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Monaco Telecom : l’hémorragie

SOCIAL/Alors que le plan social de Monaco Telecom prévoyait 35 départs volontaires, ce sont finalement 58 employés qui ont choisi de quitter l’opérateur.

 

Cinquante-huit départs volontaires dont deux directeurs du comité exécutif. C’est le bilan des courses du plan de restructuration de Monaco Telecom. « C’est l’hémorragie, souffle un représentant du personnel. On est bien au-delà des objectifs de 35 départs qu’avait fixés la direction. Près d’un tiers du personnel a sauté sur les conditions de départ alors que le marché du travail n’est pas terrible. Il y a une méfiance grandissante envers le projet d’entreprise sinon les gens ne quitteraient pas le navire. » Dans le détail, certains services techniques sont particulièrement touchés avec par exemple, quasiment la moitié des CDI des services réseaux et systèmes qui seraient prêts à prendre la poudre d’escampette. A l’inverse, c’est le statu quo pour les fonctions supports, visées initialement par la direction. De quoi alimenter les craintes du personnel pour ceux qui restent. « On espère qu’il n’y aura pas de départs imposés par la suite et que l’étage 2 de la fusée ne sera pas largué… » s’interroge un délégué. Le directeur général Martin Perronet tente lui de rassurer les troupes : « Ce plan ne sera pas suivi d’un plan collectif. » Mais aussi sa clientèle : « L’avenir s’annonce riche en nouveautés, avec plus de 70 % de notre budget d’investissement centrés sur l’innovation. Nous préparons plusieurs lancements majeurs (pour 2015). »

Cynisme ?
Pourtant, il n’y a pas qu’au sein de l’entreprise qu’on se pose des questions. « Ils ont Free mais eux, ils n’ont rien compris ! » a ironisé Thierry Poyet lors des débats budgétaires. Au conseil national, on fulmine en effet de devoir quémander le plan industriel du nouvel actionnaire Xavier Niel ou encore d’avoir appris par la presse un plan sans précédent depuis la privatisation de l’opérateur en 1996. « Lors de sa venue au conseil national, Monsieur Niel m’avait répondu qu’il ne comptait pas doubler les effectifs. C’était quoi, de l’humour, du cynisme ? Je doute à présent… » tempête l’élu Horizon Monaco qui « trouve ce plan mauvais », et craint qu’il ne soit que le premier d’une longue série.

Si le ministre d’Etat a promis d’informer les conseillers nationaux, fin janvier, sur les tenants du plan industriel de Monaco Telecom, le silence était de mise lorsque l’élu de la majorité HM a demandé ce que le gouvernement comptait faire. « Au titre de la concession, le concédant a toujours un mot à dire », a rappelé Thierry Poyet, citant le règlement intérieur. Son article 46 stipule en effet que « tout projet de licenciement pour cause économique ou de restructuration doit, préalablement à toute procédure, faire l’objet d’un examen et d’un accord formel de l’Etat, en sa qualité de concédant du service public d’exploitation du réseau téléphonique. » Thierry Poyet n’a pas hésité à interpeller le Ministre d’Etat : « Aurez-vous l’audace de signer l’autorisation d’un plan de restructuration alors que la société vient d’accroitre son résultat net et qu’in fine, si on en arrive là, c’est parce que le dossier a été mal ficelé ! » Face à des élus inquiets, le conseiller pour les finances Jean Castellini s’est contenté de dire que le gouvernement tirerait les conséquences du plan de départs volontaires. Rappelant tout de même qu’il « faut innover pour réussir. Cela passe par une adaptation de la structure de coûts et notamment des coûts salariaux. » Y compris au niveau de la direction ?

SOCIAL/
Pour un observatoire de l’industrie

Evoquant le cas Mécaplast et le soutien financer de l’Etat à hauteur de 15 millions d’euros (malgré les arriérés de paiement et la dette locative importante), les élus ont clairement décrit leur doctrine au sujet du déclin du secteur industriel. « Bien souvent, ces soutiens financiers ne font malheureusement que surseoir à la délocalisation de certaines activités de production contraintes par les contingences du marché et les réalités économiques. Il ne faudrait pas que l’habitude soit prise de socialiser la dette et de privatiser les profits » a rappelé le rapporteur Marc Burini (HM). Avec la série de plans de restructuration que connaît l’industrie monégasque (Monachem, BorgWarner, Théramex et j’en passe), logique que les débats budgétaires aient été en partie consacrés à la question. L’élu de la majorité Horizon Monaco Philippe Clérissi a proposé que soit créé un observatoire de l’industrie pour une action plus « proactive ».

De son côté, le gouvernement s’est défendu de vouloir « faire partir l’industrie. » « Nous faisons tout pour qu’un secteur continue à se développer et à prospérer. Ceci dit, l’industrie n’échappe à la mutation liée à la mondialisation et au progrès technique », a expliqué le ministre d’Etat Michel Roger. Le conseiller pour les affaires sociales Stéphane Valeri a souligné l’efficacité de la politique de retour à l’emploi avec un taux de replacement des salariés licenciés de 85 % lors du plan Théramex de 2013 et de 80 % s’agissant de l’avant-dernier plan social de Mécaplast. _M.R.

écrit par Milena