Macau-Galaxy-Casino

LVMH et Galaxy Entertainement : bingo !

ECONOMIE/Quatre mois après l’augmentation de capital de la Société des bains de mer, les jeux semblent être faits : LVMH et le casinotier chinois Galary Entertainment devraient entrer au capital. Pour quoi faire ?

 

A Monaco, l’impatience grandissait de connaître le nom des nouveaux actionnaires minoritaires entrant à la SBM après son augmentation de capital. Le 18 mai, Monaco-Matin a levé le voile en annonçant que LVMH (Louis Vuitton, Moët & Chandon, Céline, Dior, Guerlain, Fendi etc.) aurait fait l’acquisition d’un peu plus de 5 % du capital de la Société des bains de mer. Une participation logique puisque le groupe dirigé par Bernard Arnault, qui est déjà le plus gros locataire de la SBM, a tout intérêt à trouver une place de choix — et au meilleur coût — dans le futur « temple du luxe » que bâtit la SBM en lieu et place du Sporting d’Hiver. Place du casino, le futur ensemble de 7 immeubles imaginé par le cabinet britannique Rogers Stirk Harbour + Partners et le Monégasque Alexandre Giraldi abritera en effet une galerie commerciale de 4 850 m2 réunissant sur un même site 8 à 10 grands noms du luxe. Une opération immobilière rentable selon le président délégué Jean-Luc Biamonti puisque l’ensemble (bureaux et 30 résidences locatives haut de gamme compris) vaudrait 1,5 milliard d’euros.

 

Tensions

Cela faisait des mois que l’on évoquait une potentielle prise de participation de LVMH. Mais à la fin 2014, les négociations semblaient avoir pris du plomb dans l’aile. Un différend sur le montant des baux commerciaux opposait la SBM aux enseignes LVMH, locataires du Sporting d’Hiver. Signe d’une tension palpable, ces dernières, vent debout, refusaient de déménager dans les galets du jardin des Boulingrins. Ce n’est qu’en mars qu’elles ont accepté de migrer, après que les parties ont trouvé un terrain d’entente sur le prix du m2

 

« Du piment »

L’autre actionnaire qui ferait son arrivée est le groupe chinois Galaxy Entertainment, spécialisé dans les casinos et l’hôtellerie de luxe à Macao. Sa participation serait alors légèrement inférieure à 5 %. L’entrée d’un actionnaire chinois était « dans le pipe » puisque depuis la fin 2014, on spéculait sur les négociations avec le sino-australien James Packer et son groupe Crown, qui a également pignon sur rue à Macao alias « l’enfer du jeu ». Avant qu’il ne jette l’éponge il y a deux mois. Si ces informations sont confirmées, LVMH et Galaxy Entertainment Group figureraient parmi les plus gros actionnaires de la SBM, derrière l’Etat monégasque et Qatari Diar Europe, aujourd’hui titulaires de 69,9 % et 6,39 % des actions.

« Une perspective qui met du piment dans la vie de cette société », juge un analyste financier, pour qui la SBM ronronnait. « Ce nouvel actionnariat pourrait impulser une nouvelle dynamique de gestion, plus transparente, surtout qu’elle sera couplée avec un poste au conseil d’administration », ajoute-t-il. Dans les salons, certains croupiers s’interrogent, eux, sur les dommages collatéraux que pourraient engendrer de nouveaux critères de gestion et une logique purement privée. « La SBM a un rôle social pour les Monégasques. Les nouveaux actionnaires doivent l’intégrer », plaident-ils. Conscients néanmoins des potentialités que réservent les synergies avec des acteurs incontournables du luxe, comme de l’univers des casinos chinois. D’autant que le numéro un mondial du luxe surfe sur un chiffre d’affaires 2014 record de 30,6 milliards d’euros, en hausse de 6 %. Même si son résultat opérationnel courant a baissé de 5 % à 5,7 milliards d’euros. Du côté de la SBM, on mise certainement sur l’avantage de se rapprocher des 70 maisons représentant LVMH. Le fleuron de l’économie monégasque pourrait aussi tirer profit des nombreuses casquettes du groupe français qui se positionne aujourd’hui pour racheter « Le Parisien-Aujourd’hui en France ». Pourquoi pas même espérer bénéficier de la popularité de son patron ? La 13ème fortune mondiale, et deuxième Français le plus riche du monde (derrière Liliane Bettencourt selon Forbes), a reçu une ode signée du rappeur Booba. Dans « LVMH », qui figure sur son nouvel album D.U.C., le chanteur lui déclare sa flamme : « Nard-Bé Arnault, mucho dinero (beaucoup d’argent), yo te amo (je t’aime) »…  

 

Clientèle asiatique

Plus sérieusement, il est évident que miser sur l’international peut développer la clientèle — et a fortiori la clientèle asiatique — de la SBM. Ainsi, à travers sa filiale, Galaxy Casino SA, Galaxy Entertainment Group Limited (alias GEG) est l’une des plus grandes sociétés de jeu et de divertissement de l’Asie, comme elle le rappelle dans son dernier rapport financier. Coté à la bourse de Hong Kong (indice Hang Seng), le groupe est présidé par le milliardaire Lui Che-Woo. Moins connu en Europe, ce casinotier a vu sa croissance doper depuis que le gouvernement de Macao lui a accordé l’une des trois concessions originales de jeu, à la libéralisation du secteur en 2002. Sa ligne de mire ? La clientèle VIP, amenée par des apporteurs d’affaires, les junket operators. Son dernier succès est Galaxy MacauTM, l’un des plus gigantesques complexes de loisirs en Asie. Son extension, fin mai, double l’empreinte du complexe existant. Notamment avec six hôtels dotés de 4 000 chambres, suites et villas dont le JW Marriott Hôtel Macau avec plus de 1 000 chambres et un théâtre Broadway comprenant 3 000 places… Dans son rapport annuel, cette société annonçait qu’elle voulait « explorer activement les possibilités sur les marchés étrangers ». La SBM semble l’avoir convaincu d’investir à Monaco. Une deuxième raison a peut-être joué dans la balance : selon un rapport récent, « en mars 2015, les revenus bruts de l’industrie du jeu macanaise aurait connu une baisse de 39,4 %. Après cinq années consécutives de développement et plus d’une décennie de croissance soutenue, les casinos subissent aujourd’hui un net recul en terme de gains financiers, et ce depuis maintenant dix mois », explique le site spécialisé Pokernews.

 

SOCIAL/

L’USM dénonce une entrave aux libertés syndicales

Le climat social ne s’est pas complètement apaisé à la Société des bains de mer. La preuve ? « Pour la première fois dans l’histoire de Monaco, un employeur tente d’interdire un syndicat, le Syndicat non jeux unifié. Cet employeur n’est pas l’un des moindres, puisqu’il s’agit de la Société des Bains de Mer dont l’Etat est actionnaire majoritaire », a dénoncé l’Union des syndicats. Le motif de son courroux ? « Usant d’une méthode parfaitement déloyale, la SBM a omis comme l’autorise la loi, de demander au tribunal suprême d’informer le syndicat intéressé qu’une procédure en cours le concernant avait été introduite pour faire annuler l’arrêté ministériel l’autorisant à exercer ses activités. » Suite à l ‘annulation de l’arrêté ministériel, le SNJU et l’USM ont introduit une requête en tierce opposition.

écrit par Milena