Vadim-Vasilyev-@-Stephane-Senaux

« Nous avons tout à gagner ! »

FOOTBALL/« La Juventus à Monaco, ce sera presque un derby ! » s’enthousiasme Vadim Vasilyev. A quelques jours du quart de finale de la Ligue des Champions (les matches auront lieu les 14 et 22 avril), le vice-président et directeur général de l’AS Monaco estime que côté pronostics, « tout est ouvert ». Bilan de l’épopée européenne, avenir du club rouge et blanc, fair-play financier… Le DG russe se confie à L’Obs’.

 

TERRAIN

Quel est votre message aux joueurs avant le quart de finale de Ligue des Champions ?

C’est le moment important de la saison pour les joueurs qui ont travaillé dur pour en arriver là. Comme je l’ai déjà dit, il ne doit pas y avoir de pression pour notre équipe. Nous ne sommes pas les favoris et nous avons tout à gagner et rien à perdre ! Je suis déjà très fier d’eux et je leur demande de jouer leur chance à fond, d’être ambitieux, comme l’AS Monaco.

 

Monaco s’est qualifié dans la douleur. Au match retour à Monaco, le milieu de terrain n’a pas tenu face au pressing d’Arsenal, il y avait un problème de récupération et de conservation de la balle. A votre avis, les joueurs ont-ils été paralysés par l’enjeu ?

Nous nous attendions à ce type de match. Il fallait tenir et prendre le moins de buts possibles. Les joueurs ont globalement fait le job. Evidemment il y avait beaucoup de pression et avec le second but encaissé, on peut comprendre que le stress a pu gagner l’équipe… et le public !

 

Le président Rybolovlev et le prince sont-ils venus les féliciter ? Racontez-nous les coulisses !

Oui, comme au match aller à l’Emirates. Ce sont des moments importants pour le club, pour le projet mis en place par le président et pour l’attachement personnel du prince à l’équipe de la Principauté. L’ambiance était bonne mais elle est restée professionnelle car il reste encore beaucoup de matches à disputer et de défis à relever…

 

Votre sentiment par rapport à votre prochain adversaire, la Juventus de Turin ?

Nous avons évité les clubs les plus redoutables comme Barcelone, le Real ou le Bayern. Mais n’oublions pas que personne n’est là par hasard, et nous non plus d’ailleurs. La Juventus à Monaco et Monaco à Turin ce sera presque un derby ! Avec un enjeu énorme. J’ai regardé les matches de 1998, Monaco avait été éliminé en demi-finale, mais les temps ont changé. Nous devons nous attendre à deux matches pleins mais tout reste ouvert.

 

 

AVENIR DU CLUB

Quelle est votre stratégie sur le long terme : gagner le championnat et être dans le top 5 européen ?

Le titre, c’est toujours un objectif bien sûr. Ensuite lorsqu’on prend en compte tous les paramètres, on se doit de fixer des ambitions plus souples : nous visons le podium en permanence car c’est à notre portée sans compter la qualification pour l’Europe l’année qui suit.

 

Les structures du club sont-elles en adéquation avec cet objectif en termes d’encadrement sportif ?

Le club s’est considérablement professionnalisé ces dernières années, que ce soit sur le plan sportif ou sur le plan technique et administratif. Je peux m’appuyer sur une équipe compétente, un mélange dynamique et efficace de professionnels venus d’ailleurs et d’experts locaux, monégasques pour la plupart.

 

Vous souhaitiez miser sur le développement du vivier qu’est le centre de formation. Pourtant, il n’y a pas grand monde qui sort de “l’ASM Academy”. Pourquoi à votre avis ?

Je ne suis pas d’accord avec vous, nous avons des joueurs qui en sortent en permanence. Regardez Valère Germain, Yannick Ferreira-Carasco ou encore Laywin Kurzawa. Nos jeunes sont très prometteurs et notre centre de formation est une pépite qu’il faut renforcer et développer. La formation des jeunes via le centre de formation, c’est inscrit dans les gènes de l’AS Monaco. C’est la tradition et c’est important.

 

Etes-vous favorable au développement à Monaco des “scout recruteurs” (détecteurs de jeunes talents) chargés de dénicher les perles chez les minimes comme Barcelone ou Chelsea ?

Dans notre organisation, nous avons déjà des professionnels qui ont pour mission la détection. Avec une organisation qui nous est propre et avec une intensité de la détection qui correspond à la taille de notre club et à l’ambition de nos objectifs.

 

Côté vedettes, peut-on rêver d’une star comme Rooney l’an prochain ? Vous n’avez pas exclu de faire venir un des meilleurs joueurs de Premier league…

Vous savez, notre projet a du être redimensionné pour répondre aux exigences du Fairplay financier. On a beaucoup focalisé sur le départ de deux grands noms du football européen mais je voudrais qu’on s’intéresse aussi à la qualité de l’équipe en place qui est quand même dans les 8 meilleures équipes européennes. Alors on peut toujours être attentifs à des opportunités mais n’oublions pas ce que nous avons.

 

Et en termes d’administration, de marketing et de ventes : allez-vous devoir restructurer le club ?

C’est une organisation que nous continuons de travailler pour optimiser toutes les ressources possibles. L’AS Monaco est une marque importante en Europe et pour la Principauté. Il convient de développer notre impact et l’effort en marketing doit s’intensifier pour développer nos recettes. Pour notre budget, c’est important.

 

STADE

Vous aviez en projet de faire des travaux dans le stade Louis II qui n’est plus aux normes du football moderne. Que souhaitiez-vous faire exactement ?

Nous avons des idées, c’est vrai, mais comme vous le savez le stade Louis II est propriété de l’Etat monégasque et abrite de nombreuses autres activités sportives. Cependant, sur la partie qui nous concerne, c’est à dire le stade de football et d’athlétisme et ses tribunes, nous constatons qu’il y a un défaut de structuration de niveau suffisant. Ce n’est pas dû à la conception du bâtiment mais simplement à l’évolution de ce qu’on appelle “l’hospitality” : le fait pour des clubs de pouvoir offrir à ses partenaires la capacité moderne d’inviter des clients et des contacts dans de bonnes conditions. C’est un dossier que nous suivons avec l’Etat monégasque et dans lequel nous ne sommes pas décisionnaires.

 

Les coûts d’entretien sont très onéreux pour l’Etat (15 millions pour les toitures, 10 millions pour les ascenseurs). Mais le gouvernement vous a refusé ce projet de restructuration en l’absence de solution de relogement de l’UIM et pour des raisons de sécurité. Le prince a ouvert les portes en évoquant une solution de tribunes rétractables sur la piste. C’est en projet ? Pour quand ?

Il y a des discussions et des options mais pour le moment ce dossier n’est pas engagé de façon opérationnelle ou budgétaire.

 

Certains évoquent la possibilité de jouer à l’Allianz Riviera. C’est envisagé et envisageable ?

Non, nous sommes l’AS Monaco, nous sommes à Monaco, nous jouons à Monaco.

 

 

CENTRE D’ENTRAINEMENT

Dans une interview récente, le prince a indiqué que « 25 millions d’euros seront dévolus au club pour les travaux du centre d’entraînement. » Le chantier avait été mis en stand-by. Quand démarre-t-il ?

Le planning de ce chantier dépend encore de beaucoup de paramètres. Nous avons pris acte de la volonté du prince et nous sommes évidemment satisfaits de cette décision. En termes d’expertise et de montage du projet nous sommes prêts mais il y a sur ce dossier beaucoup d’interlocuteurs et de paramètres. Nous sommes à la disposition des décideurs puis nous seront évidemment des partenaires actifs.

 

Quel est le profil du futur centre ? On parle d’un complexe très smart, avec 2 terrains, des tribunes, des résidences pour les jeunes voire pour l’équipe 1 pour faciliter la cohésion du groupe. Pouvez-vous détailler ?

Notre centre d’entraînement est devenu obsolète puisqu’il a été initialement construit en 1984 et 2005, pour accueillir l’équipe professionnelle la semaine et la réserve les week-end. Aujourd’hui, le centre d’entrainement de La Turbie, accueille nos 4 équipes qui jouent au plus haut niveaux : L1/CFA/U19 et U17 nationaux.

Jusqu’alors, nous avons eu recours, ces 10 dernières années, aux structures modulaires pour combler les manques. Mais cette méthode a atteint ses limites et le centre est maintenant totalement obsolète. Nous avons le même problème avec les terrains. Nous n’avons que 2 terrains de taille règlementaire, ce qui est largement insuffisant (5 terrains en moyenne dans les autres centres). C’est la raison pour laquelle nous allons réorganiser la parcelle que nous occupons, en construisant d’abord un bâtiment de 12 000 m2 sur 8 étages (dont 4 étages de parking), un vestiaire par équipe, deux salles de musculation, deux salles kiné, une salle de restauration, une salle de presse et un auditorium, un espace de balnéothérapie et un étage de bureaux.

 

Mais encore ?

Sur le reste de la parcelle, nous construirons ensuite 3 terrains de football de dimensions réglementaires, plus un demi-terrain d’échauffement. Le projet respectera toutes les exigences réglementaires (FFF, LFP et UEFA) afin de conserver notre agrément du centre de formation de catégorie 1A, et d’accueillir du public pour nos matchs de CFA de notre équipe réserve et ceux de la Youth Cup pour les U19 (Champions League des jeunes).

 

L’ASM ne serait pas le seul club français à disposer de ce type de structures ?

En France, plus de 10 clubs ont construit ou rénové leur centre d’entraînement depuis 2007 (les derniers sont Montpellier, Angers ou Reims). L’INF Clairefontaine est en travaux et Lyon, Nice et le PSG ont des projets. Nous avons visité plusieurs centres d’entraînement comme Lille, Tottenham ou Anderlecht et nous allons notamment prendre exemple sur eux pour réaliser un des meilleurs centres d’entraînement.

 

 

FAIR-PLAY FINANCIER

Monaco fait l’objet d’une enquête au titre du fairplay financier. Avez-vous reçu les enquêteurs de l’UEFA ? Que leur avez-vous dit ?

Nous leur avons fait part de nos spécificités et de certains paramètres qui n’existent pas ailleurs. L’AS Monaco, c’est un club qui ne ressemble à aucun autre. Il faut donc être souple et faire preuve de compréhension lorsqu’on veut lui faire suivre des directives qui s’appliquent à des clubs et des villes de plusieurs millions d’habitants.

 

La chambre d’instruction de l’ICFC (Instance de contrôle financier des clubs) doit rendre ses décisions fin mai. Votre pronostic ?

Les négociations pour trouver un accord avec l’UEFA sont en cours. Nous espérons que l’UEFA va prendre en compte nos efforts pour baisser les dépenses et diminuer d’une manière assez drastique notre déficit.

 

Vous aviez indiqué à Platini qu’il faudrait changer les critères du FPF. Des mesures vont-elles être prises en ce sens ? Lesquelles ?

Nous sommes ici pour respecter les règles. En revanche, je vous rappelle qu’en appliquant les règles strictement, il n’est plus possible de monter un projet comme Chelsea, PSG ou Monaco. Et les statistiques nous montrent que ce sont toujours les même clubs qui arrivent à la fin dans les dernières huit meilleures équipes, c’est-à-dire en quart de finale de Champions League. Est-ce que c’est vraiment bien pour le foot européen ?

 

A titre personnel, êtes vous heureux à Monaco ? Pensez-vous y rester longtemps, et pas seulement pour des raisons footballistiques ?

Je suis très heureux ici et je m’y sens de mieux en mieux. C’est un pays formidable et j’y fais de belles rencontres. En dehors du football, Monaco est l’endroit dans lequel je souhaite continuer ma vie de toute façon. J’y suis attaché au-delà du ballon rond. Mais je veux mener tout de front et gagner des trophées avec l’AS Monaco.

écrit par Milena