© Photo Margaux Biancheri pour Monaco Hebdo

« Nous devons être dans le Top 3 »

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OBJECTIF PODIUM/Le vice-président décrypte pour L’Obs’ la stratégie du club. Relations avec la ligue, remboursement des 50 millions d’euros, candidature de Platini à la tête de la FIFA… Vadim Vasilyev va droit au but.

 

Quelle était votre stratégie pour ce mercato ?

Nous avons été très actifs très tôt car nous avions un planning précis. Nous devions être opérationnel pour le tour qualificatif Q3 de la Ligue des Champions dont le match aller était déjà le 28 juillet. Notre équipe devait être en place le plus rapidement possible. Alors nous avons bouclé ce mercato de façon très rythmée et intense.

 

Un coup de cœur parmi les recrues ?

Je suis très satisfait de l’ensemble du recrutement. Techniquement, sur le plan du travail personnel d’une part et sur le plan de la concurrence d’autre part, je vous citerais deux joueurs. Le premier, c’est Stephan El Shaarawy : avoir réussi à se faire prêter un joueur de cette dimension sportive et médiatique avec option d’achat de surcroît est une vraie fierté. L’autre cas est celui de Adama Traoré, élu meilleur joueur de la coupe du monde des U20. Sur ce dossier, nous n’étions pas les seuls, mais la qualité de notre projet a réussi à faire la différence et à convaincre ce jeune talent. Ce genre d’opération valide et confirme notre stratégie.

 

Le club est-il bien passé d’une balance des transferts négative de 173 millions d’euros en 2013-14 à des excédents de 54 et de 11 millions d’euros lors du mercato précédent et de l’actuel ?

C’est globalement exact. Cette année nous sommes toujours en balance de transferts excédentaire mais vous avez remarqué que la tendance est au rééquilibrage. Nous avons acheté beaucoup plus que l’an passé et vendu beaucoup moins (avec un montant des achats à 49 millions d’euros et des ventes à 60 millions, N.D.L.R.). Les choses sont en train de s’équilibrer et cela faisait partie aussi de notre stratégie.

 

Pour certains, l’AS Monaco est passée en deux ans d’un « projet galactiques » sur le modèle du Real Madrid des années 2000 à un projet de type portugais sur l’achat de jeunes joueurs à fort potentiel et la vente de ces mêmes joueurs dès qu’une offre permettant une belle plus-value se présente. Vous reconnaissez cette stratégie « Porto » ?

Le FC Porto est un club qui travaille bien, c’est vrai, mais nous avons notre propre stratégie. Si les gens nous comparent, je dirais tant mieux. Porto a bien gagné la Ligue des Champions en 2004, malheureusement contre l’AS Monaco ! Aujourd’hui nous avons notre propre modèle. Le projet initial prévoyait une remontée rapide au plus haut niveau. Peu de clubs ont réussi ce que nous sommes parvenus à faire. Je rappelle que lorsque le président a repris le club, celui-ci était dernier de Ligue 2. Et l’an passé, malgré le fair-play financier et les départs de joueurs importants, nous avons fait quart de finalistes de la Ligue des Champions et terminé sur le podium de la Ligue 1, un an après avoir fini second. Personne ne peut dire que ce n’est pas une réussite. A chaque période sa stratégie, nous continuons de dérouler notre projet, à nous de le faire comprendre et de continuer d’en démontrer le bien-fondé.

 

Les règles du fair-play financier sont désormais assouplies et le président Rybolovlev a bénéficié d’une bonne surprise pour son divorce. Est-ce que cela va changer le dimensionnement de votre projet sportif et financier ?

Le projet est construit en fonction des paramètres locaux et des règles européennes, celles de la Ligue aussi. Notre projet sportif et financier ne dépend que de ce contexte.

 

L’annulation par le conseil d’Etat de l’accord entre l’AS Monaco et la Ligue de football professionnel (LFP) implique que vous ne devez plus 50 millions à la ligue. La Ligue va vous rembourser ? Combien ? Les 25 millions versés en 2014 ?

Oui c’est en cours, nous avons lancé les process administratifs en ce sens.

 

Avec cette décision du conseil d’Etat, on revient à la situation antérieure. Monaco peut participer au championnat de France et n’a plus besoin de déménager son siège social. Le conseil d’Etat a donné jusqu’au 1er octobre pour réviser la relation contractuelle entre la ligue et l’AS Monaco. Que va-t-il se passer ?

Il y a le fond et la forme. Le fond, c’est que l’AS Monaco apporte considérablement au football français depuis 90 ans. L’AS Monaco a toujours évolué au plus haut niveau en Ligue 1. Il a fait briller la France sur la scène européenne, que ce soit dans les années 90, en 2004 ou en 2014-2015. Le club a apporté un nombre de points UEFA considérable au moment où l’indice français en avait bien besoin. Et puis l’AS Monaco, c’est aussi un club qui fait évoluer des joueurs attractifs et médiatiques, c’est important pour l’image de la Ligue 1 et pour sa réussite. Aujourd’hui, la décision du Conseil d’Etat nous oriente vers une modification des statuts de la Ligue pour que le point concernant la localisation de notre siège ne soit plus un problème.

 

Craignez-vous que des clubs de Ligue 1 reviennent à la charge pour que Monaco paye une dime pour participer au championnat et compenser l’avantage fiscal ?

J’ai de bonnes relations avec les clubs de Ligue 1. Ce dossier est désormais clos. Nous sommes le premier club investisseur en Ligue 1. Plus personne ne remet en cause la légitimité de notre présence.

 

Vous disiez que vous ambitionniez d’être champion de France dans les deux ou trois prochaines années. Vous pensez avoir l’équipe pour remporter le championnat dès cette saison ?

Notre objectif reste inchangé, nous devons être dans le Top 3. Nous avons l’effectif et le staff pour atteindre cet objectif, cette mission. Remporter le championnat reste un objectif à moyen terme. Il faudra pour cela que toutes les conditions soient réunies pour que nous puissions dépasser sportivement le PSG. Beaucoup de paramètres rentrent en ligne de compte. Mais il y aura forcément un jour une fenêtre de tir pour y parvenir.

 

Quant à la Ligue des champions, une victoire reste « le rêve du président Dmitry Rybolovlev ». Est-ce possible avec cette stratégie de jeunes joueurs et sans star ?

Demain nos joueurs seront des stars, je n’en doute pas. Certains le sont déjà d’ailleurs. La Ligue des Champions reste en effet un rêve pour le président. Cela veut dire qu’il y pense toujours. Quand on est passionné c’est logique ! Il faut inscrire ce rêve dans la durée, travailler dans la durée, augmenter la capacité financière du club par l’autofinancement, développer beaucoup les recettes. C’est indispensable.

 

Vous misez notamment sur le nouveau centre d’entrainement de La Turbie. Combien coûtera-t-il et quand démarre le chantier ? Le gouvernement a indiqué que le financement public du centre sera sans doute inscrit dans le budget primitif 2016.

En tout, ce « performance center » (l’objectif est plus compréhensible en anglais) coûtera autour de 50 millions d’euros. Cela peut paraître beaucoup mais nous devons être en phase avec notre projet et nous devons être au niveau des meilleurs clubs européens. L’ADN de Monaco, c’est la formation et c’est l’excellence.

Au niveau du centre de formation, nous adoptons une philosophie de type « Academy », à l’anglo-saxonne. Nous devons être attractifs pour les jeunes talents et leur donner les moyens de progresser dans des infrastructures qui n’auront rien à envier aux plus grands d’Europe. C’est le seul moyen d’être attractifs dans la durée.

 

Et le Stade Louis II ?

Le Stade Louis II a 30 ans. C’est un fait. C’est une icône des stades en Europe mais il n’a plus le niveau d’excellence de 1985. Nous sommes très respectueux de son caractère multidisciplinaire. C’est un modèle important. Mais pour le football professionnel et pour le développement pérenne de notre budget par les recettes, il faut penser à des réaménagements importants. Nous sommes prêts et nous avons fait réaliser toutes les études nécessaires, mais les choix appartiennent à l’Etat, ce n’est pas notre stade. Mais le moment venu nous serons aux côtés des décisionnaires pour accompagner ces travaux et cette modernisation pour que l’excellence soit à nouveau d’actualité pour Monaco, grâce à son stade et à son club.

 

Comment se sont passées les discussions pour le prêt de Falcao ?

Je rappelle que c’est un prêt, pas un transfert. Le joueur appartient toujours à l’AS Monaco. J’ai discuté avec Chelsea depuis le mois de mai dernier. C’est le meilleur projet pour le joueur, et donc pour les intérêts futurs de l’AS Monaco. J’ai discuté avec José Mourinho, il veut relancer Falcao, j’ai pleine confiance dans cette stratégie.

 

Pour beaucoup, l’homme fort du club, c’est Jorge Mendes, qui a recruté bon nombre de joueurs. Quelle est son influence exacte dans le club et quels sont vos rapports avec lui ?

Mendes est simplement le meilleur agent du monde. Travailler avec lui est une chance pour Monaco. J’entretiens avec lui des relations de confiance. Nous avons toujours travaillé efficacement. Il suit notre projet et surtout il l’a pleinement intégré et compris. Sur son influence, elle reste cependant limitée puisqu’il gère les intérêts de quelques joueurs mais dans un ratio limité à 5 ou 6 sur les 25 joueurs de l’effectif professionnel !

 

Que pensez-vous de la descente et la montée de 2 clubs entre la Ligue 1 et la Ligue 2 ?

Sur le principe, je trouve que c’est mieux pour les intérêts économiques des clubs de Ligue 1. Et puis je vais rappeler que la Ligue 2 reçoit beaucoup de la Ligue 1, il ne faut pas l’oublier, tout comme le foot amateur. Les clubs professionnels ont plus que jamais besoin d’être libres de prendre des décisions pour tirer tout le football français vers le haut. Les clubs sont des sociétés commerciales qui doivent se développer et assumer leurs responsabilités dans un secteur qui doit désormais trouver un nouveau modèle économique. Il faut à présent trouver des solutions pour réussir la mutation indispensable au football français afin que chacun trouve sa place.

 

Comment voyez-vous l’affaire de corruption à la FIFA ? Etes-vous favorable à une présidence de Platini ?

Je suis pour la transparence quand les enjeux sont aussi importants. S’il y a eu des erreurs, volontaires ou involontaires, il faut des sanctions. Je pense qu’au-delà de l’aspect lié à la corruption présumée, c’est bien de changer de tête dirigeante au bout d’un certain temps. Il faut une nouvelle impulsion et une nouvelle vision. Je pense que Michel Platini peut incarner le renouveau du football international moderne.

_Propos recueillis par Milena Radoman

 

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Un centre à la Tottenham

EXCLUSIF/Gelé en 2014, le projet de nouveau centre d’entraînement de La Turbie reprend vie. Focus.

 

50 millions d’euros. C’est le montant du futur centre d’entraînement de La Turbie. Un investissement colossal pour répondre aux besoins de l’AS Monaco-FC. « Notre centre d’entraînement est devenu obsolète puisqu’il a été initialement construit en 1984 et 2005, pour accueillir l’équipe professionnelle la semaine et la réserve les week-end. Aujourd’hui, le centre d’entrainement de La Turbie accueille nos 4 équipes qui jouent au plus haut niveau : L1/CFA/U19 et U17 nationaux », a déjà eu l’occasion d’expliquer dans nos colonnes Vadim Vasilyev. Manque de locaux, manque de terrains (il n’y en a que 2 de taille règlementaire). Pour corriger ces lacunes, vont êtres construits un bâtiment de 12 000 m2 sur 8 étages (dont 4 étages de parking), un vestiaire par équipe, deux salles de musculation, deux salles de kiné, une salle de restauration, une salle de presse mais aussi un auditorium, un espace de balnéothérapie et un étage de bureaux.

 

Champions League des jeunes

Le projet prévoit aussi 3 terrains de football de dimensions réglementaires, plus un demi-terrain d’échauffement. « Le projet respectera toutes les exigences réglementaires (FFF, LFP et UEFA) afin de conserver notre agrément du centre de formation de catégorie 1A, et d’accueillir du public pour nos matchs de CFA de notre équipe réserve et ceux de la Youth Cup pour les U19 (Champions League des jeunes) », indique le vice-président, inspiré par les centres d’entraînements de Lille, Tottenham ou Anderlecht. En France, plus de 10 clubs ont construit ou rénové leur centre d’entraînement depuis 2007 (les derniers sont Montpellier, Angers ou Reims).

 

Financement public

Reste alors à régler la question du financement. Lors d’une récente réunion du Press Club Monaco, le prince a confirmé que l’Etat mettra la main à la poche. « Ce n’est pas une idée farfelue mais un besoin réel », a indiqué le chef de l’Etat. Cette participation, gelée en 2014 (1), était de 25 millions d’euros. Il est fort probable qu’une enveloppe similaire soit inscrite au budget primitif 2016. « C’est en cours d’arbitrage », a sobrement commenté le conseiller pour les finances Jean Castellini.

_Milena Radoman

 

(1) La ligne budgétaire de 25 millions d’euros ajoutée par le gouvernement à la dernière minute avait été retirée sur le siège. « Cette somme alors même que l’Etat n’est ni actionnaire du club de football, ni propriétaire du terrain, était injustifiable (aux) yeux » du conseil national.

 

écrit par Milena