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Noémie Ravenna – tatoueuse à Monaco

Tatoueuse — Noémie Ravenna a décidé de fonder le seul atelier de tatouage de la principauté. Et depuis cinq ans, le succès est au rendez-vous pour cette pratique artistique gagnant au fil des ans ses lettres de noblesses —

 

Cette enfant du pays, d’origine italienne, n’imaginait pas ouvrir son commerce autre part que dans sa patrie d’adoption. En plein cœur de la Condamine, rue de Millo, Noémie Ravenna, 35 ans, a lancé en 2015 sa boutique Dixième art. Comme le surnom que l’on donne à la pratique du tatouage dans le milieu artistique. Autrefois marginal et mal perçu, le tatouage est de plus en plus considéré comme un art à part entière. Ce n’est pourtant pas sans effort que Noémie a réussi son pari. Cette ancienne professeure de français a changé de cap à l’âge de 29 ans. « Je savais que ça allait marcher », se rappelle-t-elle. C’est cet instinct qui l’a encouragé alors que le gouvernement peine à lui donner son autorisation d’exercer. « Je crois que l’administration avait tout simplement peur car elle partait avec un a priori du tatouage. Celui qu’on imagine fait dans un garage sans aucune précaution sanitaire… », décrit la trentenaire. C’est pourtant à 100 000 lieux de cette ambiance que sa boutique voit le jour.

Dès 18 ans

Dans ce local habilement réaménagé avec plusieurs cabines de tatouage, trois professionnels enchainent les dessins personnalisés. « La plus grosse partie de notre travail est de conseiller les clients. On s’adapte vraiment à leur demande pour réaliser un tatouage qui va durer toute une vie. Le dessin du tatouage est tout de suite abordé de façon technique. Il faut rapidement s’imaginer si cela va fonctionner sur la peau, sachant qu’avec le temps, la peau bouge », indique Noémie Ravenna. La consultation débute toujours par un examen des motivations du client et ses goûts. « Avec le tatouage, on a un rapport très intime. C’est comme une cicatrice, le tatouage fait ensuite partie intégrante de nous. » On pousse la porte de sa boutique pour de multiples raisons. « Le premier tatouage doit vraiment être personnel et ne pas tomber dans un phénomène de mode », conseille Noémie. Dans sa boutique, aucun tatouage n’est réalisé avant l’âge de 18 ans. « Normalement, c’est possible dès 16 ans avec une autorisation parentale mais on trouve qu’à cet âge-là, on n’a pas la maturité nécessaire pour décider. »

Minutie

C’est par une loi monégasque promulguée en 2012, réglementant « l’effraction cutanée » comme le maquillage permanent et le tatouage, que l’activité de Noémie a été rendue possible. Dans sa boutique, la propreté et le respect stricte des règles d’hygiène sont les maitres-mots. Elle a choisi de travailler avec du matériel de précision et de qualité. Et c’est aussi cela que vient chercher sa clientèle, de 18 à 74 ans, et pour moitié de nationalité étrangère. Noémie a dû se former avec patience. Mais depuis un an et demi, elle tatoue quotidiennement. « J’ai mis deux ans à me former. Une année entière à juste regarder sans toucher à une machine. Car le moindre geste peut-être une erreur. C’est une prise de risque constante. » Sa spécialité : les traits très fins. Un de ses collègues travaille l’aspect réaliste — très demandé actuellement — et la couleur. « On travaille dans la minutie », se félicite-t-elle. Et le succès est au rendez-vous.

Art thérapie

« Ça devait se passer là. Quand je repense au moment où j’ai décidé de me lancer, je me dis que c’était un peu fou comme projet. Mais aujourd’hui, je suis contente d’avoir fait ce choix de changement de vie car il n’y a aucune lassitude. On rencontre des personnes très différentes avec un projet fort. Cela leur rappelle souvent pour toute leur vie quelque chose d’important », sourit la jeune femme. Si bien que Noémie envisage l’ouverture d’un second atelier de tatouage siglé Dixième Art dans un pays étranger. Le projet est en cours et pourrait laisser place à une véritable chaine. A Monaco, elle souhaite impulser un projet d’art thérapie à travers le tatouage. « Parce que c’est très cathartique de se faire tatouer… Nous aimerions instaurer des ateliers plus personnalisés pour aider les personnes dans ce processus de tatouage à expulser leurs émotions et ressentis. C’est un projet dans lequel on croit. Ici, on le fait tous les jours. »