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Mr OneTeas « J’avais juste envie d’être heureux »

Portrait — Tour à tour, graffeur, photographe, peintre et sculpteur, Mr OneTeas, est un artiste autodidacte aux multiples facettes. Rencontre —

«En 2005, j’ai fait mon premier essai à la bombe. Le résultat ne fut pas une merveille, mais j’avais découvert un outil qui allait changer ma vie. » Au départ, Anthony Alberti alias Mr OneTeas ne se prédestinait pas à une carrière artistique. Elève en Terminale S à Toulon, il se voit plutôt poursuivre des études scientifiques, mais un coup du sort va l’en empêcher : « J’ai été victime d’un accident de voiture », se remémore-t-il. Ne pouvant plus pratiquer de sport, un ami à lui, Krash 2, lui propose alors de peindre : « Lorsque j’ai peint la première fois, je dois dire que le résultat n’était pas un chef d’œuvre (rires). Je me suis dit, tant que je ne serais pas satisfait de mes réalisations, je n’arrêterais pas. » Une activité qu’il n’arrêtera plus, jusqu’à en faire sa profession. De 2005 à 2011, l’artiste monégasque continue pourtant de travailler à côté, jusqu’au jour où ce dernier décide de tout plaquer : « J’y ai mûrement réfléchi. Si j’ai quitté mon ancien travail pour devenir artiste à plein temps, c’est parce que j’avais juste envie d’être heureux ». Une activité qui le comble désormais, loin de la contrainte que lui imposait son ancienne vie : « D’habitude, le travail rime avec quelque chose qui est contraignant. La seule dans ma profession d’aujourd’hui c’est de créer des choses. » Ce qui anime Anthony, c’est « la diversité et le côté créatif poussé à son paroxysme. »

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« Si j’ai quitté mon ancien travail pour devenir artiste à plein temps, c’est parce que j’avais juste envie d’être heureux ».

La société de consommation : son combat

Ce thème, lui tient particulièrement à cœur. Dès le début de sa jeune carrière, il voit dans le recyclage une manière de donner une âme nouvelle aux objets jetés et une façon de critiquer le consumérisme omniprésent (Exposition Recycl’art en 2012). Mais c’est surtout l’obsolescence programmée que ce dernier considère comme l’un des fléaux actuels : « Qui peut se permettre de gérer la durée de vie ? Pourquoi ne pas fabriquer des objets qui meurent quand ils doivent mourir plutôt que de décider qu’ils doivent mourir à une certaine date ? C’est quelque chose qui m’a un peu révolté. Que ce soit juste pour faire marcher la machine du consumérisme. » L’artiste fait ainsi le parallèle avec une ampoule située dans une caserne de pompier en Californie qui ne s’est pas éteinte depuis 1901. Ce thème est d’ailleurs celui de sa première exposition muséale : The Reality Show à la Galerie Lympia à Nice en 2018. Le jeune artiste veut mettre en lumière toutes les réalités auxquelles la population est confrontée, en tant qu’acteur et victime : la surconsommation, les réseaux sociaux ou encore la malbouffe. C’est de là que vient l’idée du livre éponyme à son exposition : « Les organisateurs voulaient que j’explique ma démarche en choisissant seulement 80 œuvres. Cela a été difficile de choisir. J’en ai réalisé plus de 300. » Un monde virtuel qu’il dénonce. Selon lui, les gens vivent une vie au travers des écrans qui n’est pas forcément la leur. « A l’échelle des 60 dernières années, autrefois, l’idéal du monde visait à « Je pense donc je suis » mais avec le monde consumériste, on est passé à « je possède donc je suis » et c’est devenu avec les années 2.0 « je poste donc je suis »». Au fil de ses créations, Anthony Alberti est de plus en plus un artiste engagé. « Aujourd’hui j’essaye de parler des maux de la société au travers de mes œuvres avec humour et un petit côté taquin. On parle souvent des animaux en voie d’extinction mais j’espère que ce n’est pas la notion d’humain dans l’humanité qui est en voie d’extinction. »

 

 

écrit par Arnaud Lauzerte