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Marianne James
Férocement drôle

CULTURES MULTIPLES/Cette chanteuse hors-norme a campé à Monaco le personnage extravagant de Miss Carpenter. Rencontre avec une femme touchante, qui n’a pas la langue dans sa poche.

 

« Je n’ai jamais vu autant de Miss Carpenter dans la salle ! » Sur les planches du théâtre Princesse Grace, le 11 mars, Marianne James s’est adressé au public monégasque avec ce qui la caractérise le mieux : un sacré franc-parler. Il y a 15 ans, en pleine représentation de L’Ultima Récital, son personnage de Castafiore teutonne avait d’ailleurs tellement titillé une nonagénaire que cette dernière l’avait traité haut et fort de “salope”, sous les hourras du public monégasque, qui se délectait d’une telle improvisation… En mars, Marianne James a échappé aux huées – qu’elle adore ! – mais a mis dans sa poche les habitués du théâtre, séduits par une Miss Carpenter à la frontière « entre Marilyn et Tati Danièle ». Une diva hollywoodienne has been, « arrière-petite-cousine de la fameuse Ulrika Von Glott », l’empreinte de la chirurgie esthétique en plus (même son chien empaillé y a eu droit !). Ce personnage « féroce et drôle », né du travail à quatre mains de Marianne James et du romancier Sébastien Marnier, flirte volontairement avec le politiquement incorrect. « Aujourd’hui, les gens sont trop tristes. Tout le monde a peur. Les humoristes sont là pour décapsuler les gens. Il y a des bouteilles déjà éventées, mais on peut en carafer d’autres… »

 

Rêve de bonne sœur

Et décapsuler les gens, Marianne James, alias Gandolfi, en a fait un art de vivre. La chanteuse volubile et extravertie cultive ce désir depuis son enfance à Montélimar. A l’adolescence, elle souhaitait le concrétiser « devant l’autel, en tant que curé, avec plein de petits angelots qui amènent le pain et le vin… » De 11 à 14 ans, la jeune Marianne étonne ses parents pâtissiers en rencontrant des sœurs, qui lui expliquent la vie monastique. L’une d’elles la découragera : « Vous enfermée, pas question ! »

Sa décision est prise : c’est sur scène qu’elle “évangélisera” les foules. Formée par Antoine dit “Tony” Petrucciani (le père du pianiste exceptionnel qu’était Michel Petrucciani), elle apprend « l’univers masculin du jazz ». Commencent alors les concerts dans la rue avec sa sœur ainée Pascale. Avant d’enchaîner avec une licence en musicologie et un premier prix de chant au conservatoire de Paris. Sur les bancs de la Sorbonne, elle rencontre Véronique Vola, avec qui elle concocte L’Ultima Récital, ce spectacle musical burlesque joué 1 200 fois en France (Molière en 1999). Marianne James devient une égérie gay, et L’Ultima Recital “the place to be”. « Certains disaient que j’étais un travelo allemand, un contre-ténor ou un castrat. Ce fut au final un gros coup de pub ! » A 52 ans, la voluptueuse Marianne James cumule aujourd’hui les casquettes. Chanteuse, auteure, animatrice… L’ancienne jurée de l’émission Nouvelle Star — qui animera l’Eurovision avec Stéphane Bern le 23 mai — aime passer d’une casquette à l’autre. En toute liberté. « Le jour où j’ai signé un appartement ou au moment où j’appose ma griffe sur un contrat avec un producteur, j’ai les mains moites. Je ressens une montée de claustrophobie, comme dans un ascenseur ! » Une soif de liberté qu’elle assume pleinement dans sa vie privée. « La vie a trop de choses magnifiques à offrir… Mais attention, en couple, je suis fidèle. Si le foin me plait bien, si la vue est jolie et que la barrière est pas trop serrée, je suis une gentille jument, une belle percheronne contemplative… »

écrit par Milena