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Marsan vers
un cinquième mandat

POLITIQUE/A 61 ans, Georges Marsan est à nouveau candidat à sa propre succession pour les élections communales du 17  mars  2019. Pour l’heure, aucune liste concurrente ne s’est déclarée. Il précise à l’Obs’ son bilan, et sa feuille de route pour la campagne électorale.

 

Entre résignation et incertitude, 49 % des maires sortants en France déclarent vouloir abandonner tout mandat électif (1). A Monaco, le maire Georges Marsan n’est pas du tout dans le même état d’esprit… Au contraire. Alors qu’il occupe ce fauteuil depuis déjà 2003 (et qu’il est élu au conseil communal depuis 1991), cet ancien bras-droit d’Anne-Marie Campora assure ne ressentir ni « lassitude », ni « usure du pouvoir ». A 61 ans, le voilà même qu’il brigue un 5ème mandat… Pharmacien et père de trois enfants, Georges Marsan est donc à nouveau candidat aux prochaines élections communales du 17 mars 2019. Sa liste — qui sera dévoilée mi-janvier — est déjà presque bouclée. Elle sera composée d’une majorité de conseillers communaux déjà à ses côtés aujourd’hui. Une liste que le candidat-maire assure vouloir « féminiser davantage »…

« La mairie a plus de pouvoir qu’avant »

Après 15 années passées à la tête de la mairie, qu’est-ce qui motive encore Georges Marsan pour prolonger le contrat, 4 ans supplémentaires ? Au-delà de la « proximité » avec les Monégasques et les résidents qu’il « affectionne », le maire souhaite surtout poursuivre la feuille de route qu’il a déjà engagée : « De nombreux dossiers en cours n’ont pas pu être finalisés. Je pense notamment à nos projets de Smart city, à la restructuration du Foyer Sainte-Dévote, à la construction de la future Médiathèque qui a malheureusement pris 10 ans de retard, mais aussi au projet d’identité numérique que nous menons en collaboration avec le gouvernement », explique le maire. Mais ce n’est pas tout. Manifestement, ce qui galvanise Georges Marsan, c’est aussi de voir que l’institution qu’il chapeaute est désormais selon lui « beaucoup plus respectée » et mieux « intégrée dans le paysage politique monégasque ». La loi de 2006 — qui a offert une autonomie budgétaire et administrative à l’institution — y est pour quelque chose… « Depuis cette loi, la mairie a des prérogatives supplémentaires et a donc plus de pouvoir qu’avant. C’est beaucoup plus motivant », assure-t-il.

Télécabine : « un projet pharaonique »

Parmi les pouvoirs de la mairie figurent celui de donner un avis sur l’aspect urbanistique des projets menés à Monaco. Et lorsque l’esthétique n’est pas au goût des conseillers communaux, « on hausse le ton, et souvent, on nous écoute, assure-t-il. Nos relations sont bonnes avec le gouvernement, mais l’on a parfois des désaccords, et on les exprime. Cela a été le cas pour la restructuration du marché de la Condamine, et, plus récemment pour la télécabine. » Sur ce sujet, le maire est en effet monté au créneau. « On nous a présenté un projet pharaonique de 4 à 5 étages. Il s’agissait d’une espèce de mante religieuse sur le Jardin exotique. La mairie a donc demandé de revenir à un projet esthétiquement plus raisonnable. Il faut préserver le Jardin exotique. C’est un patrimoine. » Concernant le coût global de ce projet — estimé, selon les chiffres livrés par le maire, à 30 millions d’euros — la question de la rentabilité serait également intervenue dans les discussions. Or, selon Georges Marsan : « Il ne faut surtout pas parler de rentabilité mais d’investissement. Lorsque le gouvernement a décidé de réaliser le tunnel descendant, la question de la rentabilité n’est pas entrée en ligne de compte. Ce projet de mobilité durable sera forcément réalisé à fonds perdus. » Et si le ton des séances publiques communales est souvent (très) policé, le maire assure qu’en interne, le débat d’idées entre conseillers communaux est réel. « Et croyez-moi, les débats sont plus que musclés… » Quant aux projets qui essuient quelques critiques, comme les serres au Jardin exotique, Georges Marsan se défend… « Cela fait partie des acquis de ce mandat dont je suis fier », assure-t-il.

Bilan du mandat

Autres fiertés pour le maire : la création de l’Hercule Fitness club, qui compte désormais 300 abonnés, la mise en place d’une cérémonie d’accueil en mairie pour les nouveaux Monégasques, les petites boîtes dans les lieux de restauration pour éviter le gaspillage alimentaire, ou encore la réfection complète du hall de la mairie. Georges Marsan cite également les « petites mesures de proximité qui aident les personnes dans leur quotidien. » Entre autres : les services comme « SOS Multicourses » ou encore « SOS administratif » qui aide les aînés dans leurs démarches administratives. Dans le bilan, le maire met également en avant « les crèches, dont les capacités d’accueil ont été augmentées », et plus récemment, le lancement des soirées thématiques au marché de la Condamine, en partenariat avec l’association des commerçants. Là où le maire est en revanche plus amer, c’est sur la construction de la future médiathèque. En raison (entres autres) de l’arrêt des travaux sur l’opération Ilot Pasteur, un retard considérable a été pris. « Sur la future médiathèque, la finalisation des travaux est prévue pour 2021/2022. Ce sera un beau lieu de vie et de culture pour les familles. Toutes les entités aujourd’hui éparpillées, à savoir la ludothèque, les bibliothèques, la vidéothèque, la sonothèque, ou encore le fonds patrimonial, seront regroupées dans un lieu unique. Nous espérons que ce projet aboutisse le plus rapidement possible », souligne le maire et candidat.

« J’ai besoin de leur mobilisation »

Si le résultat des élections communales n’a jamais été bercé par un suspense palpitant, le 17 mars prochain, le suspense pourrait être encore plus inexistant… La cause ? A moins de 4 mois du scrutin, aucune liste concurrente ne se profile à l’horizon. « Pour l’instant, il n’y a rien qui bouge. Je suis tous les jours sur le marché et je n’entends rien… », indique le maire. Un cas de figure qui s’était déjà présenté lors de l’élection de 2003. Si, effectivement, aucune liste concurrente ne se présente dans les prochains mois, comment expliquer ce manque de mobilisation ? Le maire n’y voit pas forcément un désintérêt de la population mais plutôt le signe que le job est fait, et bien fait… « Il y a toujours des personnes insatisfaites, mais globalement, je pense que le bilan de la mairie est bon, et les administrés globalement satisfaits. Notre équipe en place est impliquée, motivée et compétente. Dans tous les cas, même si j’ai des adversaires potentiels, je mènerai une campagne propre. Je ne changerai pas ma ligne de conduite. » Autre difficulté potentielle : monter une liste de 15 personnes ne serait pas une mission facile à Monaco. Et enfin, troisième piste, Georges Marsan connaît la maison depuis maintenant 30 ans. Et beaucoup le considèrent, peut-être, comme indéboulonnable… Le seul suspense probable de cette campagne sera donc le taux de participation. Une donnée qui inquiète le maire. « Il va falloir expliquer aux Monégasques le rôle et l’importance de la mairie. J’ai besoin de leur mobilisation pour donner la légitimité la plus large possible à l’équipe communale qui, si je suis élu, sera en place. »

_Sabrina Bonarrigo

(1) Enquête menée en France par l’Observatoire de la démocratie de proximité.