Michel-de-Grece-MENTION-OBLIGATOIRE-@-Marina-Karella

Michel de Grèce
Conteur d’Histoire

CULTURES MULTIPLES/Ecrivain et historien, le prince Michel de Grèce est le descendant de grandes familles royales régnantes d’Europe. A 76 ans, il partage son temps entre la France, Monaco et la Grèce. Rencontre avec un éminent membre du gotha très attaché à la notion de famille.

 

L’histoire de Michel de Grèce a démarré bien avant lui… Petit-fils du roi Georges 1er de Grèce et du prince Jean d’Orléans, prétendant au trône de France, c’est le cousin germain du prince Philip, duc d’Edimbourg, le mari d’Elisabeth II d’Angleterre. Né de l’union entre Christophe de Grèce et Françoise d’Orléans en 1939, il est à la fois un parent de la reine Sophie d’Espagne, du roi Michel 1er de Roumanie, de la grande dynastie russe des Romanov et porte le nom de prince de Grèce et de Danemark. Cette hérédité avec toutes les cours européennes, régnantes ou non, lui permet de toucher chaque jour du doigt la grande Histoire. « J’ai eu l’avantage d’être en prise directe. Quand ma grand-mère me décrivait l’empereur François-Joseph, le mari de Sissi, ce n’était pas d’après un livre. Elle l’avait connu ». Une histoire familiale pour le moins prégnante qui transforme ses balades parisiennes en rencontre cocasse avec un arrière grand-père figé par une sculpture. Plutôt qu’un fardeau, il extirpe de cette vie une grande humilité. « Il n’y a plus de monarchie en Grèce. Mais je pense que porter un nom pareil suggère quelques devoirs, une certaine attitude, une dignité et un respect des autres. »

 

Explorations fantomatiques

Ce passé lié à une grande curiosité et une belle ouverture d’esprit l’a poussé vers l’étude de l’histoire. Une activité qu’il décline à l’écrit, se retrouvant dans la peau d’un « conteur d’histoires ». L’écrivain puise une partie de son inspiration dans ce gigantesque passé familial, mais aussi et surtout, par l’instinct et le hasard. « Quand je me mets à parler d’une personne de ma famille, j’essaie tout de même d’être très impartial. » Orphelin de père à 1 an puis de mère 12 ans plus tard, le jeune Michel a grandi en France au côté de son oncle, le comte de Paris. Il s’est découvert à cette occasion une passion pour l’invisible et les explorations fantomatiques. Un hobby favorisé par des lieux d’habitation remplis d’histoire, encore une fois. Depuis un an, il décline ses centres d’intérêts sur un site internet(1). Bien avant, dès 1970, il entame ses écrits par un premier ouvrage Ma sœur l’histoire, ne vois-tu rien venir ?(2). Sa bibliothèque personnelle s’est enrichie d’une vingtaine de livres romanesques ou plus personnels. Le dernier, avec Stéphane Allix, date de 2014 et s’épanche sur le parcours extraordinaire, presque mystique, et les zones d’ombre d’Alexandre le Grand(3).

 

Témoigner pour éclairer

De Patmos, île grecque près des côtes turques, où il passe une partie de l’année, il mène avec sa femme peintre, Marina, une vie paisible. Ensemble, ils apprécient les mois passés à Monaco, espace où ils jouissent d’une grande tranquillité et poursuivent leur vie imprégnée de Méditerranée. Cette bulle monégasque ne fait pas oublier au prince les difficultés qui gangrènent le monde. « L’histoire ne trace pas l’avenir, il l’éclaire », résume cet éternel optimiste. Le conseil transmis à ses deux filles et ses 5 petits-enfants : « Qu’ils comprennent leur époque et qu’ils y jouent un rôle modeste mais bénéfique ». Dans ses cartons, Michel de Grèce prépare un ouvrage sur la Syrie. « En ce moment, c’est l’horreur. J’ai envie de raconter ce que j’ai vu et entendu et qui j’ai rencontré en 50 ans. Simplement un témoignage d’une Syrie qui, pour l’instant, n’existe plus. » Transmettre au présent pour comprendre le passé. Des histoires que Michel de Grèce n’a pas fini d’épuiser.

 

(1) www.princemichaelofgreece.com
(2) Ma sœur l’histoire, ne vois-tu rien venir ?, Michel de Grèce, Editions Julliard.
(3) Les mystères d’Alexandre le Grand, Michel de Grèce et Stéphane Allix, Flammarion, 2014, 240 pages, 19,90 euros.

 

La sélection de… Michel de Grèce

 

Le-Royaume-Emmanuel-Carrere

Le Royaume

d’Emmanuel Carrère

Méditation. « C’est un des livres les plus intéressants que j’ai lu », s’enthousiasme Michel de Grèce. Grand succès de la rentrée littéraire 2014, ayant reçu plusieurs prix, Le Royaume raconte l’histoire des premiers temps du christianisme. « C’est à la fois très personnel et d’une extraordinaire profondeur. En plus, cela traite d’une époque très peu connue », poursuit l’écrivain. Pour l’éditeur de Carrère, ce livre est « ample, drôle et grave, mouvementé et intérieur, érudit et trivial, total. » Il invite ses nombreux lecteurs dans une sorte de méditation sur ce qu’est le christianisme et en quoi il interroge encore de nos jours les croyants ou les autres.

Le Royaume, Emmanuel Carrère (P.O.L.), 640 pages. 23,90 euros.

 

Breakfast-with-Lucian-de-Geordie-Greig

Breakfast with Lucian

de Geordie Greig

Biographie. Deuxième sélection de Michel de Grèce en langue anglaise. « Ça ne gêne pas ? Je lis beaucoup en anglais » s’excuserait-il presque. La biographie rédigée et publiée en 2013 par Geordie Greig, journaliste anglais de 55 ans, a été remarquablement accueillie par l’écrivain grec. « Une des meilleures biographies que j’ai lu » avoue Michel de Grèce. Le livre retrace la vie de Lucian Freud décédé en 2011, peintre et petit-fils du psychanalyste Sigmund Freud. « C’est la technique de la biographie qui m’a beaucoup intéressé. Entre des interview, du rédigé, des souvenirs personnels et des analyses » explique Michel de Grèce.

Breakfast with Lucian ; The Astounding Life and Outrageous Times of Britain’s Great Modern Painter. Geordie Greig (Farrar, Straus and Giroux), 260 pages. 26,90 euros.

 

La-Recreation-Mitterand

La Récréation

de Frédéric Mitterrand

Analyste. Sept cents pages du journal intime d’un ministre de la Culture. L’ouvrage de Frédéric Mitterrand a bénéficié d’un bel affichage médiatique à sa sortie en 2013. Il y dévoile trois années au cœur du ministère qu’il occupait sous la présidence de Nicolas Sarkozy. « Ce qui m’a plu dans cette aventure c’est d’avoir osé sauter dans la cage aux lions de la politique et d’observer leur férocité, leurs grognements et leurs faiblesses », indique l’auteur. Pour Michel de Grèce, le livre est à la fois étonnant et original. « C’est un vieil ami. Il voit les choses de dedans et de dehors à la fois. Ce qui fait de lui un remarquable analyste. Les autres politiciens sont tellement mêlés à leurs affaires qu’ils n’ont plus de recul, lui en a », insiste-t-il.

La Récréation, Frédéric Mitterrand (Robert Laffont), 726 pages, 24 euros.

 

The-four-agreements

The four agreements

de Don Miguel Ruiz

Métaphysique. Publié en 1997, ce livre est rapidement devenu un best-seller. Rien qu’aux Etats-Unis, il s’est vendu à plus de 5 millions d’exemplaires. « Un bouquin assez calé sur la métaphysique des indiens Toltèques du Mexique, une tribu très importante qui remonte à des millénaires », juge Michel de Grèce. Un guide pratique pour trouver la paix de l’esprit qu’il conserve avec intérêt « parce qu’on s’aperçoit que les croyances de tous les grands esprits, de toutes les religions, de tous les continents se rejoignent. Cette tribu, dont il reste beaucoup d’objets ou de patrimoine d’art, est tout à fait passionnante », souligne-t-il.

The four agreements, A practical guide to personnal freedom, Don Miguel Ruiz (Janet Mills), 164 pages, 6 euros.

 

Orient-Christopher-Bollen

Orient

de Christopher Bollen

Polar. L’ouvrage récent et en anglais de l’écrivain américain Christopher Bollen se déroule dans un village de Long Island près de New York. Lieu d’une terrible affaire policière à multiples rebondissements. « J’ai rencontré cet auteur et je l’ai trouvé passionnant. Il est très jeune et son livre m’a beaucoup plu. » La rencontre s’est déroulée sur l’île où réside Michel de Grèce avec sa femme pendant l’été, Patmos près des côtes de la Turquie. « Il est venu car son prochain bouquin aura pour cadre cette île grecque. J’aimerais bien savoir quelle histoire il va bien pouvoir sortir sur notre malheureuse île » rigole t-il.

Orient, Christopher Bollen (Simon & Schuster), 624 pages, 18,20 euros.

 

Un-the-a-Istanbul

Un thé à Istanbul

de Sébastien de Courtois

Déambulation. « Une merveilleuse introduction à la ville d’Istanbul. » C’est par ses mots que Michel de Grèce décrit l’ouvrage de son ami historien, spécialiste de l’histoire des chrétiens d’Orient, paru en avril 2015. Il s’agit surtout de la vision d’Istanbul d’un fin connaisseur, qui convie les lecteurs dans une promenade littéraire et artistique au gré d’une déambulation dans ce joyau du Bosphore. Sébastien de Courtois, lui-même stambouliote, produit et anime des émissions religieuses pour France Culture. Grand voyageur, il est l’auteur de plusieurs livres, dont Les Derniers Araméens (2004), Périple en Turquie chrétienne (2009) et Éloge du voyage. Sur les traces d’Arthur Rimbaud (2013).

Un thé à Istanbul, Sébastien de Courtois (Le Passeur collection Chemins d’étoiles), 272 pages, 18,50 euros.

 

Physique-quantique

Physique quantique

de Vahé Zartarian

Irréfutable. Même si son auteur a cherché à vulgariser la compréhension du sujet, le thème de la physique quantique reste compliqué à comprendre. Elle provoque aussi bien émerveillement qu’incompréhension. Michel de Grèce assume : « J’ai compris un quart du bouquin mais le sujet me passionne ! La physique quantique, c’est l’une des plus grandes découvertes scientifiques de notre siècle. Ses possibilités et son futur sont presque inimaginables tellement ils sont vastes », argumente-t-il. Ancien élève de l’école polytechnique, Vahé Zartarian est aussi l’auteur de nombreux articles et livres sur le devenir de l’espèce humaine. Un touche-à-tout attelé à réintroduire conscience et sens en partant des données les plus irréfutables de la science.

Physique quantique, Vahé Zartarian (Temps présent), 250 pages, 18,50 euros.

 

Memoires-de-Saint-Simon

Mémoires

de Saint-Simon

Vivacité. C’est un des livres de chevet de Michel de Grèce. « Je le relis perpétuellement quand je suis en manque de lectures ou d’idées », souffle l’écrivain. Saint-Simon est bien l’un de ses auteurs préférés « car il y a toujours à apprendre. » L’intérêt de ses mémoires ? « Il y a une vivacité dans l’écriture qui me fait dire que c’est plus un journaliste qu’un écrivain », dit-il en vantant sa faculté de description des gens et des situations. Les Mémoires de Saint-Simon représente l’œuvre d’une vie au XVIIème et XVIIIème siècles. Cet ouvrage raconte en 20 tomes la cour de Louis XIV puis celle de la Régence de 1715 à 1723 après la mort du roi Soleil. « Il apporte indéniablement la vivacité du vécu et du moment même », met en avant Michel de Grèce.

Mémoires, Louis de Rouvroy de Saint-Simon (La Pléiade), 8 000 pages, 20 tomes. 2,99 euros au format numérique.

écrit par AnneSophie