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Look Artschwager !

CULTURE / Jusqu’au 11 mai, la Villa Paloma accueille les œuvres de l’artiste américain contemporain Richard Artschwager. Plus de 135 sculptures, peintures, dessins, photos et affiches sont à découvrir.

Pendant plus de quarante ans, il a été tour à tour qualifié d’artiste pop, minimaliste ou conceptualiste. Il était à la fois peintre, photographe, sculpteur, et designer. Une chose est sûre. L’artiste américain Richard Artschwager né en 1923 à Washington a marqué pendant toutes ces décennies l’art contemporain. Un an après son décès à New York à l’âge de 89 ans, la Villa Paloma (1) a décidé de mettre en lumière plus de 135 œuvres de cet artiste inclassable. « Si vous faites partie de « l’école de… » vous êtes mort. Votre seul moyen de ne pas couler, c’est d’être original », expliquait Artschwager.

Rétrospectif
Dans les sept salles du Nouveau Musée National de Monaco (NMNM), les visiteurs pourront découvrir dans un parcours rétrospectif des sculptures, des peintures, des dessins, des photos et des affiches. « Présenter cette rétrospective au NMNM, après le Whitney Museum, le Hammer Museum et le Haus der Kunst, est aussi une formidable opportunité de placer Monaco dans le circuit des grandes institutions muséales internationales », souligne Marie-Claude Beaud, directrice du NMNM.

« Hystériques »
Pour comprendre le travail artistique et la personnalité peu banale d’Artschwager, allez jeter un œil attentif au biopic que lui a consacré Maryte Kavaliauska intitulé Shut Up and Look (2012) diffusé à plusieurs reprises au NMNM (2). De nombreux galeristes et artistes témoignent dans ce film. « C’était un non-conformiste. Un type qui ne résiste à rien. Il faisait les choses à sa manière », explique notamment l’ancien directeur du musée Solomon R. Guggenheim de New York, Richard Armstrong. « Les artistes savaient qui il était, ainsi que les collectionneurs et les galeristes. Et pourtant, il ne faisait pas partie des « grands », comme Andy Warhol (1928-1987) ou Roy Lichtenstein (1923-1997) », explique Louise Neri, directrice de la galerie d’art contemporain Gagosian, pour qui les œuvres d’Artschwager avaient aussi un côté « hystérique. »

Photographe
Si ses œuvres sont atypiques, son parcours personnel fait de va-et-vient entre boulots classiques et créations artistiques l’est tout autant. Après des études de biologie et de chimie à Cornell University en 1941, il est envoyé au front combattre à l’automne 1944. Blessé, il est affecté à des fonctions administratives à Francfort, puis au contre-espionnage à Vienne. De retour aux États-Unis en 1947, Artschwager reprend des études de physique. Une fois diplômé il s’installe à New York. Pas comme ingénieur, mais comme photographe.

Incendie
Après un passage dans l’atelier du peintre Amédée Ozenfant (1886-1966) à Paris en 1949, il abandonne l’art au début des années 1950 pour travailler comme tourneur, puis comme employé de banque. Ensuite, nouveau changement de cap. Ce menuisier passionné décide de dessiner et de fabriquer une ligne de meubles qu’il commercialise jusqu’en 1958. Année où un incendie détruit totalement sa fabrique. Après cet incident, Artschwager reprend une nouvelle fois le chemin de l’art et dessine des chaises, des tables et des fenêtres avec divers matériaux, comme le bois ou le formica.

« Pop »
Un travail aux multiples influences, qualifié tantôt de « pop » par certains, tantôt de « minimaliste » ou de « conceptualiste » par d’autres. « En 1962 il commence à peindre sur des panneaux de fibres de celotex, un matériau de construction bon marché, à la surface rugueuse, qui donne à ses peintures un effet de distance », ajoute la commissaire de l’exposition, Jennifer Gross. Le résultat ? Des œuvres facilement identifiables, comme l’une de ses fameuses sculptures, Table With Pink Tablecloth (1964). Ou encore la boule oui/non qui répond à la question posée par celui qui la lance.

Blips !
L’autre phase marquante du travail d’Artschwager sont les BLPS (prononcez « blips ») qu’il lance dans les années 1970. Le concept ? Il s’agit de signes noirs à la forme arrondie, déclinés en peinture, autocollant ou panneaux (voir photo Exclamation Point) qu’il diffuse partout. Aussi bien dans les musées, qu’en milieu urbain, notamment dans le métro ou les façades. Objectif : orienter le regard et attirer l’attention du spectateur sur des lieux et des choses qui pourraient passer inaperçus. On peut encore voir les « blips » d’Artschwager dans de nombreux lieux publics aux États-Unis et en Europe. Et à Monaco aussi. Ils sont à rechercher dans 20 lieux, dont l’office du tourisme. Mais aussi les établissements de la Société des bains de mer (SBM), comme le casino, l’hôtel de Paris, la Rascasse, le Monte-Carlo Beach, la salle des Etoiles, ou encore le Buddha-Bar. Le conseil national a aussi son BLPS ! (3).
_Sabrina Bonarrigo

(1) Cette exposition est organisée par le Whitney Museum American Art, New York en association avec la Yale University Art Gallery, New Haven.
(2) Les dimanches 6 avril et 4 mai à 15 heures, le film Shut up and Look de Maryte Kavaliauska sera projeté dans son intégralité et en anglais dans la salle de projection de la Villa Paloma.
(3) Si vous remarquez des BLPS en principauté, vous pouvez partager vos photos sur Instagram ou sur Twitter avec le hashtag #BLPMC ou à l’adresse mail blpmc@nmnm.mc. A gagner : une série de lots. Le NMNM organisera un tirage au sort le 1er octobre pour départager les participants. Vous avez jusqu’au 30 septembre pour les retrouver.

Infos pratiques : Entrée : 6 euros (gratuit pour les moins de 26 ans), entrée gratuite le premier dimanche du mois. Renseignements : 98 98 48 60. + d’infos sur www.nmnm.mc.