© Photo Gareth CattermoleGetty Images for Laureus)

Monte-Carlo, la terre ocre des champions

© Photo Gareth CattermoleGetty Images for Laureus)

ÉVÈNEMENT/Après une édition 2016 marquée par la neuvième victoire de Nadal, le Monte-Carlo Rolex Masters est de retour du 15 au 23 avril. Un tournoi mythique, qui a marqué des légendes du tennis comme Ilie Nastase et Boris Becker. Présents aux Laureus Awards à Monaco (1), les deux anciens joueurs ont confié leurs souvenirs et leurs attentes…

Les stars de la balle jaune seront bien une nouvelle fois au rendez-vous monégasque. Marquant l’ouverture de la saison européenne sur terre battue, le Monte-Carlo Rolex Masters, classé parmi les prestigieux Masters 1 000, donnera son coup d’envoi le 15 avril. Pour la 111ème édition du tournoi de tennis monégasque, Rafael Nadal, l’Espagnol nonuple vainqueur du tournoi, Novak Djokovic et d’autres joueurs du top 10 sont déjà inscrits depuis quelques mois.

Détrôné par Nadal

Avant même le début de l’ère Open, la terre battue du Monte-Carlo Country Club a vu triompher les plus grandes légendes de l’histoire du tennis. A l’instar du premier numéro 1 mondial du classement ATP, Ilie Nastase. Le joueur roumain a dominé le tournoi de 1971 à 1973, en battant successivement en finale Tom Okker, Frantiek Pala et Björn Borg. Des victoires qui lui rappellent « les plus belles années de (sa) carrière ». A cette époque, Nastase est LA star du tennis mondial. Il est l’un des rares joueurs à avoir aligné trois victoires consécutives au tournoi monégasque. Après son triplé gagnant, il arrive de nouveau en finale en 1974, mais s’incline cette fois-ci face à l’Américain Andrew Pattison. Quatre finales d’affilée restent un exploit. Personne n’a jamais fait mieux à Monaco à part un dénommé Rafael Nadal. « C’est de loin mon tournoi préféré. Il y a une atmosphère particulière ici. Je n’en garde que des bons souvenirs et on retrouve à chaque fois les meilleurs joueurs », a expliqué le “Bouffon de Bucarest”, à l’occasion des Laureus Awards, les oscars du sport remis à Monaco en février.

Aujourd’hui, l’ex-champion ne joue plus mais continue de suivre assidument le tennis. A 70 ans, le capitaine de l’équipe roumaine de Fed Cup attend d’ailleurs avec impatience l’ouverture de la saison sur terre battue. Cette prochaine édition promet selon lui d’être passionnante. « J’espère voir tous les plus grands, Nadal, Djokovic, Federer… C’est toujours un très beau tournoi et je suis sûr qu’il va nous réserver beaucoup de surprises cette année ». S’il ne souhaite pas faire de pronostic, il mise quand même sur ses favoris. A commencer par le Britannique Andy Murray, au sens tactique redoutable. « C’est le numéro 1. Il aime le tennis et ça se ressent sur le terrain… ». Une autre légende, Roger Federer, recordman de titres dans les tournois du Grand Chelem (17 !), a ses préférences. « Il a fait le plus beau come-back en gagnant l’Open d’Australie à 35 ans. Cet homme peut tout faire ! »

SOUVENIRS/Boris Becker devra attendre 2015 pour décrocher la victoire… Par l’intermédiaire de Novak Djokovic, qu’il entraînait depuis un an. © Photo Boris Streubel (Getty Images for Laureus)

SOUVENIRS/Boris Becker devra attendre 2015 pour décrocher la victoire… Par l’intermédiaire de Novak Djokovic, qu’il entraînait depuis un an. © Photo Boris Streubel (Getty Images for Laureus)

Deux finales, une victoire par procuration

Depuis sa première édition en 1897, le tournoi de tennis de Monte-Carlo a aussi vu des légendes s’incliner. Ce fut le cas de Boris Becker. Dans sa carrière, le joueur allemand a remporté six tournois du Grand Chelem, l’US Open en 1989, deux fois la Coupe Davis, mais n’a jamais soulevé la coupe monégasque… La terre battue ne lui a pas porté chance. Celui que l’on surnommait “Boum Boum” est pourtant arrivé deux fois en finale. En 1991, contre l’Espagnol Sergi Bruguera et en 1995, contre l’Autrichien Thomas Muster. L’ex-champion devra attendre 2015 pour décrocher la victoire… Par l’intermédiaire de Novak Djokovic, qu’il entraînait depuis un an. « C’est l’un des tournois les plus mythiques et importants, puisque c’est le premier de la saison. Ceux qui veulent remporter Roland-Garros doivent gagner à Monaco. Même si je n’ai jamais gagné, j’aime revenir ici chaque année », déclare-t-il. Si aucun Français ne s’est imposé depuis Cédric Pioline en 2000, Becker croit au potentiel des tennismen tricolores. « Il y a trois/quatre joueurs qui dominent le tennis mondial (Djokovic, Nadal, Murray et Federer) donc pour les Français, c’est difficile de s’imposer. Mais Tsonga et Monfils sont de bons joueurs et peuvent y arriver. » Côté pronostic, l’ancienne vedette de la balle jaune ne préfère pas se prononcer. « C’est impossible de savoir qui va gagner. Il y a tellement de joueurs talentueux cette saison… » S’il n’est plus l’entraîneur du numéro 2 mondial depuis fin 2016, il reste confiant quant aux succès à venir de son ancien protégé. « Même s’il n’a pas joué au meilleur de sa forme pendant l’Open d’Australie, je ne suis pas inquiet. Il sait quoi faire pour gagner ! » Qui sait, le Serbe, résident monégasque, aura peut-être à affronter une nouvelle fois à Monaco son frère ennemi Rafael Nadal. En 2016, “Rafa” avait raflé pour la neuvième fois la victoire sur la terre battue monégasque. L’Espagnol arrivera-t-il à préserver son titre ou sera-t-il détrôné cette année ? Réponse mi-avril…

_Eva Bessi

(1) Ilie Nastase et Boris Becker sont membres de la Laureus World Sport Academy, qui choisit chaque année les Laureus Awards. En février 2017, les oscars du sport ont notamment été remis à Usain Bolt et Nico Rosberg.

 

« Il n’y a plus de show ! »

POINT DE VUE/Pour l’ancien champion roumain Ilie Nastase, le tennis s’est professionnalisé et manque d’excentricité…

Ilie-Nastase-2011-(Photo-by-Gareth-CattermoleGetty-Images-for-Laureus)

Son jeu inimitable a fait de lui une véritable légende. Ilie Nastase a marqué le monde du tennis des années 70 et 80. Au cours de sa carrière, le joueur originaire de Bucarest a remporté 87 tournois en simple et 55 en double. Il a d’ailleurs été le premier numéro 1 mondial du classement ATP. Connu également pour son sens du spectacle, le joueur n’hésitait pas à amuser le public et à taquiner les arbitres sur le terrain. Tel un vrai showman, le Roumain n’avait peur de rien. En 1974, il joue à Wimbledon avec un parapluie. En 1981, à Roland-Garros, il emprunte la casquette d’un arbitre alors que la pluie commence à tomber et s’amuse avec… L’année suivante, il va encore plus loin, et amène un chat noir sur le terrain pour déstabiliser l’équipe adverse !

Ce genre d’excentricités se fait rare aujourd’hui sur les courts. « C’est beaucoup plus strict. On ne peut plus se permettre de faire ça. Il n’y a plus de show et c’est dommage ! », regrette-t-il. Malgré tout, certains joueurs essayent de ranimer cet esprit « showman » un peu perdu. A l’instar du Français Gaël Monfils, qui rappelle quelque peu Nastase à ses débuts. « Il aime aussi s’amuser sur le terrain un peu comme moi. » Si le joueur a pris sa retraite depuis le milieu des années 80, il continue à suivre le tennis. La chose qui a le plus changé depuis ses débuts ? « Tout ! confie-t-il. On devait s’occuper des réservations des billets, des raquettes, de l’entraînement. On n’avait personne derrière nous pour faire ce travail… » Moins de responsabilités et de préoccupations : ces changements sont selon lui bénéfiques pour les tennismen. « Ça libère l’esprit des joueurs qui n’ont plus qu’à se concentrer sur le jeu. A mon époque, on ne prenait pas autant de temps pour s’entraîner. Aujourd’hui, ils sont mieux préparés aux tournois. »

L’autre évolution majeure, selon Nastase, concerne le style de jeu. Les performances sont désormais beaucoup plus physiques, les déplacements plus rapides et les coups plus violents. Si sportivement, il est impossible de comparer les périodes, le tennis d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui des années 70. A commencer par la technologie mais aussi les règles. « Les arbitres sont des professionnels, et peuvent s’appuyer sur les caméras, donc les tennismen ont davantage confiance. » Pour autant, selon Nastase, une seule chose n’a pas changé : la recette du succès. « Pour gagner, il faut bien jouer. Il n’y pas de secret ! »

_Eva Bessi

écrit par La rédaction