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Mission à Vienne « Transformer les contacts en contrats »

ECONOMIE — Treize entrepreneurs monégasques sont partis à Vienne du 13 au 15 mai avec le Monaco economic board pour une mission économique. Avec une ambition : nouer des partenariats professionnels, dénicher des contrats et s’inspirer, sur certains points, du modèle autrichien —

Quel est le geste le plus fréquent que font les entrepreneurs monégasques qui partent en mission économique avec le MEB ? Il ne s’agit pas de prendre des photos de la ville, ou d’emporter des cadeaux souvenirs dans les valises. Loin de là. La priorité est surtout… de distribuer (et d’amasser) un maximum de cartes de visite ! Car lors de ces missions express, on ne parle (presque) que de business… Pendant trois jours à Vienne, 13 chefs d’entreprises et salariés de sociétés monégasques sont donc allés faire leur nid en Autriche… Leur ambition sur place : doper leur carnet d’adresses, nouer des partenariats professionnels, décrocher quelques contrats, et pourquoi pas, s’inspirer des « bonnes pratiques » autrichiennes… Private banking, avocats, ou encore compagnie d’assurance, plusieurs secteurs d’activité étaient représentés pour cette mission économique pilotée et préparée depuis plusieurs mois par le MEB. Depuis 20 ans, cette chambre de commerce monégasque — qui compte aujourd’hui 500 membres — joue les VRP et fait en sorte de booster le développement des entreprises monégasques, en local et à l’international.

Tissu de PME

Pourquoi l’Autriche ? Ce pays n’a pas été choisi au hasard… Si la sécurité et la propreté des rues (assez bluffante il faut le dire !) constituent sans aucun doute des points communs avec Monaco, les similitudes économiques avec le territoire monégasque sont également nombreuses. Comme en principauté, la prospérité autrichienne repose sur un tissu de PME, tourné vers l’international, basé sur l’innovation, et sur des marchés de niche. « Quelques marques phares telles que Red Bull, Porsche ou Swararowski constituent de belles têtes d’affiches, mais l’essentiel du dynamisme autrichien se situe bien chez des champions cachés qui réalisent des prouesses. Ainsi, par exemple, 20 % des technologies utilisées dans les avions Airbus sont autrichiennes », précise le MEB. Ce pays, qui compte 8,7 millions d’habitants, affiche aussi de sérieux atouts économiques. Il s’agit du 4ème pays le plus riche d’Europe, il arbore un chômage quasi résiduel de 5,9 % et affiche une croissance soutenue depuis plusieurs années. Quant à Vienne, la capitale, elle compte parmi les métropoles les plus appréciées au monde par les chefs d’entreprise. Elle est aussi depuis des années la première ville de congrès.

Accès aux marchés d’Europe centrale

Autre point fort : grâce à sa situation géographique, sa culture et son histoire, l’Autriche offre un accès direct aux marchés d’Europe centrale et Orientale. Petit plus non négligeable pour des entrepreneurs : les relations salariés/patronat sont régies par un contrat social qui repose sur le dialogue. Les grèves sont pratiquement inexistantes… « L’Autriche est également un pays tourné vers l’avenir, rajoute le MEB. Plus de 30 % de l’énergie consommée est d’origine renouvelable. Et les dépenses publiques en Recherche et Développement (R&D) sont élevées : 3 % du PIB. » Autant d’arguments qui ont manifestement fait mouche auprès des entrepreneurs de la principauté. Treize dirigeants et salariés ont donc décidé d’embarquer aux côtés du MEB. Quelques jours avant le départ, l’objectif affiché était déjà limpide : « que les contacts se transforment en contrats ! », glissait Christian Schiere, directeur d’Advantage Austria France & Monaco. « Nos modèles sont clairement fait pour s’entendre », affirmait à son tour Philippe Ortelli, président de la Fédération des entreprises monégasques (FEDEM).

Monaco fait sa promo

Une fois sur place, la première étape fondamentale est de présenter les atouts économiques de la principauté. Atouts souvent méconnus hors des frontières monégasques. Cette fois-ci, c’était au Wirtschaftskammer Österreich (WKÖ). Derrière ce nom imprononçable, se cache la chambre économique fédérale autrichienne. Devant un parterre de 130 personnes venues, elles aussi, construire des passerelles économiques avec Monaco, le MEB a présenté sous son plus beau jour (et uniquement sous son plus beau jour) la principauté. A coups de clips promotionnels — notamment narrés par le prince Albert  II lui-même, et plusieurs personnalités dont le chef cuisinier Alain Ducasse, ou encore Ornella Barra — plusieurs arguments ont été mis en avant : Monaco, ce sont 5 000 sociétés sur 2 km2, et 52 000 salariés pour 38 000 habitants, une stabilité politique et un pays cosmopolite comprenant 139 nationalités. Le MEB met aussi en avant le fait que la principauté est « une place financière ambitieuse et réglementée », dispose « d’un savoir-faire unique en matière d’urbanisme et de construction », tout en ajoutant que le marché immobilier « affiche une croissance de 151 % en 10 ans ». « Monaco est donc bien plus que son image glamour et ses 2 km2 », répètent à plusieurs reprises les membres du MEB devant les entrepreneurs autrichiens. Les futurs grands projets ont aussi été dévoilés. Notamment, une présentation succincte du One Monte-Carlo, du Port de Vintimille, du Nouvel hôpital, et bien sûr, de l’extension en mer.

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L’Autriche qui compte 8,7 millions d’habitants affiche de sérieux atouts économiques. Il s’agit du 4ème pays le plus riche d’Europe, il arbore un chômage quasi résiduel de 5,9 % et affiche une croissance soutenue depuis plusieurs années.

Session BtoB

Après la session auto-promo sur Monaco, chaque entrepreneur monégasque est ensuite invité à présenter son entreprise sur l’estrade. En anglais bien sûr. Une fois les présentations faites, place à la session “BtoB”. Comprendre “business to business”. « C’est là que tout se joue », lance un patron. Le mode opératoire est simple. Pendant plus de deux heures, des rendez-vous en face à face, souvent en binôme, sont organisés entre dirigeants monégasques et autrichiens. « Pas moins de 300 contacts ont été établis par les entrepreneurs monégasques », assure, après coup, le MEB. Difficile de le vérifier… Seule certitude, pour le Monaco economic board, le véritable enjeu est que des contrats et des partenariats soient, au final, véritablement signés. « Le bilan de cette mission à Vienne, je ne peux pas le dresser aujourd’hui, explique le directeur général exécutif du MEB, Guillaume Rose. Il sera fait dans 6 mois. Nous tirerons les enseignements avec les bureaux de représentation, en Allemagne et en Autriche, qui vont veiller au suivi. Les membres qui ont fait le déplacement doivent également nous dire quels sont les contacts qu’ils ont noués, les contrats qu’ils ont signés et les points à améliorer. »

« La force de frappe est plus grande »

Que recherchent justement les entrepreneurs monégasques qui participent à ce type de mission ? Tous affirment que le vaste carnet d’adresses du MEB est un atout-clé. Au total, cet organisme économique revendique avoir « 1 500 contacts » à travers le monde : consuls, ambassadeurs et chambres de commerces notamment. Un réseau grâce auquel le MEB peut organiser des rendez-vous business sur-mesure aux entreprises monégasques. « Le MEB nous propose des contacts que nous n’aurions pas pu avoir en prospectant par nous-mêmes. Cela nous ouvre des portes à l’international. La force de frappe est plus grande car Monaco est, certes, un petit État, mais un État tout de même », explique l’un d’eux. Même analyse pour Claire Gaven, responsable de la “branchie vie” à la compagnie d’assurance Suisscourtage : « Cela nous permet de rencontrer des acteurs majeurs de l’économie du pays dans lequel on se rend. Des CIO, des managers, des hautes personnalités… Ce type de mission nous permet aussi de nous rapprocher entre acteurs monégasques et de créer des relations professionnelles, informelles, et même amicales. » Ce cabinet très tourné vers l’international, et qui collabore avec plus de 70 compagnies, a des attentes très claires vis-à-vis du MEB : « A travers les chambres de commerces, nous rencontrons des entreprises étrangères qui souhaitent s’établir à Monaco et qui ont des activités à l’international. Notre cabinet va pouvoir s’inscrire dans le cadre de l’accompagnement de leur assurance. Il y a donc un vrai sens pour nous de participer à ces missions. »

Des contrats signés

Si bien sûr, de nombreux contacts noués lors de ces voyages économiques ne sont pas synonymes de contrats signés, plusieurs entrepreneurs sont tout de même revenus à Monaco avec de sérieuses pistes sous le bras. C’est le cas d’Olivier Guillo, fondateur de Smart GDPR. Cette entreprise édite des logiciels pour particuliers et professionnels destinés à garantir le bon usage des données personnelles. L’homme est plutôt satisfait de son voyage à Vienne, puisque le WKÖ, la chambre économique fédérale autrichienne, envisagerait de distribuer sa solution à ses membres. « Cela pourrait être un bon contrat », indique ce chef d’entreprise qui a également rencontré sur place des avocats intéressés par son savoir-faire. En février dernier, lors de sa mission en Inde avec le MEB, ce patron a même décroché un gros partenariat. « Nous nous sommes associés à un cabinet d’avocats en Inde. Ensemble, nous avons créé une société commune qui aura pour rôle de distribuer notre logiciel et qui devra l’adapter à la réglementation indienne. » Un contrat, qu’il n’aurait pas pu décrocher, assure-t-il, sans l’aide du MEB…