Suffisant pour sortir du chaos quotidien les salariés de la principauté ?

Les doléances des voyageurs sont désormais bien connues : trains surpeuplés, manque d’informations, annulations et retards quotidiens, insalubrités… Autant de dysfonctionnements – liés tantôt aux grèves du personnel, tantôt aux accidents de personnes, tantôt à des défaillances techniques – pointés du doigt depuis des années. Jusque dans l’hémicycle du conseil national où l’on a pu entendre que les usagers de l’axe Les Arcs-Vintimille étaient « traités comme du bétail. »

 

« Ils se foutent de nous »

Les griefs sont tout aussi virulents du côté de l’association des Naufragés du TER. « Après le RER en île de France, la ligne la plus empruntée est celle de la Côte d’azur. Malheureusement, c’est celle qui est le plus laissée à l’abandon. La SNCF nous fait payer le prix d’un RER. Or, on nous livre un train de campagne, dénonce Eric Sauri, le président de l’association. Tous les investissements effectués sont pour l’heure concentrés sur Marseille, alors que la ligne azuréenne est celle où il y a le plus de passagers, et celle où l’on a le plus besoin de gros porteurs. Les abonnés du TER et les contribuables participent comme les autres au quasi 1 million d’euros versés chaque jour par la Région pour avoir des TER convenables. Il est grand temps que les azuréens bénéficient d’un retour sur investissement. Ils se foutent de nous ! »

 

« Je suis toujours en retard »

Un agacement tel que 250 usagers ont manifesté le 24 janvier dernier à la gare de Nice-Ville en brandissant des pancartes façon Je suis Charlie détournées en Je suis… toujours en retard”. Pour mesurer à quel point cette ligne déraille au quotidien, il suffit de faire un petit tour sur l’appli de l’association SOS incidents TER PACA”. Sur cette application mise en service le 18 février dernier, les voyageurs, via leur téléphone portable, peuvent dénoncer, en temps réel, tous les dysfonctionnements qu’ils subissent. Entre 20 et 30 alertes sont tout de même recensées chaque jour selon l’association. Des failles qui, forcément, impactent la principauté et ses travailleurs pendulaires. Puisque la gare monégasque accueille chaque année plus de 6 millions de passagers. En terme de fréquentation, elle est la deuxième gare de la Côte d’Azur après Nice (7 millions). Et sur l’axe Nice-Vintimille, Monaco est la gare origine ou destination pour plus de 43 % des passagers. Dont 67 % sont des abonnés du TER PACA.

 

3 nouvelles rames

Dans les prochains mois, la donne pourrait-elle changer ? Selon la SNCF, une amélioration pourrait en tout cas pointer le bout de son nez. La région PACA a en effet acheté 16 nouvelles rames. Coût global de l’opération : 182 millions d’euros. Sur ces 16 rames (commandées au constructeur français Bombardier) 5 vont être utilisées dès le mois d’avril, mais uniquement entre Marseille et Nice. Les pendulaires, eux, devront s’armer de patience. Pour des navettes TER entre Nice et Menton, il faudra attendre le début de l’été avec l’arrivée de trois nouvelles rames. « A la fin de l’année, elles circuleront jusqu’à Vintimille », assure Gauthier Verrier, directeur délégué d’activité TER sur la Côte d’Azur.

 

10 % de places assisses

Quels seront alors les bienfaits de ces « super-rames » pour le trafic ferroviaire azuréen ? Au-delà du fait qu’elles viendront moderniser un équipement franchement vieillissant, elles permettront aussi d’accueillir plus d’usagers. « Le matériel neuf permettra de donner du souffle au parc matériel existant, en évitant notamment les pannes. La capacité de ces rames permettra aussi de faire voyager plus de monde », nous indique la SNCF. Plus de monde, car ces rames (baptisées les Regio 2N) mesurent dans leur version longue 110 mètres et comptent 493 places assises. Soit 10 % de sièges en plus par rapport à la dernière génération de matériel TER. Une rame aura donc une capacité totale d’accueil de 1 000 places.

 

« Enfumage perpétuel »

Mais cet optimisme n’est pas franchement partagé par Eric Sauri qui dénonce le retard des livraisons : « En janvier, on nous disait que ces rames étaient prévues pour avril. En avril, on nous dit que c’est prévu pour cet été. Et peut-être que cet été on nous dira que c’est prévu pour septembre… ! C’est de l’enfumage perpétuel. » Le président de l’association s’étonne également de voir que les 5 rames monégasques — financées par la principauté à hauteur de 50 millions d’euros — se font de plus en plus rares sur la ligne. « Où sont passées ces rames monégasques ? On nous les prête à doses homéopathiques. Le techni-centre Marseille-Blancarde est tellement mauvais en matière de maintenance qu’il est fort probable que ces rames rouge et blanche soient naufragées à Marseille. Résultat, on circule parfois dans des trains qui datent de 1960 ! Le gros du trafic passagers est ici… pas à Marseille ! » Surtout en ce moment où un flux massif de touristes va débarquer à Monaco entre l’open de Tennis, le Grand prix de Formule 1 ou encore les croisiéristes. « Devinez quoi… Ces gens-là prennent le TER eux aussi ! Et je ne vous parle même pas du marché de Vintimille le vendredi. »

 

Rebond

Pourtant, la SNCF assure faire des investissements massifs. Depuis 1998, la Région annonce avoir investi pas moins de 830 millions d’euros dans « l’acquisition ou la modernisation des matériels ferroviaires régionaux », assurant le service TER en PACA. Autre mesure mise en place : depuis le mois dernier un plan d’actions baptisé « Rebond » a été lancé. Les ambitions affichées par le transporteur sont notamment de diviser par deux le nombre de trains supprimés à cause du matériel, de réduire de moitié les retards liés aux travaux, et d’augmenter de 5 points le sentiment de fiabilité de l’information donnée aux clients en situation perturbée. A voir si les résultats seront à la hauteur des ambitions…